ban SoUDAL 1500x180 20/07-30/09

Incendies : la forêt française brûle, le gouvernement promet enfin un "grand plan"

Incendies : la France veut investir dans sa forêt. © Sdis 33

Plan d’investissement pour la forêt française : prévention, adaptation des massifs, stockage du carbone et moyens de lutte contre les feux, un chantier qui s’annonce considérable.



Ban-CMA-728x90

Après les incendies qui ont ravagé plusieurs milliers d’hectares ces dernières semaines, le gouvernement veut accélérer l’adaptation de la forêt française au changement climatique. Mais alors que la capacité de stockage de CO2 des forêts a presque été divisée par deux en dix ans, la question des moyens de lutte contre les feux revient aussi au premier plan.

 

 

La forêt française doit être adaptée

La forêt française n’a plus seulement besoin d’être protégée : elle doit désormais être adaptée à un climat qui change à grande vitesse. Face à la multiplication des incendies et aux épisodes de chaleur et de sécheresse, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a annoncé la préparation d’un "grand plan d’investissement pour la forêt française". "Je réunirai [...] prochainement l’ensemble des acteurs de la forêt, ainsi que les entreprises et les financeurs, pour engager un grand plan d’investissement pour la forêt française", a déclaré la ministre lors de la présentation de la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3). Elle n’a, à ce stade, précisé ni le montant envisagé, ni les modalités de financement.

Monique Barbut entend notamment tirer les leçons des incendies qui ont frappé plusieurs massifs ces dernières semaines, notamment à Fontainebleau, en Gironde et dans le Diois. À Fontainebleau, les deux feux ont parcouru un peu plus de 2 000 hectares en seulement 48 heures, mobilisant plus de 800 pompiers et d’importants moyens aériens.

 

 

Une forêt plus vulnérable malgré une surface en hausse

Le paradoxe est désormais bien documenté : la forêt française continue de s’étendre, mais elle absorbe de moins en moins de carbone. Selon les données de l’IGN, la séquestration annuelle moyenne est passée de 63 millions de tonnes de CO2 sur la période 2005-2013 à 39 millions de tonnes entre 2014 et 2022. Soit une baisse de près de 40 % en une dizaine d’années.

Cette dégradation résulte d’un ensemble de facteurs : sécheresses répétées, canicules, maladies, attaques d’insectes et mortalité accrue des arbres. L’IGN estime ainsi que la mortalité annuelle a plus que doublé en dix ans, pour atteindre près de 17 millions de m3 de bois morts par an. Or, les forêts constituent un maillon essentiel de la stratégie française de neutralité carbone. Elles stockent du carbone dans les arbres et les sols, mais jouent aussi un rôle déterminant dans l’adaptation des territoires aux fortes chaleurs, aux inondations et aux épisodes climatiques extrêmes.

 

"Pour atteindre la neutralité carbone, nous avons aussi besoin de préserver ces fabuleux puits de carbone que sont nos forêts, nos sols, nos zones humides et nos océans. Ces mêmes espaces dont nous avons besoin pour renforcer notre résilience face aux canicules, aux inondations et aux tempêtes", a souligné la ministre Monique Barbut, ici en photo. © Hans Lucas / AFP / Quentin de Groeve

 

 

Prévenir plutôt que subir

Le futur plan d’investissement devra donc dépasser la seule question de la lutte contre les incendies. Renouvellement des peuplements, adaptation des essences, gestion sylvicole, prévention des risques, entretien des massifs et accompagnement des collectivités font partie des enjeux qui se posent désormais à la filière.

Les élus locaux demandent d’ailleurs depuis plusieurs années une meilleure anticipation. Communes forestières France réclame notamment la création d’une cellule nationale d’anticipation dédiée à la forêt et à la filière bois, qui serait déclinée dans les territoires, un dispositif devant croiser données scientifiques, expertise forestière et connaissances du terrain afin de mieux anticiper les crises sanitaires, les sécheresses, les tempêtes et les incendies.

La question est d’autant plus urgente que les feux ne concernent plus uniquement les régions historiquement exposées. Pyrénées-Orientales, Drôme, Lot, Lot-et-Garonne, Savoie, mais aussi Indre, Loire-Atlantique, Côtes-d’Armor ou Maine-et-Loire : la géographie du risque évolue.

 

 

Et les Canadair dans tout ça ?

L’actualité récente a également relancé une polémique sur les moyens aériens français. Emmanuel Macron avait annoncé en octobre 2022 le renouvellement de la flotte française de Canadair et l’achat de quatre appareils supplémentaires avant 2027. À l’époque, l’Élysée annonçait le passage de 12 à 16 Canadair et l’acquisition de deux hélicoptères lourds supplémentaires.

Toutefois, le calendrier n’a pas suivi les annonces. La France dispose toujours de 12 Canadair CL-415, aujourd’hui âgés en moyenne d’environ 30 ans. Deux nouveaux bombardiers d’eau ont bien été commandés dans le cadre du mécanisme européen RescEU, mais leur livraison n’est annoncée que pour 2028.

Le gouvernement affirme également que quatre Canadair ont été commandés, dont deux financés dans le budget 2026 : deux doivent arriver en 2028 et deux autres en 2032. C’est du moins ce qu’a indiqué le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez à l’Assemblée nationale le 7 juillet dernier.

 

Le récent débat sur les Canadair dépasse leur seul nombre. Le rapport parlementaire consacré aux moyens aériens de lutte contre les incendies souligne que l’architecture des Canadair actuels, dont la capacité d’emport est de 6 tonnes d’eau, est de moins en moins adaptée aux "méga-feux" nécessitant des moyens de saturation plus importants. Le renouvellement de la flotte est donc indispensable, mais il ne suffira pas à lui seul. Face à des incendies plus rapides, plus étendus et susceptibles de toucher de nouveaux territoires, la réponse passe aussi par la prévention, l’aménagement des massifs, le débroussaillement, la gestion forestière et l’adaptation des peuplements. © Maarten Visser / Wikipédia

 

Investir dans la forêt ne consiste plus simplement à replanter après un incendie. Il faut désormais préparer les massifs à survivre au climat de demain. Et sur ce terrain, le chantier est immense.

 



Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / © Sdis 33

L'auteur de cet article

photo auteur Laure Pophillat
Après un doctorat en Littérature française, puis un passage de quelques années dans l'enseignement (du français, notamment aux Compagnons du Devoir et du Tour de France), Laure Pophillat s'est tournée vers la rédaction web, ainsi que le journalisme. Curieuse, éclectique et investigatrice, tous les thèmes pertinents (et donc passionnants) l’intéressent !

Aujourd'hui rédactrice en chef du bimédia Batirama, elle oriente la ligne éditoriale vers un large spectre de sujets couvrant l’entièreté de la filière bâtiment et construction, avec une prédilection pour les portraits de femmes et d’hommes engagés, inspirés et inspirants, dans un environnement, celui du BTP, toujours en mouvement.
2 Commentaires
logo
bronze
  • par Laure
  • 27/07/2026 21:43:17

Bonjour, et merci pour votre commentaire. Je pense que la politique forestière ne peut plus se limiter à replanter les arbres détruits après un incendie en attendant le prochain. Avec le changement climatique, il faut aussi anticiper, et donc agir avant les incendies - ou autres événements extrêmes. Autrement dit, et comme le prévoit le possible futur plan d’investissement gouvernemental, ou comme le réclame Communes forestières France, choisir des essences mieux adaptées aux conditions de chaleur comme de sécheresse à venir, diversifier les peuplements, entretenir les massifs, améliorer leur résistance aux ravageurs, gérer les risques de feu, etc. D'où ma phrase "préparer les massifs à survivre au climat de demain".

logo
- -
  • par sabah
  • 27/07/2026 18:28:32

Bonjour, Merci pour votre article. Question : Vous écrivez " Préparer les massifs à survivre au climat de demain"' Rst-ce que vous pensez aux montagnes neigeux ? ou bien à la floraison existante en montagne ? Cordialement Sabah

Laissez votre commentaire

Saisissez votre Pseudo (votre commentaire sera publié sous ce nom)

Saisissez votre email (une alerte sera envoyée à cette adresse pour vous avertir de la publication de votre commentaire)

Votre commentaire sera publié dans les plus brefs délais après validation par nos modérateurs.

Articles qui devraient vous intéresser

Pour aller plus loin ...

Batimat 2026 Mai - Juin- Juillet - Sptembre 728x90
Newsletter
AFPA du 16/06 au 25/12
Dernière revue
Hors-série spécial Artibat 2025 !

  magazine  

pixel
Produits
Installations électriques


Votre avis compte
Accidents du travail : faut-il boycotter le Mondial 2034 en Arabie saoudite ? (124 votants)