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Geste architectural et réalité émissive à Cornebarrieu

Atelier Régis Roudil signe avec CDC Habitat et Compas une opération qui sort du lot

À l’entrée Sud de la ZAC Monges-Croix du Sud de Cornebarrieu (Toulouse), la résidence circulaire imaginée par l’Atelier Régis Roudil devient un fanal de la construction bois hybride actuelle.



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En banlieue Nord-ouest de Toulouse, à 10 km du centre, la commune de Cornebarrieu bénéficie des inconvénients et avantages du bout de piste de l’aéroport sur son sol. Déportée vers l’Ouest de l’autre côté de la rivière et du centre ville, la ZAC Monges-Croix du Sud remonte à 2011. Labellisée Ecoquartier, elle a donné lieu à des interventions architecturales prestigieuses, couronnées par l’ouvrage culturel de jonction de Philippe Madec (Associer), livré en 2018. C’était au moment du lancement du mouvement de la frugalité heureuse et créative, et il représente à lui seul une sorte de manifeste, notamment par son recours pionnier à la terre crue structurelle, à la ventilation naturelle mais aussi à un recours assumé au béton.

Depuis, le nom Cornebarrieu est souvent associé à cette opération.

 

Malgré sa conception initiale et sa présence architecturale, Anéou de Terrà est réalisée en grande partie en structure béton. © Compas

 

 

Compétition architecturale

Atelier Régis Roudil, quoique première agence à livrer une opération de construction bois par acheminement fluvial à Paris, en 2021, et sans doute aussi l’une des premières à y associer du pisé, agit plutôt dans le couloir rhodanien et y développe le recours à des essences résineuses secondaires comme le pin d’Alep ou le cyprès. Pour autant, le prestige de Cornebarrieu a poussé l’agence à participer à un concours pour marquer l’entrée sud de la ZAC, donc celle qui mène à Toulouse, quitte à le gagner et à devoir opérer loin de ses bases. Peut-être que les désagréments induits ont poussé l’agence à proposer l’impensable.

 

 

La fascination du cercle

La ZAC vise à tripler la densification moyenne de l’agglomération toulousaine marquée pas un étalement urbain en maisons individuelles. Le concours, outre les orientations vers les écomatériaux, demande donc ici de créer 41 logements traversants plus 5 logements individuels, tout en proposant des jardins utiles.

L’Atelier imagine, avec Anéou de Terrà, de poser un bâtiment circulaire en utilisant jusqu’aux limites de la parcelle, et d’intégrer les logements individuels accolés comme un arc du cercle. À l’époque, le Vortex se construit à Lausanne pour des logements étudiants et avec lui renaît le souvenir des grandes bâtisses circulaires chinoises (les Tulou du Fujian). Google créé son immense anneau en Californie.

 

En façade, les FOB sont réalisée à l'avancement et les MOB du dernier étage préfabriquées. © Compas

 

 

Les grues aiment les cercles

Dans ce cadre d’écoquartier, le projet est d’abord conçu largement en bois et la face extérieure s’en ressent avec sa structuration filigrane et les poteaux extérieurs en bois qui supportent la toiture avancée, côté extérieur. Pour autant, plusieurs phases de compression des coûts interviennent à l’initiative du maître d’ouvrage, le bailleur CDC Habitat.

Lorsque les ouvrages bois échoient finalement au constructeur Compas, l’hybridation est notable. Les refends et les planchers et même les poteaux sont en béton. Les refends béton servent de contreventement, tandis que les planchers s’imposent comme solution de simplification y compris sur le plan de la protection incendie que de l’acoustique. Eh oui, la forme circulaire invite à placer une grue au milieu et à monter le gros-œuvre de façon particulièrement répétitive et compétitive. À l’inverse, le bois est choisi pour les façades cintrées, et même si le rayon est supportable, il faut cintrer les MOB et les FOB. Ce qui revient à choisir des lisses basses et hautes particulièrement larges et redécoupées, puis à cintrer les panneaux d’une façon assez inhabituelle.

 

 

Menuiseries et structure

La MOB des façades du dernier étage est préfabriquée, mais les FOB entre planchers béton sont posées à l’avancement, sans que l’ingénieur Paul Carsalade de Compas ne signale des problèmes de tolérance particuliers.

Compas se charge à la fois du lot structure bois et des menuiseries extérieures, ce qui représente l’une des spécificités de cet acteur émergent de l’agglomération toulousaine, basé à Saint-Gaudens. Les menuiseries en pin viennent de l’Aveyron. Elles sont posées sur place, tandis que la prise en charge des deux lots est essentielle pour ajuster les menuiseries non cintrées à des façades intérieures et extérieures qui le sont.

 

Les balcons extérieurs donnent tout leur cachet à l'ouvrage. Les façades en FOB sont cintrée et s'accordent avec des menuiseries qui ne le sont pas. © Compas

 

 

Hybridation logistique

La toiture et donc le dernier étage sont réalisés en ossature bois qui supporte une toiture en caissons travaillée en "parts de fromage" avec une largeur extérieure de 2,50 m mais une longueur de 10 m que la grue centrage permet également de transporter.

L’ensemble du bois utilisé sur ce chantier est français, précise Paul Carsalade.

 

 

L’un des bâtiments marquants de l’année en France

Dans le sillage du pôle culturel Aria de Philippe Madec et des pratiques de l’Atelier Régis Roudil, on aurait pu imaginer un ouvrage avec une part de béton réduite, de la terre crue structurelle, qui sait de la paille, de la ventilation naturelle. Il a pourtant fallu ramener le coût de la construction à 2 500 euros/m2 environ.

Le bâtiment a été livré en février, juste au moment de la conférence lors du 9e Atelier Parallèle dédié aux bailleurs dans le cadre du 15e Forum International Bois Construction. L’inauguration officielle a eu lieu le 6 mai 2026 et met quasiment un point final à cette ZAC qui devient un incontournable des balades architecturales, avec une dizaine d’agences de renom et une exigence particulière, sans doute sans équivalent ailleurs en France.

Les premiers fraisiers ont été plantés, reste à voir comment ce quartier prendra vie.

 



Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Bastien Treille

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.
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