Le manque de mesures gouvernementales fortes enfonce le BTP dans la crise, craint la FFB

chantier le soir

Lors de la conférence de presse conjoncturelle du 4 juillet, Olivier Salleron, président de la FFB, a réitéré les craintes déjà émises en avril : lorsque le logement s'effondre, tout se secteur suit, indique-t-il.




"Quand le logement ne va pas... " s'intitulait la conférence de presse trimestrielle de la FFB, ce 4 juillet, présidée par Olivier Salleron, président de la FFB. Dans le neuf comme dans l'ancien, la construction ou rénovation de logements fait travailler près de 60% du secteur (logements neuf : 26,5% - amélioration entretien 31,9%), a rappelé la Fédération. Or en ce qui concerne le logement neuf, la crise s'intensifie, avec un effondrement de 30% des permis de construire et de 17,2% des mises en chantier, en considérant les chiffres des 5 derniers mois.

 

Tout aussi inquiétant, l'amélioration-entretien de logements anciens est en phase de ralentissement (seulement +1% en moyenne). Il en est de même de la rénovation énergétique (+1,1%) : "malgré la crise de l'énergie, malgré l'interdiction de louer les 'passoires thermiques', malgré la mise en place du Prêt avance-rénovation, ça ne bouge pas" martèle le président de la FFB. Un signe, pour la Fédération, que les dispositifs de soutien (MaPrimeRénov', les CEE...) ne sont ni suffisants, ni adaptés, "loin de la nécessaire accélération mentionnée par le récent rapport Pisani-Ferry", regrette Olivier Salleron. 

 

Emeutes en France : recensement en cours des chantiers dégradés et d'entreprises attaquées

 

une tractopelle incendiée

Tractopelle incendiée suite aux émeutes. © Philippe Bougard, chef d'entreprise chez Revnor/Président de la FFB Eure - publié sur Linkedin

 

La conférence de presse s'est ouverte sur un sujet d'actualité qui n'a pas épargné les entreprises du bâtiment : les émeutes qui ont frappé l'ensemble du pays après la mort du jeune Nahel il y a une semaine, ont causé de nombreuses dégradations indique Olivier Salleron : "le recensement est en cours mais on est déjà à plusieurs dizaines de chantiers dégradés et d'entreprises attaquées. On n'a pas encore le chiffre exact. On aura les résultats dans quelques jours. Des entreprises du bâtiment, les chantiers en cours, ont été dégradés, certains brûlés... Cela posera beaucoup de questions assurancielles. (...) La CPME et le BDF se sont mobilisés pour demander des mesures exceptionnelles pour les locaux, personnes et biens, qui ont été touchés. Nous sommes solidaires avec les sinistrés et aussi avec les élus locaux", a indiqué le président de la FFB, surtout dans le contexte économique actuel.

 

135.000 destructions de postes d'ici 2025, au lieu des 100.000 annoncés en avril

 

Les annonces du CNR Logement début juin "ont constitué les raisons de la colère pour la filière" rappelle Olivier Salleron. La suppression du PTZ neuf en zones B2 et C et son recentrage uniquement sur le collectif ailleurs va entrainer, selon la FFB, "une nouvelle perte d'environ 15.000 opérations". 

 

Les estimations de la Fédération Française du Bâtiment se sont donc assombries : seuls 259.000 logements seraient mis en chantier en 2025, soit -30% sur trois ans pour atteindre un nouveau record historique du niveau le plus bas depuis le début des années 1980.

 

De plus, le tassement actuel du secteur amélioration-entretien conduirait à une croissance limitée au plus à 1% par an en volume, et l'activité bâtiment dans son ensemble reculerait de - 7% hors effet prix entre 2022 et 2025.

 

Les pertes d'emplois qui s'ensuivront selon ce scénario seraient de l'ordre de 135.000 destructions de postes au lieu des 100.000 estimées par la Fédération en avril. Déjà à l'heure actuelle, entre les premiers trimestres 2022 et 2023, seuls 4.400 nouveaux postes équivalents temps pleins ont été créés. Les intentions d'embauche à l'horizon de l'été baissent pour les entreprises de plus de 10 salariés et basculent en négatif pour les artisans.

 

Des défaillances d'entreprises déjà à la hausse

 

"On peut parler aujourd'hui d'un rattrapage des défaillances d'entreprise dès mi-2023", indique Olivier Salleron. En utilisant les chiffres de 2019 comme comparaison, fin 2022, "on était encore à -24% de défaillances. Seulement 5 mois après, on n'est déjà plus qu'à -6,5% de défaillances."

 

"C'est une véritable spirale d'aspiration des défaillances", analyse Olivier Salleron.

 

tableau montrant l'évolution des défaillances d'entreprises 2022-2023

Selon les chiffres d'Altares, on observe une forte accélération des défaillances d'entreprises dans le BTP sur les 5 premiers mois de 2023. Si la tendance se confirme, l'année 2023 sera similaire à 2019 en termes de nombre de défaillances d'entreprises. © FFB - Altares

 

 

Situation financière des entreprises

 

graphique montrant les marges des entreprises de 2009 à 2023

Dans ce tableau réalisé par la FFB à partir des chiffres de l'Insee, on voit l'élévation des marges en 2022-2023 de l'industrie manufacturière (en rouge) tandis que celle des services marchands hors immobilier et financier (en jaune) et de la construction (en vert) sont soit en baisse, soit en phase de stagnation. © FFB - Insee

 

Les marges, sans être catastrophiques, se retrouvent bien en dessous de celles de 2019 et même au niveau de 2013 voir 2012, indique la FFB. "Ce n'est pas le cas de tous les secteurs", dénonce Olivier Salleron, qui pointe du doigt des marges bien supérieurs pour l'industrie manufacturière qui semble avoir profité de la crise des matériaux.
 

 

Espoir d'évolution d'ici septembre ?

 

Olivier Salleron présidant la conférence de presse du 4 juillet

Olivier Salleron présidant la conférence de presse du 4 juillet, capture d'écran ©EW

Mais la FFB ne baisse pas les bras et annonce que les discussions continuent afin de faire valoir leurs idées auprès du Gouvernement. La FFB pousse pour que certaines mesures soient mises en place le plus rapidement possible, notamment :

  • L'assouplissement des obligations du HCSF (taux d'effort, durée) ;
  • L'arrêt des nouvelles règles et normes pour plus de simplification.

Pour le neuf :

  • Le soutien à l'accession à la propriété avec :
    • Le rétablissement d'une quotité de PTZ de 40% dans le neuf en zones B2 et C, avec barèmes réévalués et indexés ,
    • Un crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt pour absorber une partie des surcoûts liés à la RE2020.
  • Pour redynamiser l'investissement locatif :
    • Dans un premier temps, un nouveau dispositif équivalent au Pinel 2022,
    • A moyen terme, un statut du bailleur privé.
  • Une aide aux maire bâtisseurs,
  • L'assouplissement du ZAN,
  • La révision du zonage.

Pour la rénovation énergétique :

  • Une vraie planification qui évite les à-coup (promotion puis exclusion du gaz, isolation avant changement de chaudière puis l'inverse...),
  • Une majoration des aides : un milliards d'euros par an pendant 5 ans pour MaPrimeRénov', notamment pour la rénovation globale,
  • La pérennisation du crédit d'impôt rénovation TPE-PME,
  • La réouverture de MonAccompagnateur Rénov' aux entreprises de bâtiment qualifiées,
  • La mise en œuvre rapide du programme EduRénov,
  • Et la mise en place rapide de MaPrimeAdapt', prévue pour janvier 2024...

 

Le logement, une rente pour la Nation

 

La FFB a rappelé les bénéfices de la vente de logement, sous forme de TVA, qui est encaissée par l'Etat. "Selon le Compte du logement, le solde entre prélèvements et aides sur le champ du logement s'établissait à plus de 50 Mds€ de recette nette en 2021, et il serait du même ordre de grandeur en 2022." Des chiffres qui pourraient bien baisser dès 2023.

 

En ce qui concerne le prêt à taux zéro, selon les estimations de la Fédération, une opération de vente immobilière neuve avec PTZ rapporte, au bout de 5 ans, près de 35.000 € net à l'Etat, après déduction du coût du crédit impôt. Or la modification du PTZ menacerait 60% des achats, soit pour les revenus les plus modestes, ne pouvant plus se permettre d'acheter sans PTZ, soit pour les opérations en zones C là où les prix sont les moins élevés. Un manque à gagner certains pour l'Etat...

 

La FFB le rappelle, il est dans l'intérêt du Gouvernement de se soucier de la crise du logement neuf et d'agir !

 



Source : batirama.com / Emilie Wood / Photo de une © evening tao sur Freepik

L'auteur de cet article

photo auteur Emilie Wood
Journaliste, photographe, vidéaste, Emilie Wood travaille depuis 2010 pour la presse, qu’elle soit professionnelle dans les domaines du BTP et de l’agriculture, ou généraliste. Pour Batirama, elle écrit sur des sujets aussi variés que la conjoncture BTP, l’évolution de la réglementation, la rénovation énergétique, les réformes, les innovations, ou encore l’actualité de l’immobilier. Elle apprécie particulièrement réaliser des portraits d’entreprises et révéler les femmes et les hommes qui, chacun à leur manière, font une différence, qu’ils soient entrepreneurs ou collaborateurs d’entreprise.
1 Commentaire
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  • par RVL42600
  • 10/07/2023 10:24:31

Bonjour, comme vous le savez le gouvernement Macron et les députés Renaissance ont rejeté la proposition de loi de la Nupes : Investir 7 milliards d'euros dans le bâtiment. Les professionnels du bâtiment étaient prêts à relever le défi. Mais les choix ultra libéraux de Macron en ont décidé autrement !

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