L'enquête sur le gigantesque et dramatique incendie qui ravage depuis plusieurs jours la forêt de Fontainebleau connaît un premier tournant judiciaire. Deux salariés d'une entreprise intervenant sur l'autoroute A6 ont été mis en examen pour destruction involontaire par incendie, les investigations privilégiant la piste d'un départ de feu accidentel lié à des travaux de maintenance.
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Située à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Paris, en Seine-et-Marne, la forêt de Fontainebleau couvre près de 25 000 hectares, dont environ 22 000 hectares de forêt domaniale gérés par l'Office national des forêts (ONF). Classée réserve de biosphère par l'Unesco depuis 1998, elle est réputée pour la richesse de sa biodiversité, ses chaos rocheux de grès et ses quelque 1 600 km de sentiers. Chaque année, ce massif emblématique accueille plusieurs millions de visiteurs. © VisitParisRégion
Selon les premiers éléments communiqués par le parquet de Fontainebleau, l'incendie principal aurait pris naissance dimanche lors d'une intervention destinée à réparer une glissière de sécurité le long de l'autoroute A6, sur la commune de Noisy-sur-École. Au moment des faits, deux ouvriers intervenaient pour remplacer des glissières de sécurité à l'aide d'une disqueuse thermique. Des projections d'étincelles auraient alors enflammé la végétation sèche située à proximité, provoquant le départ du feu.
Dans un communiqué, la société de travaux Aximum – filiale du groupe Colas –, spécialisée dans les équipements de la route, la signalisation, les dispositifs de sécurité et la gestion des infrastructures de mobilité, revient sur cette intervention : "le 12 juillet, une équipe d'Aximum a mené une intervention d'urgence sur l'autoroute A6 pour changer des glissières de sécurité endommagées par un accident de la route".
Les deux ouvriers présents sur le chantier ont été mis en examen pour destruction involontaire par incendie résultant d'un manquement à une obligation de sécurité ou de prudence. Ils restent libres, mais sont désormais placés sous contrôle judiciaire.
Le dirigeant de l'entreprise, quant à lui, bénéficie du statut de témoin assisté à ce stade de la procédure.



L'enquête distingue toutefois plusieurs incendies. En parallèle du sinistre principal, deux jeunes hommes de 18 ans, dont un sapeur-pompier volontaire, ont été mis en examen et placés en détention provisoire. Ils sont soupçonnés d'avoir allumé volontairement deux autres foyers distincts, à Arbonne-la-Forêt et à Fontainebleau. © Franck Desprez / Sdis 77
Les feux ravageant le massif depuis dimanche ont déjà consumé près de 10 % de la forêt de Fontainebleau, siot près de 2 000 hectares. Outre les dégâts écologiques, les incendies ont également fait des victimes et détruit des habitats essentiels pour la faune et la flore.
Le massif, très fréquenté par les randonneurs comme les grimpeurs, subit l'un des plus importants incendies de son histoire récente. Près d'un millier d'habitants avaient dû être évacués dans la nuit de dimanche à lundi, tandis qu'un impressionnant dispositif de lutte contre le feu était déployé.



Environ 950 sapeurs-pompiers demeuraient encore mobilisés jeudi. Si les principaux foyers sont désormais contenus, les secours doivent toujours faire face à des reprises localisées, favorisées par le vent, les températures élevées et la présence de tourbe et de sable, qui compliquent l'extinction complète du sinistre. © Franck Desprez / Sdis 77
Le président de la République s'est rendu jeudi au poste de commandement installé au cœur du massif des Trois-Pignons afin de saluer l'engagement des secours. Il a souligné que la France traverse une saison exceptionnelle, évoquant les incendies les plus destructeurs observés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
À la mi-juillet, près de 35 000 hectares avaient déjà été détruits par les flammes sur le territoire national, un niveau supérieur au total enregistré sur l'ensemble de la saison précédente.
Le chef de l'État a rappelé qu'aucune indulgence ne serait accordée aux auteurs d'incendies volontaires, alors que les conditions météorologiques rendent chaque départ de feu particulièrement dangereux.
La Fondation du patrimoine lance une vaste campagne de dons afin de financer les premières actions de restauration et de protection du massif. Cette mobilisation réunit plusieurs acteurs publics, dont l'Office national des forêts (ONF), le château et la ville de Fontainebleau, le département de Seine-et-Marne et la région Île-de-France.
L'ouverture de cette collecte exceptionnelle est destinée aussi bien aux particuliers qu'aux entreprises et aux collectivités souhaitant participer à la reconstruction de ce patrimoine naturel.
Les sommes recueillies financeront plusieurs opérations d'intérêt général visant à restaurer durablement le massif forestier. Parmi les actions prévues figurent notamment :
– les diagnostics réalisés après les incendies afin d'évaluer précisément les dégâts ;
– La renaturation des zones sinistrées avec la plantation d'essences mieux adaptées au changement climatique ;
– Et le développement de mesures de prévention pour limiter le risque de futurs incendies.
La Fondation du patrimoine rappelle que la forêt française couvre près d'un tiers du territoire métropolitain et joue un rôle majeur dans le stockage du carbone, la préservation de la biodiversité et la protection des sols. Face à la multiplication des incendies ces dernières semaines, l'organisme avait déjà lancé une collecte nationale en faveur des forêts françaises touchées par les flammes dans plusieurs départements, notamment l'Aude, l'Hérault, les Pyrénées-Orientales, le Gard, le Var, l'Ariège, la Drôme, la Haute-Loire et la Seine-et-Marne.