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Climatiser les bouilloires

Loi Relance du logement, 8 juillet 2026, Sénat. © Laure Pophillat / IA

Le Sénat veut simplifier l’installation de systèmes de climatisation dans le cadre des copropriétés. Au risque de voir fleurir comme en Chine, sur les façades, les unités extérieures de splits et leurs désagréments.



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Face aux canicules à répétition, le Sénat veut faciliter l'installation de climatiseurs en copropriété. Une évolution saluée par certains, mais qui inquiète des spécialistes de la rénovation, pour lesquels la climatisation ne doit intervenir qu'après l'isolation et l'amélioration du bâtiment.

 

 

Climatisation : le Sénat veut lever les freins en copropriété

Le 8 juillet dernier, en pleine troisième canicule de 2026, le passage au Sénat du projet de loi "Relance du logement" a poussé les sénateurs à réagir à l’intensité historique de la seconde. On n’est pas en lecture finale, mais il se pourrait que :

– le "confort d'été" entre dans la définition légale de la rénovation énergétique performante et dans les plans pluriannuels de travaux (PPT) des copropriétés ;

– En cas de refus en assemblée générale, une nouvelle AG pourra statuer à la majorité simple pour autoriser l'installation d'un système de climatisation modifiant l'aspect extérieur de l'immeuble ;

– L'avis des Architectes des Bâtiments de France sur les protections solaires extérieures (volets, brise-soleil) devient simple et non plus contraignant.

 

 

Mathieu Gilli, le directeur Métier Énergie du bureau d'études bâtimentaires Acceo. © Accéo

 

Ce résumé est diffusé par le bureau d'études Acceo et par sa filiale Alber spécialiste des petites copropriétés (moins de 20 lots), qui tirent la sonnette d’alarme car en l’état, le "texte du Sénat ne dit à aucun moment que la climatisation doit venir après le diagnostic du bâti". Selon eux, l’installation de la climatisation en copropriété ne doit intervenir qu’en dernier ressort, après avoir épuisé toute les possibilités d’amélioration de l’enveloppe.

Pour Marilyne Lacaze, la directrice d'Alber, les "petites copropriétés, souvent les plus vulnérables à la chaleur, ont aujourd'hui accès à des financements – MaPrimeRénov' Copropriété, éco-PTZ collectif – qui permettent de traiter isolation, ventilation et protections solaires avant de dimensionner une clim' beaucoup plus petite et beaucoup moins chère. C'est ce chemin qu'il faut sécuriser, pas raccourcir".

On comprend que la facilitation de la climatisation pourrait faire en sorte que les copropriétés optent pour une telle mesure sans plus se préoccuper des autres. Ce serait moins cher, plus rapide, mais se résumerait à une sorte de confort sparadrap. 

 

Marilyne Lacaze, la directrice d'Alber. © Accéo

 

 

Des passoires bouilloires climatisées ?

Dans leur communiqué, ils n’évoquent pas l’un des enjeux du projet de loi, qui souhaite remettre sur le marché les quelques 700 000 logements dits passoires thermiques de catégorie F ou G, sous réserve que le propriétaire s'engage à réaliser "des travaux de rénovation pour le ramener dans les normes de décence" – selon Maire Info. Imaginons une passoire thermique également bouilloire thermique, rénovée à bon compte pour être ramenée dans les "normes de décences", par une clim'. Empreinte carbone l’hiver, empreinte carbone l’été, dans un contexte où les objectifs carbone français à l’horizon de 2030 semblent ne jamais avoir été énoncés.

 

Accéo illustre ses propos avec une image d'un isolant en fibre de bois et plaide pour de la clim sur isolant à fort déphasage. © Accéo

 

La situation se complexifie quand on prend en compte le grand enseignement des trois premières canicules de 2026 : un bon classement DPE ne garantit en rien une bonne tenue en termes de confort d’été. En clair, un logement vertueux en termes d’énergie, selon le classement DPE, peut être en même temps une bouilloire thermique. Là aussi, surajouter la climtisation devient un crime écologique.

Acceo et Alber s’en tiennent cependant à évoquer les logements en général, et Mathieu Gilli, le directeur Métier Énergie du bureau d'études bâtimentaires Acceo, évoque les travaux prioritaires à réaliser avant de climatiser, dans tous les cas : isoler et ventiler bien.

 

 

Isoler et ventiler bien

Il serait indispensable de privilégier les matériaux isolants denses, comme la fibre de bois ou la ouate de cellulose, plutôt que la laine de verre. "Avec la fibre de bois, on retarde de 12 h l'arrivée de la chaleur sous un toit, alors que la laine de verre, notamment peu épaisse, n'offre que 4 h de déphasage thermique".

Par ailleurs, il ne faut pas négliger la ventilation, premier levier de rafraîchissement d'un immeuble. La remettre à niveau passerait par deux gestes simples : installer des brasseurs d'air dans les parties communes et sécuriser l'ouverture nocturne des fenêtres pour que l'air chaud accumulé le jour puisse s'évacuer la nuit. Sur les murs, un même principe s'applique : poser un bardage ventilé, avec une lame d'air entre l'isolant et le revêtement, permet à la chaleur de s'évacuer par convection avant même d'atteindre l'isolant.

Sans ces deux étapes, une climatisation ne fait que compenser, à grands frais, ce que le bâtiment aurait dû arrêter tout seul.

 

Vue de Paris du 6e étage d'une copro dans années 60. Le parking est en cours de végétalisation, le zinc parisien, l'une des pires solutions caniculaires, n'est jamais repeint en blanc, et pour les joueurs en l'état on ne trouve qu'un seul split extérieur, mais ça pourrait changer très vite ! © Jonas Tophoven

 

 

L’option biogéosourcée

La construction biogéosourcée, en neuf ou rénovation, réduit drastiquement les émissions de carbone en construction pour des solutions performantes en confort d’hiver et d’été. Les brasseurs d’air, les ouvertures nocturnes, le bardage ventilé, tout cela est appliqué couramment dans les écoles où la nouvelle construction climatique bénéficie d’une nette avance sur le reste du bâti français. Les reportages sur site pendant la canicule l’ont montré dès lors que la surchauffe a tellement duré qu’il n’était plus possible de s’en tenir à l’organisation de polémiques autour de la climatisation entravée et des vilains écolos.

Cela dit, l’ampleur des canicules et leur durée a été telle qu’elle a poussé tous les systèmes constructifs dans leurs retranchements. L’option climatisation sur biogéosourcé n’est pas aberrante à termes, et c’est pourquoi on commence à étudier l’effet des vibrations de la climatisation sur les bâtis légers, au même titre que les effets de machine à laver. De même, les questions de déphasage thermique des isolants biosourcés doivent être repensées à l’aune d’épisodes caniculaires de réchauffement permanent, où la faible inertie des structures en bois devient parfois un atout.

 

 

 

Une politique du bâti sparadrap

L’évolution de la loi "Relance du logement" n’aboutit pas tant à instituer la climatisation en guise de sparadrap, mais révèle plutôt l’immense impasse actuelle de la politique de rénovation du parc bâti en France, face à un nouveau climat attendu et largement produit par les activités du Bâtiment dans le monde.

On dirait qu’en utilisant la loi elle-même discutable de "Relance du logement" comme une sorte de cavalier législatif, le gouvernement et ses appuis réagissent par une sorte de panique populiste en cherchant la réponse la plus rapide, dans un contexte de profonde remise en cause des fondements de la réglementation thermique depuis le premier choc pétrolier.

 


Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Laure Pophillat / IA

 

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.
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