Les fluides frigorigènes sont pris entre le marteau F-Gaz et l’enclume Reach

Les fluides frigorigènes sont pris entre le marteau F-Gaz et l’enclume Reach

Les fluides utilisés en climatisation et dans les pompes à chaleur sont simultanément concernés par la révision du règlement F-Gaz qui diminue les GWP et le règlement Reach qui va interdire les PFAS



Le 4 mai, l’AFCE (Alliance Froid Climatisation Environnement) a présenté son analyse de la révision en cours du règlement F-Gaz 517/2014/EU. Le but de la révision est de réduire encore plus le GWP moyen des fluides frigorigènes fluorés, HFC (hydrofluorocarbones) et HFO (hydrofluorocarbones insaturés) pour atteindre, en moyenne 150 dès 2030.

 

 

Les nouvelles exigences proposées pour le règlement F-Gaz

 

 

Outres les restriction d’emploi des fluides que nous avons listées dans notre précédent article, la proposition de révision du règlement F-gaz qui, dans le meilleur des cas, sera adoptée fin 2023 pour une application en 2024, prévoit plusieurs mesures significatives :

  • Intégration des HFO dans les contrôles d’étanchéité obligatoires et dans le suivi des mouvements de fluides,
  • l’extension de la formation obligatoire des personnes intervenant sur les fluides à l’ensemble des fluides, même ceux qui ne sont pas visés par le règlement F-Gaz. Ce qui permettra notamment de former les acteurs à la manipulation des fluides classés A3 – franchement inflammables – comme le R290 (propane), le R600 et les autres hydrocarbures.
  • la promotion de la récupération des fluides, leur recyclage, leur régénération et leur destruction. Il semble, selon l’AFCE, que la France soit plutôt une bonne élève dans ce domaine.
  • les quotas de fluides soumis au règlement F-gaz deviennent payants pour les "metteurs sur le marché."
  • une amélioration du contrôle des mouvements de fluides et de leur traçabilité de manière à réduire le commerce illégal.

 

 

Nouvelle référence et nouveau calendrier

 

 

Le projet de révision du règlement F-Gaz contient aussi une nouvelle référence – 176 millions de tonnes CO2eq - qui remplace la référence précédente de 181 MtCO2eq. De plus, les MDI (Metered Dose Inhalers), autrement les inhalateurs utilisés par tous les européens ayant des difficultés respiratoires, ont été intégrés au quota global en 2020. Ce qui a d’un seul coup supprimé 10 MtCO2eq pour tous les autres usages, dont la thermodynamique.

 

 

Cette nouvelle référence et le calendrier renforcé de réduction des GWP imposent du coup des valeurs extrêmement basses : GWP Moyen des fluides mis sur le marché de 500 en 2024, 200 en 2037 et 100 en 2030. Ce qui, par rapport au calendrier de 2021, représente une baisse de 26% en 2024, de 59% en 2027 et de 76% en 2030. ©PP

 

 

La sévérité des réductions de quota de CO2eq proposées, conduit l’AFCE à douter que l’on disposera de suffisamment de fluide pour assurer la maintenance du parc installé dès 2027. Le parc existant est en effet équipé en très très large majorité de systèmes thermodynamiques contenant des fluides à très haut GWP : le R410A (GWP = 2100), R134a (1430), R404A (3900), R147C (1800), …

 

Il est difficile d'assurer leur maintenance en remplaçant leurs fluides par d'autres à plus faibles GWP. Le R404A, utilisé en froid commercial. et dans un petit nombre de pompes à chaleur haute température, principalement allemandes, est clairement visé. D'une part, la substitution de fluide n'est pas toujours techniquement possible, d'autre part, si c'est possible, cela implique souvent des modifications des installations.

 

Dès 2030, il ne sera plus permis d’utiliser en service et maintenance d’équipements existants, un fluide dont le GWP est supérieur à 2500, sauf si ce fluide est issu d’un recyclage et d’une régénération. Mais dès 2027, avec un quota global réduit de 59% par rapport à la nouvelle référence, elle-même réduite, il deviendra difficile de faire passer les fluides utilisés en maintenance dans le quota, sauf à développer très vite et de manière massive, leur récupération/régénération, puisque les fluides régénérés échappent au quota.

 

 

Et pour les systèmes neufs ?

 

 

Pour les machines neuves, l’inquiétude se porte vers les systèmes à détente directe : monosplits, multisplits, pompes à chaleur bibloc avec liaison en fluide et, surtout, les systèmes DRV (Débit de Réfrigérant Variable) utilisés en tertiaire. En effet, les constructeurs se sont très massivement orientés vers le R32 en remplacement du R410A dans ce type de systèmes.

 

Le R32 affiche un GWP de 675, bien au-delà des valeurs visées par la proposition de révision du règlement F-Gaz. Mais, pour l’instant, en ce qui concerne les systèmes à détente directe, les industriels n’ont aucune solution de remplacement du R32 et, pire encore, ils n’en entrevoient aucune. Si la Commission Européenne maintient le contenu de sa proposition de révision, cela sonnera le grand retour des solutions eau glacée : fluide naturel confiné dans un groupe de production d’eau glacée à l’extérieur ou en salle des machines, et distribution d’eau glacée vers différents types d’émetteurs.

 

 

Et les installations frigorifiques

 

 

En lisant les préconisations de révision du règlement F-gaz, on se disait que les systèmes frigorifiques étaient tranquilles. Ils utilisent en effet massivement les HFO pour les petits et moyens systèmes jusqu’à 500 kW et les très faibles GWP des HFO – 6 pour le HFO1234ze ou 4 pour le HFO1234yf - les placent hors d’atteinte des réductions prévues par le règlement F-Gaz.

 

Mais voilà, c’était sans compter la proposition de révision du règlement européen Reach, présentée par la Commission Européenne le 25 avril. Cette révision pourrait interdire des milliers de substances chimiques d’ici 2030 avec un calendrier d’application non-encore précisé.

 

L’Asercom, l’association qui rassemble les fabricants de compresseurs européens, a alerté sur le fait que la proposition de révision du règlement Reach vise à interdire les PFAS, encore nommés "Forever chemicals" ou produits chimiques éternels, parce qu’ils ne se dégradent pas dans l’environnement et présentent des dangers certains pour l’homme.

 

Certains HFO, lorsqu’ils fuitent dans l’atmosphère, sont susceptibles de se dégrader en PFAS ou en PTFAS. Bref, la discussion commence juste sur la révision de Reach, mais les fluides HFO sont potentiellement concernés.

 

 

Les HFO peuvent être remplacés par des fluides naturels – ammoniac, CO2 ou hydrocarbures – dans les installations de froid commercial et industriels. Mais ces fluides naturels apportent d’autres contraintes : les hydrocarbures sont classés A3 (hautement inflammables), l’ammoniac est toxique, le CO2 fonctionne à des pressions très élevées. ©PP

 

 

La thermodynamique entre dans des eaux turbulentes, au moment même où toutes les orientations européennes et françaises s'efforcent de multiplier les installations de pompes à chaleur et de chauffe-eau thermodynamiques en remplacement du gaz et du fioul, à la fois pour la protection de l'environnement et pour dégager l'Europe du gaz et du pétrole russes.


Source : batirama.com / Pascal Poggi

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