Les propositions formulées ces derniers jours par plusieurs responsables politiques en faveur d'un "congé climatique" suscitent déjà des réactions du côté des organisations patronales. Pour le président du Medef, Patrick Martin, la mesure ne constitue pas la réponse appropriée aux défis posés par le réchauffement climatique et ses conséquences sur l'activité économique.
Le sujet a été remis sur la table dimanche par les Écologistes : le parti a lancé une pétition réclamant la création d'un congé climatique permettant aux salariés de ne pas se rendre sur leur lieu de travail lorsque les conditions météorologiques deviennent incompatibles avec une activité normale. Interrogée sur LCI, la secrétaire nationale du parti, Marine Tondelier, a expliqué que ce dispositif pourrait également être mobilisé lorsque des établissements scolaires ferment en raison des fortes chaleurs et que les parents ne disposent d'aucune solution de garde.
Dans la foulée, le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, s'est lui aussi prononcé en faveur de la création d'un "congé spécifique" destiné à faire face à ces situations exceptionnelles.
Ces propositions interviennent alors que les épisodes caniculaires se multiplient et que la question de la protection des travailleurs, notamment dans les secteurs exposés comme le bâtiment, les travaux publics ou encore la logistique, prend une importance croissante.
Patrick Martin juge toutefois cette piste inadaptée. En marge d'une conférence de presse, le président du Medef a estimé qu'il ne s'agissait "pas d'une bonne solution", même si les canicules sont selon lui "éprouvantes pour les personnes, avant même de l'être pour l'économie".
Le dirigeant patronal redoute notamment un mécanisme qu'il qualifie de "cercle vicieux". Selon lui, la généralisation d'un tel congé conduirait à une baisse de l'activité comme de la production, avec des conséquences économiques susceptibles de freiner les investissements nécessaires à la transition énergétique : on "travaille moins, on produit moins, on a moins d'argent : donc comment va-t-on financer l'électrification, que ce soit des véhicules, des logements, des Ehpad, des écoles, l'installation de pompes à chaleur ?", s'est-il interrogé.
Pour autant, Patrick Martin reconnaît la nécessité pour les entreprises de protéger leurs salariés lors des épisodes caniculaires. Il appelle les employeurs à faire preuve de vigilance et à adapter leurs pratiques lorsque les conditions l'exigent. Les chefs d'entreprise doivent être, selon lui, "très précautionneux, très attentifs à l'égard de leur personnel", notamment en aménageant les horaires de travail lorsque cela est possible, en recourant davantage au télétravail ou encore en veillant à la mise à disposition d'eau potable. Le président du Medef estime d'ailleurs que ces mesures sont déjà largement mises en œuvre dans les entreprises confrontées à ces situations.

Face à l’intensification des épisodes de chaleur, les chantiers du BTP doivent se réorganiser. Voici les cinq reflexes essentiels à adopter, ainsi que le rappelle rérgulièrement l'OPPBTP. © Laure Pophillat
S'il reconnaît que la vague de chaleur actuelle pourrait avoir un impact sur l'activité économique, Patrick Martin indique qu'il est encore trop tôt pour en mesurer précisément les conséquences. Il considère néanmoins que ces épisodes constituent un signal supplémentaire de la nécessité d'accélérer les investissements permettant d'adapter les bâtiments, les équipements et les infrastructures aux températures de demain. "Cela nous ouvre les yeux sur la nécessité d'accélérer sur tous les dispositifs qui nous permettraient de mieux nous protéger, et de prévenir l'augmentation des températures", a-t-il déclaré, ajoutant que "la France a de ce point de vue des savoir-faire incroyables".
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Pour les acteurs du bâtiment et de l'efficacité énergétique, ces déclarations rappellent que la lutte contre les effets du changement climatique ne se limite plus aux seuls enjeux environnementaux. Elle devient également une question d'organisation du travail, de performance économique et d'adaptation durable des infrastructures. © Laure Pophillat