On attend la PPE depuis deux ans et demi, mais sa publication n’est que le premier pas. En effet, 60 % de la consommation d’énergie en France est encore issue d’énergies fossiles importées. Pour réduire ces importations, il faut électrifier les usages. C’est pourquoi le gouvernement doit encore publier un plan d’électrification des usages de l’énergie, promis pour mai, et qui traitera de l'industrie, du numérique, du bâtiment et des transports. Des groupes de travail réunissant organisations professionnelles et élus seront prochainement mis en place sur ces thèmes. Ils plancheront jusqu'en avril, pour une clôture des travaux et la présentation du plan en mai.
En ce qui concerne le bâtiment, Monique Barbut, ministre de la transition écologique, vise 300 000 pac installées en France par an dès 2026. Elle annonce un nouveau modèle de financement de l’installation des pac pour le mois d’avril. En outre, dès septembre 2026, les "critères de résilience permettant d'orienter les soutiens vers les PAC assemblées en Europe" entreront en vigueur. Bref, nous ne sommes pas au bout de nos peines.
La PPE3 traite de toutes les énergies, mais plutôt en ce qui concerne les grandes centrales que les petites installations décentralisées. © PP
La PPE, c’est un décret de moins de deux pages et de cinq articles, daté du 12 février, qui indique que la PPE est adoptée (Art. 1), que le soutien public pour l’éolien terrestre et le photovoltaïque est limité jusqu’au 31 décembre 2028 aux valeurs indiquées à l’article 3 du décret no 2020-456 du 21 avril 2020 et qu’après cette date, les capacités à attribuer ou à contractualiser pour les installations de production d’électricité renouvelable après seront, le cas échéant, ajustées en tenant compte notamment de :
– l’évolution de la consommation d’électricité ;
– Du développement des moyens de production d’électricité décarbonée ;
– Et du développement des flexibilités décarbonées.
Une révision simplifiée de la programmation pluriannuelle de l’énergie pourra être lancée à cette fin en 2027 (Art. 2). Pour l’éolien terrestre, le renouvellement des parcs existants sera privilégié (Art. 3). Le Gouvernement publiera d’ici la fin de l’année 2026 un rapport sur l’évolution de la consommation d’électricité, du développement des moyens de production d’électricité décarbonée et du développement des flexibilités décarbonées (Art. 4). L’Art. 5 explique que la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique et le ministre des transports sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.
Et c’est tout, pas de buts chiffrés, pas un mot sur le nucléaire, … Tout ça se trouve dans l’annexe de 368 pages intitulée "Programmation pluriannuelle de l’énergie (2026 – 2035)". Comme les commentaires ont fleuri dés le matin du vendredi 13 février, il est très probables que les auteurs de ces commentaires n’avaient pas encore lu les 368 pages.

Le photovoltaïque doit multiplier par 3 sa puissance installée. © PP
La PPE commence par indiquer que la France doit consommer moins d’énergie, mais plus d’électricité décarbonée, en baissant sa consommation d’énergie primaire de 1510 TWh en 2023 à 1243 TWh en 2030, puis "environ" 1100 TWh en 2035.
Dans le détail, avec le lancement de la construction de nouveaux réacteurs EPR2 et le redressement de la disponibilité du parc nucléaire existant, le nucléaire devrait produire 380 TWh/an en 2025. L’éolien en mer doit atteindre 15 GW de puissance mise en service en 2035. Le photovoltaïque doit multiplier par 3 la puissance installée à l’horizon 2035. L’hydroélectricité doit augmenter sa capacité de 2,8 GW en 2035, y compris en tenant compte des STEP (Stations de Transfert d’Energie par Pompage) où l’on pompe pour remplir les barrages durant les heures creuses. L’hydrogène est sommé d’atteindre 8 GW de capacité d’électrolyseurs installée en 2035. Le biométhane doit multiplier par 6 sa production et les biocarburants doubler leur volume d’ici 2035. La chaleur renouvelable et de récupération doit être multipliée par deux d’ici 2035, tandis que l’énergie fournie par les réseaux de chaleur doit être multipliée par 2 ou 3 d’ici 2035, avec au moins 80 % d’EnR.

La consommation française de gaz naturel doit sévèrement baisser, mais biométhane est bien traité. © Rehau
À partir de la page 56, l’annexe au Décret détaille les objectifs de réduction de la consommation de gaz naturel, partant de 368 TWh en 2023 (corrigée des variations climatiques) pour atteindre 277 TWh en 2030, puis 203 TWh en 2035, sous l’effet de mesures de décarbonation de l’industrie, de rénovation des bâtiments et du remplacement de chaudières à gaz par des équipements bas-carbone, ainsi que via la substitution par du gaz bas-carbone. Cela passe par la suppression de toutes les incitations financières à la mise en œuvre de chaudières gaz, par le développement massif des pompes à chaleur, par la baisse de 20 % du parc de chaudières gaz dans le résidentiel entre 2023 et 2030.
La PPE indique en outre qu'un plan spécifique sera mis en place pour développer les pompes à chaleur en habitat collectif, qui comprendra notamment une simplification législative permettant la dérogation aux plans locaux d’urbanisme. Dans le tertiaire, la mise en œuvre du décret Éco-énergie tertiaire de 2019, qui vise la diminution de la consommation d’énergie finale des bâtiments tertiaires de 40 % d’ici à 2030, et de 60 % d’ici à 2050, permettra d’accélérer la baisse de consommation de gaz. Même chose dans l’industrie et les réseaux de chaleur : développement de la chaleur issue des énergies renouvelables comme de récupération.
La PPE3 appelle à la création d’un tableau de bord de l’électrification qui servira de support au suivi des évolutions passées et prévisibles de la consommation d’électricité, par rapport à la trajectoire définie par les documents de programmation. Il permettra notamment d’ajuster, à la hausse ou à la baisse, les rythmes d’attribution de soutien public pour les énergies renouvelables terrestres à compter de 2028 et de préparer les ajustements à apporter aux trajectoires à l’occasion de la révision de la SNBC 3 et de la PPE 3 d’ici à 2030. Pour le photovoltaïque, la PPE3 maintient le rythme de développement : 48 GW en 2030, contre un objectif compris entre 35 et 44 GW en 2028 dans la précédente PPE :
– au sol : en privilégiant les sols déjà artificialisés ou présentant de moindres enjeux notamment en matière de biodiversité (parkings, friches, délaissés routiers, autoroutiers, ferroviaires, etc.) ;
– sur les bâtiments : des obligations ont été introduites dans la loi afin d’augmenter le nombre de bâtiments, neufs et existants, devant installer des panneaux photovoltaïques (le texte oublie de préciser qu’il s’agissait de mettre la France en conformité avec les règles européennes) ;
– sur des zones naturelles, agricoles et forestières : les installations ne pourront ni entrer en compétition avec la production agricole ou la gestion durable forestière, ni, dans tous les cas, conduire à des défrichements de zones de plus de 25 ha.
La PPE3 prévoit une accélération du rythme d’attribution des capacités d’éolien offshore pour viser 15 GW de puissance installée en 2035, et 18 GW en 2037 en élaborant une planification par façade maritime, en attribuant d’ici à fin 2026 jusqu’à 10 GW de puissance supplémentaire (en plus des procédures déjà lancées) et en poursuivant le développement de la filière de l’éolien flottant.
Elle maintient le rythme actuel à environ + 1,3 GW/an pour l’éolien terrestre, en veillant à une répartition plus équilibrée sur le territoire et en investissant dans le renouvellement.
Elle appelle au développement accru de l’usage des biocarburants, à hauteur environ de 55 TWh en 2030, soit une augmentation de 45 % par rapport à 2023.
La PPE souhaite un développement du biométhane, avec 44 TWh injectés à l’horizon 2030, correspondant à une production injectée multipliée par quatre par rapport à 2024, contre un objectif compris entre 24 et 32 TWh, dont entre 14 et 22 TWh injectés, en 2028 dans la précédente PPE, en prenant en compte les limites de production et de mobilisation de notre biomasse.

La PPE 3 mentionne même le solaire thermique et appelle à son développement. © PP
Enfin, la PPE3 pousse le développement de la chaleur renouvelable et de récupération avec plus de 297 TWh, dont 14 TWh de chaleur de récupération livrée dans les réseaux en 2030 (contre un objectif compris entre 219 TWh et 247 TWh de chaleur renouvelable et entre 7,6 TWh et 9,9 TWh de chaleur de récupération livrée dans les réseaux en 2028 dans la précédente PPE), correspondant à une multiplication par plus de deux du rythme de déploiement par rapport à aujourd’hui.
Les objectifs de la PPE 3 devront permettre de porter la consommation de chaleur renouvelable et de récupération de 172 TWh en 2022 à au moins 328 TWh en 2035. La PPE prévoit aussi 2 TWh de froid livré par les réseaux de froid, contre 0,99 TWh en 2022.
Le Fonds Chaleur de l’ADEME a été augmenté de 40 % en mars 2022, pour atteindre 522 M€ pendant l’année 2022, puis 601 M€ en 2023. Il a encore été renforcé en 2024, pour atteindre 820 M€, permettant ainsi de financer la création d’une capacité EnR&R de l’ordre de 4 TWh/an. Un niveau équivalent de soutien a été maintenu en 2025. Le Fonds Chaleur participera à l’atteinte en 2030 d’une capacité financée d’environ 12 TWh/an.

Les réseaux de chaleur et la géothermie, à la fois profonde et de surface, doivent augmenter leurs capacités. © PP
En ce qui concerne les pompes à chaleur, la PPE est pleine de confusion. Les pac, c’est bien dit-elle, et d’ailleurs elles contribuent à la décarbonation du chauffage. Des pac, on en vend plein en France, explique la PPE. Selon les dernières statistiques Uniclima : 179 377 pac air/eau, 2513 pac géothermiques, 808 141 pac air/air et 35 031 unités extérieures de DRV ont été vendues en France en 2025, soit 1 025 062 unités extérieures de pac au total.
La PPE3 explique que les objectifs ambitieux de l’exercice PPE précédent pour 2028 de 44 à 52 TWh produits à partir de PAC, ont d’ores et déjà été atteints en 2023, avec une production de 50 TWh. Conformément au plan Pompe à chaleur, le soutien public au développement de la filière française des pompes à chaleur, rappelle la PPE3, permettra de produire et d’installer chaque année un million de PAC françaises d’ici à la fin de l’année 2027. Fin 2027, c’est dans moins de deux ans. Et les auteurs de la PPE ne semblent pas savoir que les pac air/air sont en totalité importées, d’Asie et de l’est de l’Europe et qu’aucun industriel n’a indiqué vouloir en produire en France. Le plan de la PPE3 revient donc à remplacer près de 900 000 pac air/air par des pac air/eau françaises. Les mêmes auteurs oublient aussi que l’espace européen offre une libre circulation des produits et qu’on ne peut pas discriminer les produits européens, mais non français. La PPE, dans son action chaleur.4 (page 71 de l’annexe) enfonce le clou et rappelle même que dans l’existant, en l’absence de boucle d’eau chaude, les pac air/air permettront de remplacer le chauffage électrique à effet joule, peu efficace, et ainsi d’améliorer l’efficacité énergétique des logements et de faire baisser la pointe électrique.
La biomasse est traitée dans les pages 69 et 70 de l’annexe, la géothermie de surface et la géothermie profonde sont évoquées pages 72 et 73, tandis que le solaire thermique est traité pages 74 et 75, avec l’appel à concevoir et mettre en œuvre un plan national solaire thermique. L’hydrogène apparait page 88.
Le biométhane est traité page 87. Au 31 décembre 2024, 731 installations ont injecté du biométhane, après production et épuration de biogaz, dans les réseaux de gaz naturel. Leur capacité s’élève à 13,9 TWh/an, en progression de 15 % par rapport à fin 2023. En 2030, la PPE3 fixe un objectif de 44 TWh PCS (Pouvoir Calorifique Supérieur : en récupérant la chaleur latente par la condensation de la vapeur d’eau contenue dans les produits de combustion) de biométhane injecté dans le réseau de gaz distribué en France. En 2035, la production par méthanisation de biométhane injecté dans le réseau pourrait être comprise entre 47 et 82 TWh PCS, en cohérence avec les hypothèses actuelles pour la production de biomasse à cet horizon. Pour fixer les idées, la consommation brute (y compris les pertes par fuie) de gaz naturel en France a atteint 361 TWh en 2024. En fonction de leur niveau de maturité et de leur coût de déploiement, dit la PPE3, d’autres technologies (pyrogazéification, gazéification hydrothermale...) pourraient permettre d’accroître encore cette production.
La politique de soutien au biométhane injecté, essentiellement portée jusqu’à présentpar un dispositif budgétaire d’obligation d’achat, a vocation à être complétée à partir de 2026 par un dispositif extra-budgétaire consistant en une obligation d’incorporation imposée aux distributeurs de gaz en réseau, qui devront obtenir et restituer à l’État des certificats de production de biométhane (CPB). Les derniers textes nécessaires à l’entrée en vigueur de ce dispositif ont été publiés en juillet 2024.
L’objectif de fermeture des réacteurs nucléaires avant leur fin de vie disparaît. La PPE vise au contraire la prolongation de leur vie en œuvre durant 50 à 60 ans et soutient l’objectif d’EDF de procéder à leur maintenance et au remplacement de certaines pièces, dans le respect de toutes les exigences applicables en matière de sûreté nucléaire. © PP
La PPE confirme le programme de construction de six réacteurs nucléaires EPR2, porté par EDF et qui doit faire cette année l’objet d’une décision finale d’investissement. Elle soutient également l’étude de la construction de huit EPR2 supplémentaires. Elle soutient aussi une décision de lancement d’au moins un prototype de petit réacteur nucléaire innovant à l’horizon de l’année 2030. La PPE confirme la stratégie française de traitement et de valorisation des combustibles nucléaires usés et, dans cette perspective, la poursuite des travaux en vue de renouveler les installations industrielles existantes qui permettent sa mise en oeuvre, en vue d’une prise de décision d’ici à fin 2026, tout en veillant à prendre les mesures permettant d’assurer l’adéquation aux besoins des infrastructures existantes d’ici à 2035 et au-delà.
Le projet de loi de finances (PLF) pour 2026 consolide le cap écologique impulsé en 2025, explique la PPE3 page 163, atteignant un niveau inédit de dépenses favorables à la transition verte. D’après le budget vert, qui mesure l’impact environnemental du budget de l’État, les dépenses favorables à l’environnement ont augmenté de 2,1 Mds€ dans le PLF 2026 par rapport à la LFI 2025 en 2025 pour atteindre 40,5 Mds€. Dans le processus de verdissement des investissements, la réorientation de l’épargne des ménages est favorisée, notamment par de nouveaux dispositifs, comme le livret développement durable et solidaire (LDDS), ou le plan d’épargne avenir climat (PEAC), prévu par la loi Industrie verte. L’État a également mis au point avec les assureurs et les sociétés de gestion, un nouveau type d’obligations à destination des PME et ETI91, dites "obligations transition" (OT) bénéficiant d’une garantie de l’État et visant des financements de long terme en faveur de la transition qui a été lancé début 2025. La question du financement du nucléaire et, surtout, à très court terme du coût du maintien en fonctionnement de la filière de retraitement du combustible usage, ne figure pas dans les 170 première pasges.
Voilà, c’est l’essentiel du contenu de la PPE3 jusqu’à la page 170 de l’annexe qui en compte 368. Nous allons lire le reste, ainsi que toutes les réactions, et proposeront un autre article si nécessaire.