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Mégafeu en Gironde : le pare-feu du Cap-Ferret devant la justice

Mégafeu Gironde : plainte sur le pare-feu du Cap-Ferret. © IA / Laure Pophillat

Un pare-feu lancé sans autorisation au Cap-Ferret fait désormais l’objet d’une plainte contre X. L’association AC !! demande une enquête sur les conditions de sa réalisation comme de sa reprise.



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Le pare-feu devait protéger la pointe du Cap-Ferret des flammes. Il se retrouve désormais au cœur d’une procédure judiciaire.

Le 19 août, l’association anti-corruption AC !! a déposé plainte contre X pour demander une enquête sur les conditions dans lesquelles un important chantier d’abattage d’arbres a été engagé puis poursuivi au sud de la presqu’île, alors que les autorisations n’avaient pas été obtenues au départ.

À l’origine de l’opération : Benoît Bartherotte, 79 ans, président de l’Association de défense de la pointe du Cap-Ferret (ADPCF) et propriétaire d’un domaine de quatre hectares à l’extrémité de la presqu’île.

 

 

Des pins abattus en pleine progression des flammes

Le 22 juillet, un incendie démarre à Saumos, en Gironde. Dès le lendemain, alors que les flammes progressent vers Lège-Cap-Ferret, Benoît Bartherotte prend l’initiative de faire abattre des pins sur plusieurs centaines de mètres de large afin de créer une ligne de coupure du feu. Le contexte est celui d’une urgence majeure puisque le mégafeu finira par ravager environ 42 000 hectares dans le département et des dizaines de milliers de personnes sont évacuées du secteur de Lège-Cap-Ferret, alors que l’unique route permettant de quitter la presqu’île est directement menacée. Le chantier est financé par l’association présidée par l’homme d’affaires.

Toutefois, un problème apparaît rapidement : les travaux ont commencé sans autorisation préalable et concernent notamment des parcelles appartenant à la commune et à l’ONF (Office National des Forêts). Le 26 juillet, la mairie demande donc l’arrêt du chantier. Mais deux jours plus tard, les travaux reprennent.

 

Benoît Bartherotte fait réaliser une large coupure dans la forêt afin de limiter la progression des flammes. © Philippe Lopez / AFP

 

 

Pourquoi l’association demande une enquête

Dans sa plainte contre X, l’association ne conteste pas seulement les éventuelles infractions liées à l’abattage comme à l’intervention sur des terrains publics. Elle demande également que soient examinées les conditions dans lesquelles le chantier a pu reprendre après sa suspension. AC !! évoque d’éventuelles infractions environnementales et forestières ainsi que les "conditions exactes" dans lesquelles certaines autorités publiques auraient pu permettre ou faciliter la poursuite des travaux. L’association souhaite également comprendre pourquoi un chantier interrompu par la mairie a pu reprendre aussi rapidement.

De son côté, interrogé par l’AFP, l’homme d’affaires assume son choix. Il explique avoir agi face à l’urgence, "en substitution de la carence de la force publique". Selon lui, attendre les procédures habituelles aurait fait perdre un temps précieux alors que le feu menaçait directement la presqu’île. Il assure également que l'opération n'a rien coûté au contribuable et estime qu'une intervention rapide était nécessaire. Il ne conteste pas non plus avoir sollicité ses réseaux pour obtenir une autorisation après le lancement du chantier. Lors d'un échange avec l'AFP le 29 juillet, il avait notamment expliqué avoir fait jouer ses relations "jusqu'à Brigitte Macron".

 

 

"Il a d'abord protégé sa propriété"

L'association AC !! porte une lecture radicalement différente. Jean-Pierre Steiner, ancien commissaire de police et membre de l'association, estime que Benoît Bartherotte a avant tout cherché à protéger sa propre propriété. Il reproche à l'homme d'affaires d'avoir engagé les travaux sans coordination préalable avec les autorités, avant d'obtenir leur intervention.

Le contraste est d'autant plus marqué que la lutte contre le feu s'est ensuite organisée à une tout autre échelle. À partir du 27 juillet, les autorités ont engagé légalement un chantier beaucoup plus conséquent à l'entrée de la presqu'île – au total, 127 kilomètres de pare-feux doivent être créés dans le département pour limiter la progression des incendies.

Toutefois, la polémique ne porte pas uniquement sur ce chantier. Benoît Bartherotte est une figure connue du Cap-Ferret depuis son installation sur la presqu'île au début des années 1980. Il s'est notamment fait connaître pour les travaux réalisés afin de maintenir une digue destinée à lutter contre l'érosion du littoral, digue faisant depuis plusieurs décennies l'objet d'un conflit judiciaire avec les autorités.

 

 

 

Face à un incendie hors norme, quelques heures peuvent compter. Mais l'abattage massif d'arbres, l'intervention sur des parcelles publiques et la création d'un ouvrage forestier restent soumis à des règles environnementales et administratives. L'enquête réclamée par AC !! devra notamment déterminer si des infractions ont été commises et, surtout, dans quelles conditions les travaux ont pu reprendre après leur suspension.




Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / © IA / Laure Pophillat

L'auteur de cet article

photo auteur Laure Pophillat
Après un doctorat en Littérature française, puis un passage de quelques années dans l'enseignement (du français, notamment aux Compagnons du Devoir et du Tour de France), Laure Pophillat s'est tournée vers la rédaction web, ainsi que le journalisme. Curieuse, éclectique et investigatrice, tous les thèmes pertinents (et donc passionnants) l’intéressent !

Aujourd'hui rédactrice en chef du bimédia Batirama, elle oriente la ligne éditoriale vers un large spectre de sujets couvrant l’entièreté de la filière bâtiment et construction, avec une prédilection pour les portraits de femmes et d’hommes engagés, inspirés et inspirants, dans un environnement, celui du BTP, toujours en mouvement.
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