Face aux critiques récurrentes visant la profession et à la défiance persistante autour du diagnostic de performance énergétique (DPE), le ministre du Logement Vincent Jeanbrun entend reprendre la main et lancer une charte nationale destinée à renforcer la fiabilité des diagnostiqueurs immobiliers, tout en cherchant à redorer une image largement écornée ces dernières années.
À l’occasion des Assises de la profession organisées par son ministère, l’exécutif a affiché une volonté claire : "arrêter le diagnostiqueur-bashing" et engager un travail de fond pour "changer l’image des diagnostiqueurs immobiliers", dans un contexte où le DPE s’est imposé comme un outil central du marché du logement, aussi bien pour la vente que pour la location, mais également comme un pilier des objectifs de rénovation énergétique de l’État.
Les contours précis de cette future charte restent à définir et devront être "co-construits" dans les semaines à venir avec les professionnels du secteur, qui seront également associés à la réflexion sur les outils d’encadrement à mettre en place afin de sécuriser davantage les pratiques et de limiter les dérives.
Parmi les pistes évoquées figurent la création d’un ordre des diagnostiqueurs ou encore la mise en place d’une carte professionnelle, deux dispositifs qui viseraient à structurer la profession comme à mieux encadrer les pratiques sur le terrain.
Interrogé par l’AFP sur la fiabilité du DPE, Vincent Jeanbrun estime que la réponse doit avant tout venir des professionnels eux-mêmes, soulignant qu’ils "ont envie de fiabiliser le DPE, de lutter contre la fraude, de lutter contre les brebis galeuses qui sont une extrême minorité", dans un secteur où la grande majorité des acteurs revendique un exercice sérieux de leur métier.
De son côté, le DPE s’est progressivement imposé comme un instrument incontournable du marché immobilier français tout en constituant un levier majeur de la stratégie nationale de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais les réformes successives ont contribué à fragiliser sa lisibilité, comme le souligne la députée Renaissance Annaïg Le Meur, qui évoque des "changements continus" ayant généré un sentiment de perte de confiance et de complexité croissante, alors même que l’outil demeure indispensable dans la politique de transition énergétique.
Dernière évolution en date : la volonté du gouvernement de revoir à la baisse le coefficient de conversion de l’électricité utilisé dans le calcul du DPE, dans le cadre plus large du plan d’électrification du pays. Ce coefficient, déjà passé de 2,3 à 1,9 au 1er janvier, pourrait être abaissé à 1,7 – seuil minimal prévu au niveau européen – voire descendre jusqu’à 1 si la France parvient à faire évoluer le cadre réglementaire.
Une évolution qui aurait des effets mécaniques importants sur le classement énergétique des logements, le premier ajustement ayant déjà permis à près de 895 000 biens de sortir de la catégorie des "passoires thermiques", et une nouvelle baisse à 1,7 pouvant en exclure environ 382 000 supplémentaires, selon une étude de la start-up KRNO.
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Pour Vincent Jeanbrun, cette orientation s’inscrit dans une stratégie politique assumée visant à accompagner l’électrification des usages, tout en rappelant que ces évolutions "ne sont pas de la faute ni des diagnostiqueurs ni du DPE". Une lecture que ne partage pas l’Alliance du diagnostic immobilier, qui dénonce une décision perçue comme purement politique et contraire aux recommandations d’un comité technique du bâtiment, selon son vice-président Samir Zanoun, ravivant ainsi les tensions autour d’un outil devenu aussi stratégique que controversé. © Magnific