Rénovation de plancher : quand la chape sèche se tasse

Rénovation de plancher : quand la chape sèche se tasse

Un propriétaire a fait réaliser des travaux de réhabilitation dans une maison du XIXe siècle afin d’y aménager 3 logements. Quatre ans après l’achèvement des travaux, un couple de locataires se plaint que le plancher s’enfonce et qu’un meuble de cuisine bascule ! Qui est responsable ?



 

Lors des travaux de rénovation, le plancher d’origine a été conservé. Il se compose de solives et d’un parquet cloué en lame de 27 mm d’épaisseur. Un plancher flottant a été réalisé sur le plancher d’origine afin d’assurer une isolation acoustique entre logements superposés. Ce plancher permet aussi de rattraper des différences de niveaux importantes. Il se compose d’une chape sèche en vermiculite exfoliée bituminée et compactée. L’épaisseur moyenne prévue était de 50 mm. Sur cette chape, un plancher en panneaux de particules CTBH de 22 mm a été posé. Et enfin, un revêtement de sol souple en dalles thermoplastiques collées complète l’ensemble. L’intérêt de ce type de chape est sa légèreté qui ne surcharge pas le plancher ancien.


Parquet affaissé


Dans le séjour avec coin cuisine, on observe un jour plus ou moins important sous les plinthes, pratiquement sur toute la périphérie de la pièce. A l’entrée de cette pièce, au droit du ballon d’eau chaude, le parquet est très nettement affaissé. L’affaissement mesuré sous la plinthe est supérieur à 50 mm ! Cette déformation entraîne la déstabilisation du ballon d’eau chaude qui repose sur le plancher et celui de l’aménagement mobilier qui le dissimule. Le ballon d’eau chaude a arraché les fixations de stabilisation prises dans la cloison en cloison alvéolaire. Le tout a provoqué une fuite d’eau et le revêtement de sol est décollé.


Un ballon d’eau chaude très pesant !


Le propriétaire a mis en cause l’entreprise de menuiserie qui a réalisé la chape et le plancher. L’expert missionné par l’assureur de celle-ci a aussi convoqué le maître d’œuvre pour participer aux opérations d’expertise contradictoires. Ensemble ils ont constaté, avec une règle de 2 m, l’ampleur des déformations du plancher. La vermiculite exfoliée bituminée est un matériau qui est par nature compressible. Après l’avoir étalée sur le support, entre des guides d’épaisseur (tasseaux), il faut la compacter très soigneusement. Les guides sont ensuite enlevés et les vides laissés doivent être à leur tour remplis de vermiculite exfoliée bituminée soigneusement compacté. Ici le compactage a été réalisé de manière imparfaite puisque l’on observe un tassement généralisé (jours sous toutes les plinthes). Mais en plus, il n’a pas été pris en compte le poids du ballon d’eau chaude de 150 l, soit environ 160 kg, qui repose sur un quart de m² dans l’angle de la pièce. Cette surcharge ponctuelle a provoqué l’écrasement de la chape sèche à l’entrée de la pièce.


Un compactage imparfait


Sur l’ensemble de la pièce, il fallait respecter les règles de mise en œuvre de ce type de chape sèche, en veillant tout particulièrement à la compacter correctement. Mais il fallait aussi prendre en compte la présence du ballon d’eau chaude de 160 kg reposant sur le plancher. La meilleure solution eut été d’aménager le coin cuisine de l’autre coté de la pièce afin de disposer d’un mur porteur auquel le ballon aurait pu être fixé sans porter sur le plancher. A défaut, il fallait ménager des points d’appuis incompressibles à travers la chape sèche, portant directement sur le plancher d’origine. Mais cette solution génère un pont phonique vis-à-vis du logement du dessous.


Patrick Baunier avec la Fondation Excellence SMA et le GIE Socabat

 

Qui est responsable ?


Le menuisier qui a réalisé le plancher flottant sur chape sèche est bien évidement concerné. Non seulement parce qu’il a mal compacté la vermiculite exfoliée bituminée mais aussi parce qu’il n’a pas pris en compte le poids du ballon d’eau chaude. Dans la mesure où il ne pouvait apporter simplement une bonne solution à ce problème technique il aurait du alerter le maître d’œuvre avant les travaux. Il a failli à son devoir de conseil. Et le maître d’œuvre est donc lui aussi concerné car ayant prescrit ce type de chape il ne devait pas en ignorer les contraintes.

 

Quelle norme-DTU ?


Concepteurs et réalisateurs doivent, en la matière, se référer à la norme DTU NF P 63-203-1 (DTU 51.3) Planchers en bois ou en panneaux à base de bois, article 5.5.5.1 et suivants. La notice du fabricant reprend les mêmes termes que le DTU concernant, notamment, le compactage. L’un et l’autre précisent que la chape sèche en vermiculite exfoliée bituminée « s’arrête toujours au droit de l’encadrement de la baignoire. » Ni l’un ni l’autre ne précise la raison de cette disposition mais l’on devine aisément que ce type de chape est incompatible avec le poids d’une baignoire pleine d’eau plus celui d’une personne dedans.
Les DTU sont commercialisés par le CSTB, www.cstb.fr.
 











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