Au quatrième trimestre, l’activité des entreprises artisanales du bâtiment a continué de reculer, enregistrant une baisse de 2 % sur un an. Si le secteur du neuf montre une légère amélioration, avec un repli limité à 3 %, l’entretien-amélioration et la rénovation énergétique demeurent en grande difficulté. Ces segments accusent une baisse de 1,5 % et enchaînent un cinquième trimestre consécutif de recul, confirmant l’enlisement de marchés pourtant stratégiques pour le secteur.
Sur l’ensemble de l’année 2025, l’activité affiche ainsi une contraction globale de 3,8 %, témoignant de l’absence de reprise structurelle. Dans ce contexte, la CAPEB appelle le Gouvernement à faire de la rénovation une priorité, en instaurant les conditions nécessaires au rétablissement d’un climat de confiance auprès des entreprises artisanales du bâtiment et de leurs clients, fragilisés par l’instabilité politique comme réglementaire.
Les politiques de stop and go ont fortement dégradé la visibilité des entreprises, freiné l’investissement et fragilisé l’emploi. Les artisans du bâtiment évoluent désormais dans un environnement instable, soumis à des dispositifs changeants et parfois contradictoires, qui les empêchent de se projeter comme de planifier leur activité sur le long terme.
La crise de la construction neuve montre toutefois de premiers signes d’atténuation, avec un repli limité à 3 % au quatrième trimestre, en lien avec la hausse des autorisations de permis de construire (+ 13,5 %) et des mises en chantier (+ 4,8 %), des indicateurs jugés encourageants pour le marché du neuf.
À l’inverse, l’entretien-amélioration et la rénovation énergétique demeurent durablement à la peine, affichant une stagnation à - 1,5 %, et ce depuis cinq trimestres consécutifs. La suspension, puis la modification rapide du dispositif MaPrimeRénov’, suivies d’une nouvelle interruption en l’absence de consensus sur le budget de l’État, ont eu des effets immédiats sur les décisions de travaux.

Selon une consultation menée par la CAPEB auprès de ses adhérents en novembre 2025, 79 % des artisans estiment pourtant le dispositif MaPrimeRénov’ déterminant pour le déclenchement des chantiers. © Freepik
Pour restaurer la confiance et relancer la croissance du secteur, la CAPEB appelle à recentrer les priorités sur l’entretien-rénovation, pilier de la transition énergétique, ainsi que sur l’adaptation des logements au vieillissement de la population et à l’évolution des usages. Plusieurs indicateurs laissent entrevoir une amélioration :
– le taux d’épargne des ménages amorce un repli ;
– Les carnets de commandes se regarnissent ;
– Les défaillances d’entreprises demeurent maîtrisées ;
– Et les besoins en trésorerie reculent à 17 %, contre 22 % au trimestre précédent.

De son côté, le marché des logements anciens confirme sa reprise, avec 929 000 transactions, en hausse de 11,3 % sur un an. © Freepik
Dans ce contexte, la CAPEB demande au Gouvernement d’inscrire la politique du logement dans une trajectoire lisible et cohérente, du neuf à la rénovation. Elle plaide pour l’arbitrage de mesures à la fois efficaces et stables : réouverture des guichets MaPrimeRénov’, finalisation d’un parcours de rénovation énergétique par étapes, simplification de l’accès à la qualification RGE et mise en place des GME (Groupements Momentanés d’Entreprises). Ces leviers, qui ne nécessitent pas de moyens budgétaires supplémentaires, visent à accompagner l’ensemble des ménages, y compris les plus modestes, face au défi majeur de la rénovation énergétique.
Porté par la CAPEB et soutenu par les acteurs de la filière, le parcours de rénovation énergétique par étapes est présenté comme la seule approche capable de dépasser une gestion court-termiste de MaPrimeRénov’. Il doit permettre de construire une stratégie pluriannuelle intégrant l’ensemble des travaux nécessaires à une rénovation performante, notamment l’isolation des murs et le recours aux solutions de chauffage biomasse. Son financement, étalé sur cinq ans jusqu’à l’aboutissement d’une rénovation complète, reposerait sur la réorientation d’une partie de l’enveloppe MaPrimeRénov’ aujourd’hui consacrée aux rénovations d’ampleur (3,6 milliards d’euros), sur les CEE (Certificats d’Économies d’Énergie) et sur des financements privés, via la mobilisation des établissements bancaires.
La mise en œuvre de ce parcours est jugée déterminante afin de permettre à tous les ménages, y compris les plus modestes et très modestes, de s’engager dans la rénovation de leur logement : un tiers du parc immobilier français est concerné, dont 4,8 millions de passoires thermiques. À l’horizon 2050, 80 % des logements existeront déjà et devront être rénovés, souligne la CAPEB, rappelant que la rénovation globale ne peut constituer l’unique réponse face à l’ampleur des besoins et à un pouvoir d’achat encore fragile.
Le dossier de la REP (Responsabilité Élargie du Producteur) demeure un enjeu central pour la profession. Le scénario retenu par le ministre Matthieu Lefèvre devra impérativement prendre en compte les contraintes spécifiques des très petites entreprises, en privilégiant le maintien d’une reprise gratuite pour les faibles volumes de déchets et un maillage territorial adapté.
Jean-Christophe Repon, le président de la CAPEB, rappelle que les "entreprises artisanales du bâtiment continuent de s’enliser dans une crise structurelle profonde, dans l’indifférence des pouvoirs publics. Le 17 décembre dernier, elles ont clairement exprimé qu’elles ne pourraient supporter une nouvelle année marquée par l’instabilité politique et l’absence de décisions pour leur secteur".
L’organisation professionnelle attend, dans un délai de quinze jours, des avancées concrètes sur ces dossiers jugés prioritaires. Toutefois, à défaut de réponse du Gouvernement, la CAPEB indique qu’elle sollicitera de nouveau son réseau afin de déterminer les suites à donner à la mobilisation du 17 décembre.