La France n’est pas habituée à avoir des salons leader européen, pas dans le Bâtiment et pas dans le domaine du bois. Et comme le CIB avait crû de façon organique, il ne fallait pas bousculer les traditions. On tentait bien de mettre de l’ordre avec les trois halls jouxtant le Grand Palais et sa mezzanine, mais ça ne fonctionnait pas parfaitement. D’autant que les stands régionaux des Fibois aggloméraient des exposants variés. Maintenant, ça y est, le Grand Palais est réservé à la construction, la mezzanine aux services (de la construction), le hall 1 plus ou moins aux panneaux et le hall 2 au parquet, et le grand hall XXL à la forêt, aux sciages et au commerce du bois. Bon, un coin du Grand Palais est réservé à l’immense pôle basque et les FiBois régionaux restent égrenés à différents endroits mais cela contribue à la respiration de l’ensemble car les halls thématiquement recadrés offrent une vison claire.

Magnifique travail d'une scierie qui pousse également ses pions sur le bois rond robotisé. © Jonas Tophoven
Quand on est dans le parquet, on est dans le parquet. Reste tout de même à savoir où on en est. Et c’est là où le CIB dispose encore d’une marge de progrès. On circule en se disant, c’est vraiment comme il y a deux ans, en plus chic souvent, ou en plus grand pour les stands, et on se dit qu’en fin de compte le marché ne va pas si mal. Mais on a les plus grandes peines à discerner d’emblée une adaptation au marché qui semble immuable, alors que le moins qu’on puisse, dire, c’est qu’en 2026, avec cette guerre d’Israël, tout est chamboulé. C’est sans doute un "effet salon" car du côté de Fordaq, en prise directe avec des acheteurs et vendeurs de bois du monde entier, l’inquiétude des interlocuteurs est palpable dans les renouvellements de contrats.

Chez Naofloor, concours de dépose de parquet, les plus rapides viennent de la GSB. © Jonas Tophoven
Le parquet décline et vivote, alors qu’il devrait être dopé par les enjeux environnementaux et les choix vernaculaires. Non seulement les stands ne font aucun effort pour mettre en avant une innovation, mais le bénéfice environnemental est complètement passé sous silence, à l‘exception du Naofloor de Deschaumes, d’ailleurs primé au CIB par un Trophée Jean Paul Lanly.
Au Forum de février, Naofloor a proposé l’utilisation de chênes piqués. Dans la foulée, l’enseigne sait réemployer du parquet de chêne en épaisseur standard de 23 mm pour produire en réemploi du Naofloor 14 mm. Problème : les parquets de récupération sont souvent collés et plus cloués. Mais qui va aller contre pour proposer des aménagements démontables et récupérables (sinon Naofloor) ?
.jpg)
Les FiBois régionaux sont des aimants d'exposants particulièrement conviviaux. © Jonas Tophoven
Côté Panneaux, la situation est un peu la même. Evertree montre sa capacité à décarboner les liants des MDF, panneaux de particules, OSB et même contreplaqués. Le contrat contreplaqué n’est pas encore signé. Reste le HDF, le 3-plis, le CLT, le glulam et le LDF. De son côté, l’organisation européenne des panneaux a lancé une alternative à Evertree, à "bilan carbone", donc, comme dans le cas des liants Evertree, pas totalement exempt de produits fossiles. Tout de même, en pleine crise du pétrole, ces sujets devraient défrayer la chronique mais on dirait qu’ils sont secondaires.
Pareil dans le Hall XXL avec la traçabilité qui avait, à l’occasion de l’édition précédente, fait monter au créneau les producteurs de bois feuillus américains. Quant aux bois augmentés, les superwood, les annonces dans les réseaux ne se traduisent pas par une présence à Nantes. Le bois brûlé n’est plus vraiment visible, le thermotraité n’est pas à l’affiche. Les alternatives au bouleau ou au mélèze d’Asie, indispensable lors de la dernière édition à cause de la guerre d’Ukraine, ne font pas l’objet de communications marquées. Bref, que se passe-t-il au juste ?

Après le congrès du développement durable de Lille en septembre 2025, voici que le miscanthus se montre aussi au CIB, sous une autre forme. À suivre ! © Jonas Tophoven
Il en est de cette édition du CIB comme des précédentes : il faut être dans le coup, sinon on n’y comprend rien. Et dans ce contexte, on attend un peu que ce salon leader européen dégrossisse le marché pour tous, car il est impossible d’en être à tous les niveaux. C’est pourquoi l’organisateur FiBois Pays de la Loire a opté pour un baromètre, un questionnaire auprès de ses exposants et censé faire ressortir des sentiments. Une initiative louable mais pour l’instant encore peu parlante quand il s’agit de comprendre le marché et les flux. Il est vrai que French Timber s’en charge dans les conférences avec beaucoup de brio et de bouteille. Cela aide à comprendre jusqu’à un certain point. Parce que juin 2026, c’est le moment où enfin quasiment l’intégralité du marché français des ERP bascule en RE2025 alors que l’on sait pertinemment que les habitudes fossiles et minérales ne permettent pas de continuer. À Nantes, cela se voit sans doute dans l’opulence des stands liés à la construction et la rénovation. Sans plus.

Grande affluence jeudi notamment dans le hall XXL au cœur du commerce mondial du bois. © Jonas Tophoven
Derrière une façade immuable de marché international du bois qui s’adapte en permanence, on discerne cependant des signes aigus de crise de la matière. Ainsi, le monde germanique met nettement moins de résineux sur le marché car l’épicéa commence à manquer à cause des attaques sanitaires et de l’adaptation au changement climatique. En France, l’épicéa n’est pas à la fête non plus, sans parler du pin maritime avec le nématode, du frêne chalarosé, du châtaignier encré etc. Moins d’épicéa en Europe (mais tout de même encore à un haut niveau), cela signifie que les prix se maintiennent et le marché français des sciages de résineux est moins exposé aux raids de délestage. Il y a aussi des implications directes sur des produits comme le CLT, qui dispose en Europe d’une capacité de production de l’ordre de 2 millions de m3, alors qu’elle n’est employée qu’au trois quart. On ne va pas pousser au maximum des capacités puis acheter de nouvelles lignes si l’épicéa devient moins accessible avec de surcroît une phase de transformation en lamelles et collage contrecroisé, puis un transport pondéreux routier sur de longues distances, qui devient anachronique. Que toute la branche construction de Stora Enso soit ouverte à une cession depuis plusieurs mois n’est pas anodin. Les modèles productifs toussent. Le CIB ne l’affiche pas, mais le révèle au détour des couloirs.