Idex investit dans la décarbonation des installations de ses clients

La chaufferie de La Défense exploitée par Idex. © PP

Idex développe, conçoit, finance, construit et exploite des infrastructures énergétiques locales et décarbonées de fourniture de chaleur, de froid et d'électricité.




Créée en 1963, contrôlée par Antin Infrastructure Partners en tant qu’actionnaire majoritaire depuis 2018, Idex fait partie des cinq premiers opérateurs de réseaux de chauffage urbain en France, avec Engie Réseaux, Veolia, Coriance et Dalkia. Depuis l’été 2025, Idex est devenue entreprise à mission. Sa mission consiste à "accélérer la transition énergétique en valorisant des énergies locales et bas-carbone".

Ses objectifs consistent à :

– agir pour le climat à travers des solutions technique accélérant la transition énergétique ;

– Agir pour le développement durable des territoires ;

– Agir pour un environnement de travail sécurisé, inclusif et stimulant.

 

Le premier métier d’Idex et celui qui mobilise toujours la plus grande proportion de son personnel est le pilotage et l’entretien de chaufferies. © PP

 

 

Quelques chiffres

En 1963, Idex a commencé comme exploitant de chauffage et maintient aujourd’hui les installations thermiques et de production d’énergie sur site – groupes électrogènes et photovoltaïque – de 18 000 IEB (Infrastructure Énergétiques Bâtimentaires), soit des chaufferies de bâtiments résidentiels et tertiaires. Idex opère 25 UPE (Unités de Production d’Énergie), autrement dit des centrales électriques, 14 UVED (Unités de Valorisation Énergétique des Déchets, auparavant connue sous le nom d’incinérateurs) et 83 RCF (Réseau de Chaleur et de Froid urbain) qui alimentent plus de 200 000 équivalents logements et utilisent 65 % d’Énergies Renouvelables et de Récupération (ENR&R) avec l’objectif d’atteindre 70 % de couverture en 2030.

L’acquisition par Antin Infrastructure Partners a accéléré l’expansion de l’entreprise. En 2018, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 860 M€. En 2025, son CA atteint 1,93 Md€, pratiquement une multiplication par 2,5 en 7 ans. En 2018, Idex avait investi 50 M€, contre 300 M€ en 2025, et 386 M€ sont déjà confirmés pour 2026. L’entreprise a plus de 1 Md€ de projets en portefeuille et emploie 6 260 personnes dans ses 110 agences en France (métropole et Outre-mer), en Belgique et en Lituanie. Aux côtés d’Antin Infrastructure Partners, les membres de la direction et 46 % des salariés sont actionnaires de l’entreprise.

 

Le pilotage des installations énergétiques possède désormais deux objectifs : assurer la continuité du service, notamment en industrie, mais aussi optimiser les coûts. © PP

 

 

2025 marque le tournant du financement de la transition énergétique locale

En octobre 2025, à l’Assemblée Nationale, le Fonds Chaleur géré par l’ADEME est menacé d’une amputation de 300 à 500 M€. C’est pourtant un outil particulièrement efficace de la politique énergétique française. La FEDENE (Fédération des Services Énergie Environnement) rappelle immédiatement que chaque euro d'aide publique déclenche 4 euros d'investissement privé. Couper 500 millions, c'est geler 2 milliards d’euros de chantiers. En même temps, face aux réductions d’aides publiques, les élus veulent agir et sentent un mandat citoyen puissant. Mais ils n'ont plus les moyens.

Face à cette impasse, Idex propose une solution : un modèle intégré, où un opérateur privé finance, construit et exploite l'infrastructure énergétique en étroite collaboration avec la collectivité dans le cadre d’un contrat de 20 à 25 ans. Les besoins sont grands, selon Idex : la chaleur représente 45 % de la consommation finale d'énergie en France, soit plus que l'électricité spécifique (20 %), plus que les transports (32 %). Et cette chaleur reste massivement fossile : 60 % provient encore du gaz naturel et du fioul.

La solution du tiers-financement proposée par Idex n’est pas nouvelle, mais il devient le standard industriel en 2025. Face à la saturation de la dette des acteurs publics, le tiers-investissement dissocie capacité d'agir et capacité d'emprunt. Au lieu que le donneur d'ordre (collectivité, industriel, bailleur social, copropriété) emprunte pour construire l'infrastructure, c'est un opérateur privé qui investit à la place de son client, construit et pilote la réalisation de l’infrastructure, assure sa maintenance et son exploitation pendant 10 à 30 ans et s’engage contractuellement à maintenir ses performances sur la durée du contrat. Un effort important est fait pour que l’énergie utilisée soit d’origine locale (biomasse, géothermie, déchets ou solaire), afin de maintenir un prix de l'énergie stable et déconnecté des marchés mondiaux. Ce modèle clé en main financé, Idex le pratique depuis soixante ans sur les réseaux de chaleur. Mais en 2025, l’entreprise le généralise à tous ses segments de clientèle : bâtiments tertiaires, sites industriels, copropriétés, infrastructures solaires.

Voici trois exemples.

 

Pour optimiser les coûts d’exploitation, réduire l’empreinte carbone et découpler les coûts de l’énergie des marchés mondiaux, Idex convertit ses chaufferies à l’utilisation de combustibles verts et renouvelables. Depuis le second trimestre 2023, par exemple, le réseau de chaleur et le réseau de froid de La Défense ont été entièrement convertis à l’utilisation d’agro-pellets. Les agro-pellets constituent une valorisation des coproduits agricoles et apparaissent à deux étapes : lors de la récolte (tiges, feuilles, …) et lors de la transformation industrielle (triage, séchage, marc de raisin, balle de riz, paille de colza et de maïs, …). Ceux qui alimentent La Défense sont récoltés principalement en Île-de-France et acheminés par train jusqu’à la chaufferie. © PP

 

 

L’industriel Bunge à Brest

Premier exemple, l’implantation du spécialiste américain de la transformation de produits agricoles Bunge à Brest devait impérativement sécuriser son approvisionnement en vapeur critique tout en décarbonant sa production, jusqu'alors dépendante du gaz naturel et exposée à la volatilité des marchés mondiaux. Parallèlement, le territoire saturait ses centres d'enfouissement avec un objectif régional fixé : atteindre le zéro enfouissement d'ici 2030. Et, troisième point, la Bretagne importe 90% de son électricité et vit sous la menace permanente d'un black-out hivernal.

Ces trois considérations réunies ont poussé Idex à s'associer avec le groupe Guyot, actif dans la collecte et la valorisation de déchets, pour développer et construire une chaufferie haute performance avec cogénération, représentant un investissement de 70 M€ tout de même, capable de valoriser 40 000 tonnes de combustibles solides de récupération par an : refus de tri de DIB (Déchet Industriel Banal) et encombrants et résidus de broyages de VHU (Véhicules Hors d’Usage). Les déchets ultimes du territoire breton sont transformés en combustible local, évitant l'enfouissement ou l'export vers des pays européens capables de la valoriser. La vapeur produite par la chaufferie alimente l'usine Bunge (85 GWh/an), remplaçant le gaz importé.

 

La cogénération Idex à Brest produit 15 GWh d'électricité par an injectés sur le réseau public, renforçant la sécurité énergétique de la pointe bretonne. Idex a créé quatorze emplois directs dans cette installation pour sa conduite et sa maintenance. © Idex

 

 

Le réseau de chaleur de Bordeaux-sud

Bordeaux Métropole vise la neutralité carbone en 2050. Pour y parvenir, elle doit décarboner massivement le chauffage des quartiers sud (Talence, Gradignan, Villenave-d'Ornon), aujourd'hui dépendants du gaz naturel. Mais la métropole n'a pas 134 millions d'euros à investir pour y parvenir.

Idex a donc conçu un système utilisant 41 % de biomasse pour couvrir les besoins de chaleur. La biomasse est composée de plaquettes forestières récupérées dans un rayon de moins de 100 km, créant une filière locale via Inoé et Bordeaux Métropole Énergies. La chaufferie biomasse est complétée par deux puits géothermiques à Rocquencourt et à Saige Formanoir assurant une production de base stable, couvrant 36 % des besoins annuels. Le solde est couvert par 16 % d’électricité verte – dans le cadre d’un PPA d’Idex à lui-même – et par 7 % de biométhane. Nous avons appris au passage que Idex est le deuxième trader de biogaz en France, derrière Engie, mais n’en produit pas.

Afin de financer l’investissement total de 133,9 M€, Idex a apporté directement 93 M€, l’ADEME a subventionné le projet à travers le fonds chaleur à hauteur de 39,9 M€ et une campagne de financement participatif a été lancée via la plateforme Lendosphere. Résultat : un million d’euros levés directement auprès des habitants. Ce dispositif transforme radicalement la perception du projet : l'infrastructure n'est plus subie, elle est partagée.

En devenant investisseurs, les riverains bénéficient directement de la performance financière du réseau (4 à 5 % d’intérêts annuels sur le montant investi) et s'approprient concrètement la transition écologique de leur quartier. Résultat, le réseau aura une performance carbone globale de 30 gCO2/kWh. Le prix de la chaleur sera soumis à une TVA de 5,5 % seulement, contre 20 % auparavant avec le gaz naturel. Sur trente ans, la production de 1,12 millions de tonnes de CO2 sera évitée.

 

 

Le réseau de Saint-Lô

Selon Idex, le gros du développement à venir des réseaux de chaleur se fera dans les villes petites et moyennes. L’entreprise estime qu’un réseau de chaleur est rentable dans une commune dense, dès 10 000 habitants.

Saint-Lô, la préfecture de la Manche compte 19 000 habitants et devait décarboner son chauffage urbain tout en maîtrisant les coûts pour ses habitants. Dans la ville, le Centre Hospitalier Mémorial faisait face à une explosion de sa facture gaz (multipliée par 4 en un an), menaçant sa capacité de soin. En novembre 2025, la ville et Idex ont signé un contrat de 25 ans pour une concession de service public relative au financement, à la conception, à la réalisation et à l’exploitation d’un réseau de chaleur alimenté principalement par une chaufferie biomasse à Saint-Lô. Ce réseau de chaleur est conçu pour desservir une centaine de bâtiments identifiés sur la commune et offrira une solution technico-économique optimisée pour un prix de chaleur compétitif et stable dans la durée.

L'infrastructure prévoit la création de plus de 16 km de réseau, 61 sous-stations, ainsi que la réutilisation stratégique des chaudières gaz d’appoint/secours existantes de l’hôpital et de Manche Habitat. L’offre inclut également l'intégration d’une centrale solaire sur le site de production pour l’autoconsommation électrique de la chaufferie. Les travaux du réseau démarreront en avril 2026.

Le projet représente un investissement total de 45,5 M€ dans les infrastructures de la ville de Saint-Lô : 12 M€ de subventions ADEME, 8 M€ de CEE, 250 000 € de crowdfunding citoyen (45 % de financement public et participatif), le solde étant porté par emprunt bancaire Idex garanti sur les revenus de vente de chaleur. L’hôpital devrait absorber 40 % de la production de chaleur qui sera à 91 % d’origine renouvelable.

Au fil des présentations, nous avons aussi appris qu’Idex est naturellement obligé au sens des CEE, mais l’entreprise produit dix fois plus de CEE que son obligation, grâce aux travaux d’économie d’énergie réalisés chaque année chez ses clients.

 

Idex développe de nouvelles activités, comme l’installation et l’exploitation de panneaux photovoltaïques, le stockage d’électricité en batteries et, en 2026, du stockage de chaleur dans l’industrie. Nous espérons ardemment pouvoir visiter une telle installation. © Idex

 

Il semble enfin que l’actionnaire majoritaire d’Idex souhaite vendre sa participation en 2026. Plusieurs groupes financiers, mais aussi le groupe Vinci, semblent intéressés.

 



Source : batirama.com / Pascal Poggi / © PP

L'auteur de cet article

photo auteur Pascal Poggi
Pascal Poggi, né en octobre 1956, est un ancien élève de l’ESSEC. Il a commencé sa carrière en vendant du gaz et de l’électricité dans un centre Edf-Gdf dans le sud de l’Île-de-France, a travaillé au marketing de Gaz de France, et a géré quelques années une entreprise de communication technique. Depuis trente ans, il écrit des articles dans la presse technique bâtiment. Il traite de tout le bâtiment, en construction neuve comme en rénovation, depuis les fondations jusqu’à la couverture, avec une prédilection pour les technologies de chauffage, de ventilation, de climatisation, les façades et les ouvrants, les protocoles de communication utilisés dans le bâtiment pour le pilotage des équipements – les nouveaux Matter et Thread, par exemple – et pour la production d’électricité photovoltaïque sur site.
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