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Canicule : ces propriétaires qui bloquent la rénovation des "bouilloires thermiques"

Canicule : Paris face au défi des

Un élu parisien alerte sur le retard de la rénovation du parc privé tandis qu'un collectif estime que 70 % des logements pourraient éviter la climatisation grâce à des solutions passives.



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Alors que Paris traverse un nouvel épisode de fortes chaleurs, deux prises de parole relancent le débat sur l'adaptation du parc résidentiel au changement climatique. D'un côté, la Ville de Paris dénonce les freins à la rénovation des logements privés, notamment dans les copropriétés comptant de nombreux propriétaires de résidences secondaires. De l'autre, un collectif d'acteurs de la ville durable estime que la majorité des logements pourraient rester habitables sans climatisation grâce à une rénovation ciblée.

 

 

Le parc privé, maillon faible de la rénovation

Si la rénovation énergétique du parc social parisien progresse, celle des logements privés demeure très en retrait. C'est le constat dressé par Jacques Baudrier, adjoint (PCF) à la maire de Paris chargé du logement, à l'occasion d'une conférence organisée par le collectif "Nos villes à 50 °C". "Depuis 17 ans, nous avons déjà financé 80 000 rénovations d'ampleur dans le parc social", a rappelé l'élu.

En revanche, la situation est en revanche beaucoup plus préoccupante dans le parc privé, qui représente près de 1,1 million de logements. "Il y a beaucoup de bouilloires thermiques, parce que beaucoup de logements ont été construits avant 1914 et ce parc n'est pas du tout adapté aux chaleurs du XXIe siècle", a-t-il souligné. Les aides municipales commencent néanmoins à produire leurs effets. En 2026, la Ville de Paris a accompagné 10 000 rénovations de logements privés, contre 1 500 deux ans plus tôt.

 

Pour Jacques Baudrier, cette accélération de la rénovation parisienne reste toutefois insuffisante. Les travaux concernent principalement les copropriétés construites entre les années 1950 et 1970, occupées par leurs propriétaires, alors que les logements les plus énergivores – classés F et G au DPE – demeurent largement à l'écart des programmes de rénovation. © Les Montparnos

 

 

Les copropriétés de résidences secondaires dans le viseur

L'élu pointe plusieurs freins structurels. Il juge les aides de l'Anah insuffisantes en volume et mal adaptées aux immeubles anciens, particulièrement nombreux dans la capitale. Mais il met également en avant un obstacle moins souvent évoqué : la gouvernance des copropriétés. "Notre principal problème ce ne sont pas les architectes des bâtiments de France, mais les 28 % de propriétaires de résidences secondaires et de logements vacants qui votent toujours contre les rénovations", affirme Jacques Baudrier. Selon lui, cette situation est particulièrement marquée dans les arrondissements centraux. "Dans tout le centre de Paris, vous avez 35 %, 40 %, 50 % de résidences secondaires et de logements vacants. On ne rénove rien, quasiment aucun logement privé, et c'est là où sont les bouilloires thermiques."

L'élu estime que cette configuration pénalise directement les copropriétaires occupants et les locataires, souvent minoritaires lors des assemblées générales, qui se retrouvent "piégés par leurs voisins".

 

 

La climatisation ne constitue pas l'unique réponse

Ces difficultés interviennent alors que plusieurs acteurs de l'immobilier et de la construction appellent à privilégier des stratégies d'adaptation du bâti avant de généraliser le recours à la climatisation.

Un an après sa création, le collectif "Nos villes à 50 °C", qui rassemble bailleurs sociaux, collectivités, aménageurs et promoteurs, a présenté une doctrine opérationnelle visant à améliorer le confort d'été des logements en privilégiant les solutions passives. Pour ses membres, le débat oppose trop souvent les défenseurs et les opposants de la climatisation. Or, la "question n'est plus seulement de savoir s'il faut ou non climatiser mais de comprendre si un bâtiment est capable d'évacuer la chaleur qu'il accumule afin de retrouver la nuit des conditions compatibles avec le repos et la récupération", explique le collectif.

 

 

Isolation, occultation et ventilation au cœur des recommandations

S'appuyant sur des simulations réalisées par le CSTB sur près de 30 millions de logements, le collectif estime qu'environ 70 % des situations étudiées à l'horizon 2050 pourraient conserver un niveau d'habitabilité satisfaisant sans recours systématique à la climatisation. Ses recommandations reposent principalement sur trois leviers :

– la généralisation des protections solaires extérieures ;

– L'installation de brasseurs d'air au plafond ;

– Et, enfin, le renforcement de l'isolation des toitures.

 

Une cartographie de la "sévérité climatique" distingue trois grandes zones en France selon les températures nocturnes observées lors des épisodes caniculaires. Paris figure, avec le littoral méditerranéen compris entre Marseille et Perpignan, parmi les territoires où le confort d'été est le plus difficile à maintenir. © Collectif "Nos villes à 50 °C"

 

Selon le collectif, la mise en œuvre des solutions passives permettrait néanmoins d'améliorer sensiblement la situation dans la capitale. Alors que près de 75 % des logements parisiens sont considérés comme des "bouilloires thermiques", ces aménagements permettraient de faire évoluer une grande partie du parc vers un niveau d'habitabilité plus satisfaisant pendant les épisodes de chaleur.

Le collectif ne remet pas en cause le recours à la climatisation lorsque celle-ci devient indispensable, notamment dans les territoires les plus exposés du sud de la France : il plaide pour un déploiement ciblé, associé en priorité à des interventions sur l'enveloppe du bâtiment. L'objectif affiché est d'éviter une généralisation non maîtrisée des équipements de climatisation tout en garantissant la protection des occupants dans les situations où les solutions passives ne suffisent plus.




Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / © AFP

L'auteur de cet article

photo auteur Laure Pophillat
Après un doctorat en Littérature française, puis un passage de quelques années dans l'enseignement (du français, notamment aux Compagnons du Devoir et du Tour de France), Laure Pophillat s'est tournée vers la rédaction web, ainsi que le journalisme. Curieuse, éclectique et investigatrice, tous les thèmes pertinents (et donc passionnants) l’intéressent !

Aujourd'hui rédactrice en chef du bimédia Batirama, elle oriente la ligne éditoriale vers un large spectre de sujets couvrant l’entièreté de la filière bâtiment et construction, avec une prédilection pour les portraits de femmes et d’hommes engagés, inspirés et inspirants, dans un environnement, celui du BTP, toujours en mouvement.
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