Crise de la construction neuve : 100.000 emplois en danger selon la FFB

diagramme montrant la courbe de l'activité BTP et de l'emploi

"La crise, ça y est, on y est" annonce Olivier Salleron, président de la FFB, lors de la conférence de presse conjoncturelle du 12 avril. Une crise qui menace l'emploi dans le secteur, selon les prévisions 2024-2025.




Il suffit de regarder le graphique synthétisant l'activité BTP depuis 2000 (les barres rouges dans le diagramme représentant la production en millions d'euros), et la courbe de l'emploi BTP pour voir une corrélation très claire. Lorsqu'il y a de l'activité, les recrutements dans le BTP vont bon train. Ils baissent lorsque l'activité diminue. La crise, déjà annoncée fin 2022 alors que la FFB annoncait un coup de froid sur le neuf, se confirme.

 

Dans la conférence de presse conjoncturelle de la FFB le 12 avril, Olivier Salleron lance l'alarme : "100.000 emplois sont en danger dans le secteur à l'horizon 2024-2025". Pour lui, c'est mathématique. "Lorsqu'il n'y a pas assez de permis de construire, deux ans après, il n'y a pas de construction, et donc pas d'emploi".

 

Les années 2023, 2024 et 2025 sont donc les années où les emplois vont être menacés... à moins que des mesures fortes soient prises très rapidement pour relancer la construction neuve, précise, avec espoir, la FFB.

 

Logement neuf : des chiffres qui s'effondrent

 

Les chiffres, à fin février 2023, indiquent une baisse des mises en chantier, individuel et collectif confondus, de -6,4% sur 12 mois (-1,1% sur les trois derniers mois) et une baisse des autorisations de 5,1% sur 12 mois, mais qui s'accélère sur les trois derniers mois à -26,7%, dont -37,8% pour les logements individuels et -14,9% pour les logements collectifs. 

 

Olivier Salleron précise également que les ventes de logements neufs continuent de s'effondrer. En 2022, -30,9% pour les constructeurs de maisons individuels, -26,6% sur un an lorsqu'on prend en compte les chiffres jusqu'à fin février 2023. La chute est tout aussi nette pour les promoteurs : -24,3% en glissement annuel au quatrième trimestre 2022. Les annulations de ventes sont également en progression.

 

Ainsi, pour 2023, les prévisions pointent à une chute de -20% pour les ventes de logements neufs, et une stabilisation en 2024 à un niveau bas. Ce qui ne ferait qu'amplifier l'effondrement des mises en chantier à venir de 25% entre 2022 et 2025. Tout comme le recul de l'activité globale du bâtiment dans le logement neuf, -25% hors effet prix.

 

 

diagramme mises en chantier en chute

La chute actuelle des mises en chantier depuis 2021, en individuel comme en collectif, si elle se poursuit, pourrait tomber à 274.000 unités, comme en 1992, point bas de la crise du logement neuf des années 90. Source : FFB à partir de MTECT/CGDD/SDES, Sit@del2

 

En non résidentiel neuf, sur l'ensemble, on remarque aussi une baisse des surfaces commencées sur 12 mois (-1,4%) avec une accélération de la baisse ces trois derniers mois (-14,5%), avec cependant des variations selon les secteurs (hausse des constructions d'hébergements hôteliers, des commerces et des bâtiments administratifs). Les surfaces autorisées, quant à elles, sont à la hausse à la fois sur les 12 derniers mois (+4,3%) et sur les trois derniers mois (+7,9%). 
 

 

En amélioration-entretien, une progression "décevante" pour Olivier Salleron

 

Certes, il y a une progression de 2,1% à prix constant en 2022 de l'activité amélioration entretien. Mais le score de +1,9% pour la rénovation énergétique est décevant pour le président de la FFB. De plus, au quatrième trimestre, l'activité ralentit légèrement pour atteindre 1,8% pour l'ensemble des travaux, dont seulement 1,4% pour la rénovation énergétique.

 

La FFB prévoit un scénario de croissance de cette activité de l'ordre de +2% par an jusqu'en 2025.

 

Mais au final, c'est une production en baisse de -4% de la production globale entre 2022 et 2025 qui serait enregistrée. Et près de 100.000 postes pourraient être détruits dans le secteur.

 

Coûts des matériaux : certains se tassent, d'autres progressent encore

 

Si les coûts de certains matériaux, comme l'acier, qui avaient fortement progressés de fin 2020 à juillet-août 2022, ont à nouveau amorcé une baisse puis une stabilisation, la crise de l'énergie fait monter les prix des tuiles, des produits céramiques, du verre ainsi que les produits issus du ciment. Ainsi le béton prêt à l'emploi affiche une hausse de 17,2% sur les deux premiers mois de 2023... Une mauvaise nouvelle pour le secteur.

 

 

Les propositions de la FFB, déjà dans les mains du Gouvernement


Olivier Salleron pendant la conférence de presse

Olivier Salleron pendant la conférence de presse.©Capture d'écran Emilie Wood

 

Il faut des mesures fortes, et il faut qu'elles soient prises rapidement, martèle le président de la FFB. Le Gouvernement a déjà toutes les propositions de la FFB en main depuis l'année dernière, ne reste plus qu'à les réitérer.

 

Voici les mesures principales qui ont été défendues par la FFB, notamment lors du CNR Logement (Conseil national de la refondation), lancé le 22 novembre 2022 :

 

  • Un assouplissement des règles du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) en matière de crédit immobilier, afin que l'accession au logement ne soit plus bloquée comme elle l'est actuellement,
  • Un assouplissement du ZAN (Zéro artificialisation nette), "au moins dans la lignée de ce qui a été proposé au Sénat" afin de permettre notamment aux industries de s'implanter correctement sur les territoires. "Les friches industrielles ne suffiront pas", indique Olivier Salleron,
  • Le rétablissement du PTZ (prêt à taux zéro) neuf à 40% en zones B2 et C, la révision des barèmes et leur indexation,
  • La mise en place d'un crédit d'impôts RE2020 sur les annuités d'emprunt,
  • Le redéploiement d'un dispositif "au moins aussi puissant que le Pinel version 2022",
  • La majoration du budget de MaPrimeRénov' d'un milliard d'euros par an pendant 5 ans,
  • La simplification des aides à la rénovation avec la création d'un dossier unique pour MaPrimeRénov' et les CEE,
  • La pérennisation du crédit d'impôt en faveur de la rénovation énergétique des locaux des TPE et PME.

 

Autres inquiétudes

 

Olivier Salleron s'est réjoui de voir certaines des propositions de la FFB reprises par les groupes de travail qui ont fait suite au CNR Logement, mais s'inquiète de certaines propositions à l'étude actuellement. Il a mentionné la possibilité de "l'abandon de tout objectif chiffré national de construction de logement." Sans objectif chiffré, "comment calibrer les aides ? Comment envisager une programmation, en particulier en matière de logement social ? (...) Comment garantir la cohésion nationale ?"

 

La FFB mentionne également la revalorisation salariale dans le secteur du BTP, conséquence de l'inflation. Celle-ci aussi aura un impact sur le coût final des travaux. "les clients pourront-ils suivre, sans accompagnement complémentaire ?" s'interroge Oliver Salleron.

 

Autant de questions qui attendent des réponses.

Graphiques © FFB
Source : batirama.com/ Emilie Wood

L'auteur de cet article

photo auteur Emilie Wood
Journaliste, photographe, vidéaste, Emilie Wood travaille depuis 2010 pour la presse, qu’elle soit professionnelle dans les domaines du BTP et de l’agriculture, ou généraliste. Pour Batirama, elle écrit sur des sujets aussi variés que la conjoncture BTP, l’évolution de la réglementation, la rénovation énergétique, les réformes, les innovations, ou encore l’actualité de l’immobilier. Elle apprécie particulièrement réaliser des portraits d’entreprises et révéler les femmes et les hommes qui, chacun à leur manière, font une différence, qu’ils soient entrepreneurs ou collaborateurs d’entreprise.
2 Commentaires
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  • par Rvl42600
  • 14/04/2023 01:43:08

Proposition de loi 324 visant à accélérer la rénovation énergétique des batiments : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/textes/l16b0324_proposition-loi

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  • par Rvl42600
  • 14/04/2023 01:36:05

Sans toucher aux normes et réglementations, la NUPES a proposé a l'AN d'engager 7 milliards d'€ sur le quinquennat pour la rénovation énergétique des bâtiments. La FFB pouvait répondre à cette proposition. Malheureusement les députés Renaissance ont rejeté la proposition.

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