Le 17 juin, sous les abondantes dorures de l’Hôtel de Roquelaure, siège du ministère de la Transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, la ministre Monique Barbut et son collègue Vincent Jeanbrun, ministre de la ville et du logement, ont présenté à la fois les premiers résultats de l’application du troisième Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC), lancé en mars 2025 et une courte liste de mesures spécifiques. Commençons par les informations les plus croustillantes.
Le discours anti-clim tenu depuis des années par les Pouvoirs Publics et l’ADEME est clairement en train de changer. Il ne s’agit pas, comme l’ont souligné Monique Barbut et Vincent Jeanbrun, de climatiser tous les bâtiments. Mais de climatiser à bon escient : certains locaux dans les écoles, dans les EHPAD, … Et, preuve de ce revirement, Vincent Jeanbrun annonce une baisse du taux de TVA sur les pac air/air à 5,5 %, même si aucune n’est fabriquée en France. Quand ce taux sera-t-il applicable ? Très vite. Mais encore ? Très vite ! Sans plus de précision. Et sera-t-il applicable à toutes les pac air/air en toutes circonstances ? Seulement au plus performantes et dans le cadre de travaux dans un bâtiment existant mené par une entreprise qualifiée RGE. Comment sera caractérisée la performance de la pac ? C’est trop tôt pour le dire.
Mais la même réduction de taux de TVA devrait intervenir sur les protections solaires, sur les brasseurs d’air et sur les réseaux de froid que le gouvernement veut multiplier par trois d’ici 2030.
Bref, il manque encore beaucoup d’informations, dont on ne sait pas au juste quand elles deviendront disponibles. Avant d’en venir à la climatisation, soulignent les deux ministres, il faut déployer des mesures passives :
– les protections solaires ;
– L’isolation thermique, plutôt par l’extérieur ;
– Les brasseurs d’air au plafond ;
– Et la surventilation nocturne.
Dans ce cas, est-ce que les Achitectes des Bâtiments de France (ABF) recevront de nouvelles instructions pour ne plus s’opposer à l’ITE et aux protections solaires extérieures ? Monique Barbut a expliqué qu’une concertation était entamée avec les ABF qui relèvent du ministère de la Culture, mais que ce sera long. Vincent Jeanbrun, un peu plus sec, prédit que la doctrine des ABF devra évoluer, sinon, au lieu de protéger le patrimoine, ils risquent de le condamner. Le ministre a pris l’exemple des maisons à colombages pour lesquelles l’isolation thermique par l’extérieur est la seule solution pour améliorer leur DPE et les rendre à nouveau accessibles à la location. L’isolation par l’intérieur réduit tellement la surface habitable que ces logements perdent le caractère de logements décents et ne peuvent plus être loués de toutes manières. Donc, l’ITE est la bonne réponse technique dans ce cas, mais certains PLU et des ABF ne l’autorisent pas, au risque de laisser ces logements inoccupés. Ce qui garantirait leur rapide détérioration. Il faut évoluer rapidement.
Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, a rappelé que le Fonds vert est doté de 870 M€ et que l’État reçoit trop peu de demandes à ce titre. © PP
Selon Vincent Jeanbrun, les moyens financiers pour soutenir l’adaptation des bâtiments existent, mais ne sont pas assez connus. Il a rappelé que le Fonds vert, destiné à accélérer la transition écologique dans les territoires, est doté cette année de 870 M€, dont 50 % consacrés à l’adaptation au changement climatique. Mais, précise Monique Barbut, les demandes ne sont pas si nombreuses, alors que le Fonds vert, ainsi que le Fonds Barnier doté de 300 M€ cette année, peuvent notamment financer l’adaptation des écoles et des bâtiments publics, dont les protections solaires et jusqu’aux équipements de rafraîchissement. Pour les logements, MaPrimeRénov’, dans le cadre d’une rénovation d’ampleur, finance l’ITE, la ventilation, le rafraîchissement et le pilotage des installations techniques. Sans compter que tous les conseillers France Rénov’ et tous les "Mon Accompagnateur Rénov’" seront formés à la lutte contre la surchauffe.
De plus, glisse Vincent Jeanbrun, l’indicateur Confort d’été dans la RE2020, sera sévérisé dés cette année. Ce qui siginfie au passage qu'il sait que cet indicateur existe et joue un rôle important dans la méthode de calcul RE2020. Une concertation devrait être lancée cet été, pour un décret avant janvier 2027 et une application dans la foulée. Enfin, conclut-il, les études montrent que 9 logements sur 10 en France ont un confort d’été insuffisant, que plus d’un logement sur trois peut-être qualifié de bouilloire climatique et que, dans le logement social, plus de 6 millions de personnes habitent des logements sans protections solaires extérieures. Il appelle donc à agir vite et à changer de logiciel. Selon lui, toutes les organisations, publiques et privées, doivent désormais inclure le changement climatique dans l’évaluation de leurs investissements.
David Marchal, le directeur Exécutif Expertises et Programmes à l'ADEME, a énuméré toutes les récentes études et publications de l’ADEME sur l’adaptation au changement climatique. © PP
N’ayons pas peur des nouveaux acronymes. Le troisième PNACC (Plan National d’Adaptation au Changement Climatique) tient désormais compte de la TRACC (Trajectoire de Réchauffement de référence pour l’Adaptation au Changement Climatique), ce qui n’était pas le cas de la version deux. La TRACC prévoit, en moyenne en France et par rapport à l’ère pré-industrielle, + 2 °C en 2030, + 2,7 °C en 2050 et + 4 °C. David Marchal, le directeur Exécutif Expertises et Programmes à l'ADEME, qui est intervenu avant les deux ministres, a expliqué que ce n’était pas le pire scénario, mais le plus probable. Le 18 juin a d’ailleurs été publié "Avis de l’ADEME : Agir pour rafraîchir durablement nos villes et villages" qui montre que la question de la surchauffe déborde des bâtiments et relève au quartier ou de l’agglomération.
Le but initial de la réunion provoquée par les deux ministres était la présentation des premiers résultats du 3e PNACC. Il comporte 52 mesures, dont les mesures 5 – Protéger les populations des désordres sur les bâtiments, liés au retrait-gonflement des argiles (nommé RGA, nouvel acronyme), 9 – Adapter les logements aux risques de forte chaleur –, 10 – Déployer à grande échelle les technologies de froid renouvelable – et 12 – Intégrer les enjeux d’adaptation au changement climatique dans l’ensemble des rénovations du parc immobilier de l’État – concernent directement le bâtiment.
Il n’a pas été possible de découvrir ce que recouvrent les technologies de froid renouvelable. Mais nous continuons à chercher.
Ces 52 mesures se divisent en 340 sous-actions, dont 80 % ont été lancées depuis mars 2025. Notamment, depuis mars 2026, la TRACC est inscrite dans code de l’environnement et 14 textes règlementaires ont déjà été publiés cette année. Le principal porte sur l’obligation renforcée pour les employeurs de protéger les travailleurs, notamment ceux du BTP, en cas de forte chaleur.