Explosifs civils : la campagne de tests de l’UE met au jour des défaillances inquiétantes

Explosifs civils : des non-conformités relevées dans une campagne européenne de tests. © JACOP2024

Une campagne de contrôles menée dans l’UE sur des explosifs à usage civil utilisés dans les mines et le BTP révèle des défaillances sur plusieurs détonateurs et des défauts de fabrication sur des boosters.



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Dans le cadre d’une campagne de contrôles coordonnée à l’échelle de l’Union européenne, des essais menés sur des explosifs à usage civil utilisés dans les secteurs des mines, des carrières et du BTP mettent en lumière des écarts significatifs de conformité. Financés par l’UE et pilotés dans le cadre des actions de surveillance du marché, ces tests s’inscrivent dans un programme conduit par la direction générale du marché intérieur, de l’industrie, de l’entrepreneuriat et des PME de la Commission européenne (DG GROW).

Ces travaux s’inscrivent dans le programme conjoint d’évaluation de conformité des produits (JACOP 2024), qui couvre seize catégories de produits au sein de l’Union européenne et de l’Espace économique européen. L’objectif affiché est de renforcer la coopération entre autorités nationales, harmoniser les méthodes de contrôle et consolider la sécurité du marché intérieur.

 

 

Des résultats contrastés entre détonateurs et boosters

Au total, 18 échantillons de détonateurs non électriques et 5 échantillons de boosters, issus de dix fabricants différents, ont été soumis à une série d’essais techniques. Les prélèvements ont été réalisés dans plusieurs États membres, dont la Finlande, la Belgique, l’Estonie, l’Irlande, la République tchèque et la Suède, par les autorités nationales de surveillance du marché.

Les détonateurs ont été évalués selon plusieurs critères :

– résistance mécanique ;

– Tenue aux chocs et aux coupures ;

– Résistance à la flexion ;

– Comportement sous pression hydrostatique ;

– Précision des délais d’initiation ;

– Et, enfin, capacité d’amorçage.

 

Huit échantillons se sont révélés non conformes, présentant notamment une énergie d’amorçage insuffisante, des écarts de temporisation, une résistance mécanique jugée insuffisante ou encore une tenue dégradée à la pression. Au total, ces défaillances cumulées représentent 17 non-conformités distinctes sur les échantillons testés, certains produits ayant échoué sur plusieurs critères simultanément.

Les boosters, de leur côté, ont tous passé les essais de fiabilité. Toutefois, l’examen de leur masse explosive a mis en évidence des fissures, cavités et porosités internes, susceptibles d’indiquer des défauts de fabrication. Les normes harmonisées actuelles ne prévoient pas encore de méthode permettant d’identifier ces défauts internes ni d’en mesurer précisément l’impact sur la fiabilité d’amorçage.

 

Les boosters sont des renforçateurs d'amorcage très puissants. © EPC Belgique

 

 

Des écarts de conformité aux implications opérationnelles directes

Les détonateurs non électriques représentent environ 60 % du marché européen. Leur rôle est central dans les opérations de dynamitage : ils génèrent une onde de choc destinée à initier la charge principale via un tube de choc. Les boosters assurent quant à eux une fonction d’amplification entre le détonateur et l’explosif principal, afin de garantir une initiation fiable de charges plus importantes et moins sensibles.

Dans ce contexte, les défaillances observées ne relèvent pas uniquement d’écarts techniques marginaux. Elles peuvent, dans certaines conditions d’usage, conduire à des ratés de tir, des explosions incomplètes ou des déclenchements imprévus, avec des conséquences directes sur la sécurité des opérations en carrière ou en génie civil.

 

 

Niveaux de risque et suites réglementaires

Sur les 17 non-conformités relevées, les autorités de surveillance du marché ont estimé que trois présentaient un niveau de risque élevé, notamment en raison de défaillances lors de tests de chute et de pression. Onze cas ont été classés en risque moyen, principalement liés à des problèmes d’énergie d’amorçage et de rupture de tubes, tandis que trois ont été jugés à risque faible, malgré des performances de temporisation insuffisantes.

Huit produits ont été intégrés au système européen d’information et de communication sur la surveillance du marché (ICSMS), outil destiné à centraliser les non-conformités, coordonner les actions correctives et organiser le retrait éventuel de produits dangereux du marché.

 

 

Vers un renforcement des exigences industrielles

Les conclusions des autorités convergent vers un renforcement des exigences de fabrication comme de contrôle qualité. Les recommandations insistent sur la nécessité de garantir une résistance mécanique et une tenue à la pression plus homogènes pour les détonateurs non électriques, ainsi qu’une amélioration de la régularité des performances d’amorçage.

Concernant les boosters, les experts pointent la nécessité de mieux maîtriser l’homogénéité de la masse explosive et de développer de nouvelles méthodes d’essai permettant de détecter les défauts internes aujourd’hui non couverts par les standards existants.

 



Source : batirama.com / Laure Pophillat / © JACOP2024

L'auteur de cet article

photo auteur Laure Pophillat
Après un doctorat en Littérature française, puis un passage de quelques années dans l'enseignement (du français, notamment aux Compagnons du Devoir et du Tour de France), Laure Pophillat s'est tournée vers la rédaction web, ainsi que le journalisme. Curieuse, éclectique et investigatrice, tous les thèmes pertinents (et donc passionnants) l’intéressent !

Aujourd'hui rédactrice en chef du bimédia Batirama, elle oriente la ligne éditoriale vers un large spectre de sujets couvrant l’entièreté de la filière bâtiment et construction, avec une prédilection pour les portraits de femmes et d’hommes engagés, inspirés et inspirants, dans un environnement, celui du BTP, toujours en mouvement.
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