Une douche à l'italienne... trop fuyante !

Une douche à l'italienne... trop fuyante !

La douche à l’italienne revêtue de galets ronds génère bien des dégâts : cloison séparative moisie, papier peint décollé et goutte à goutte au plafond de la cuisine située juste en dessous. L’expert de Socabat analyse le sinistre et en explique les raisons…





De cet aménagement de la salle de bains de l’étage très “déco”, M. et Mme T… en avaient variment beaucoup rêvé. Orgueil de la famille : la magnifique douche à l’italienne au sol revêtu de petits galets ronds qui vous font penser à la plage avant de partir au travail?! Hélas, moins de deux ans après la réalisation, il fallut se rendre à une triste évidence : la cloison séparative avec la chambre est moisie, le papier peint se décolle, le ­parquet gonfle et, pire, à chaque douche, un goutte à goutte caractéristique se produit au plafond de la cuisine au rez de chaussée.


sinistre_douche_1.jpgLe constat de l’expert


L’expert, désigné par l’assureur du carreleur, examine la réalisation de la douche. Le sol est constitué ­d’une forme avec pentes en matériau de synthèse moulé dans laquelle est inséré le siphon de sol. Sur cette forme, il a été collé des galets naturels avec un mortier colle à base de ciment. Les parois sont revêtues de carreaux de faïence de belle facture. M. T. signale que les joints entre galets en partie centrale se détériorent et ont déjà été repris deux fois par le carreleur mais sans succès. Préalablement à la pose des revêtements, le carreleur a mis en œu­vre une résine de protection, qu’il a retournée sur la partie horizontale du socle avec raccordement autour du siphon de sol.


Essai d’arrosage et sondage


L’expert procède à un essai d’arrosage de la partie basse et immédiatement des passages d’eau sont constatés en plafond sous jacent. Il réalise alors un sondage au droit d’un raccord paroi/sol en galets ainsi qu’au niveau du siphon de la douche. Dans l’angle des parois, la résine de protection est fissurée, il n’y a pas de bande de renfort. Autour du siphon, la protection à l’eau n’est plus adhérente. Enfin, en partie courante, dans la zone où les joints entre galets sont défectueux, l’expert constate que les galets, de forme quasi sphérique, poinçonnent la forme en matériau de synthèse dans la mesure où ils sont en contact sur une surface très réduite.


La cause : la résine inadaptée à l’ouvrage


La fiche technique de la résine de protection mise en œuvre avant carrelage montre qu’il s’agit d’un SPEC (Système de protection à l’eau sous carrelage) revêtement à réserver à la protection des parois verticales soumises à ruissellement. Ce type de revêtement n’est, d’ailleurs, pas compatible avec la présence de pénétrations ou de siphon de sol. Il ne s’agit pas d’une “étanchéité” mais d’un complément de protection à la pénétration de l’eau au support carrelé. Par ailleurs, le siphon de sol incorporé par le carreleur dans le socle n’était pas adéquat pour ce genre d’utilisation : il ne pouvait pas assurer une bonne collecte des eaux.


Source : batirama.com / Bernard Messey, Fondation excellence SMA

 

Que fallait-il faire ?

 

Dans le cas présent, une véritable étanchéité au sens des DTU de la série 43 aurait dû être mise en œuvre sur la partie horizontale. Compte tenu de la réalisation en intérieur des locaux, un Système d’étanchéité liquide (SEL) conforme aux règles professionnelles APSEL était sans doute à retenir. Un siphon de sol spécifique permettant le raccordement de l’étanchéité et donc la continuité du recueil de l’eau était lui aussi à prévoir. 

 

Ce système d’étanchéité comporte des bandes de renforts et des remontées le long des murs permettant la réalisation d’un véritable réceptacle raccordé de manière étanche à un siphon de sol spécifique pour cet usage. Le SPEC, adapté aux parois verticales, se serait raccordé sur les relevés périmètriques de manière à assurer la continuité du ruissellement.

 

Conseil d'expert

 

Ne pas confondre SEL et SPEC !


En fonction de l’intensité de la présence d’eau et de la nature des supports, deux alternatives existent?:
- les systèmes de protection à l’eau sous carrelage (SPEC) constitués par l’application de produits liquides formant une membrane par séchage ou encore de nattes ou films ;
- les systèmes d’étanchéité liquide (SEL), connus et expérimentés depuis de nombreuses années, constituées par l’application de produits liquides ou pâteux formant par séchage ou polymérisation un revêtement d’étanchéité.

 

Ces deux systèmes se distinguent par?


- les domaines d’emploi et les fonctions qu’ils remplissent : un SPEC n’a pas vocation à assurer l’étanchéité d’un ouvrage. L’activité des entreprises applicatrices et leurs qualifications Qualibat : les SPEC relèvent de la qualification des carreleurs (6312 et 6313), les SEL de celle des étancheurs (3242 et 3243)?;
- leur environnement réglementaire diffèrent également, les SPEC relevant de l’Avis technique ou du DTA, les SEL des règles professionnelles. Le plus souvent les SEL sont utilisés en protection de support verticaux et les SEL en étanchéité de sol. Enfin, l’expert relève que les galets sphériques sont inadaptés car ils poinçonnent le support en matière synthétique. Il est nécessaire, pour éviter ce problème, de mettre en œuvre des galets “sciés” reposant sur le support par l’intermédiaire de leur face plane.

2 Commentaires
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  • par AMK
  • 06/11/2018 09:28:13

Cet article entretien une confusion répandue entre SPEC et SEL.

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  • par Fill
  • 26/10/2016 17:31:23

Bonjour, petite erreur sans gravité, vous écrivez dans le dernier paragraphe : Le plus souvent les SEL sont utilisés en protection de support verticaux. Non ce sont les SPEC pour les supports verticaux. Bien cordialement.

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