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Femmes dans le BTP : pourquoi le sexisme persiste sur les chantiers

Femmes dans le BTP : pourquoi le sexisme persiste sur les chantiers. © Laure Pophillat / IA

Une table ronde organisée par l’École Gustave met en lumière les stéréotypes, comportements sexistes et difficultés de recrutement qui continuent de freiner la mixité dans le secteur.



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Si la féminisation du bâtiment progresse, les femmes ne représentent aujourd’hui que 12 % des salariés du secteur, et seulement 2 % des personnes présentes sur les chantiers. Un paradoxe alors que le BTP peine toujours à recruter et que les entreprises multiplient les initiatives afin d'attirer de nouveaux profils.

 

Le sujet était au cœur d’une table ronde organisée en juin par l’École Gustave, école de formation aux métiers du BTP financée par France Travail. Autour de la table, des représentants de VINCI Energies et de Sonepar, une cheffe d’entreprise du bâtiment, une formatrice et une apprentie électricienne ont confronté leurs expériences avec celles d’acteurs institutionnels et associatifs, dont France Travail. © École Gustave

 

Au-delà des chiffres, les témoignages ont surtout mis en évidence la persistance de mécanismes qui dissuadent encore certaines femmes de s’engager dans les métiers du bâtiment :

– stéréotypes sur la force physique ;

– Remise en cause des compétences techniques ;

– Remarques sexistes ;

– Difficultés à trouver leur place sur les chantiers ;

– Ou encore manque de modèles féminins auxquels s’identifier.

 

 

Les stéréotypes de genre restent ancrés dans le BTP

L’idée selon laquelle les métiers du bâtiment nécessiteraient avant tout de la force physique demeure l’un des principaux obstacles à la féminisation du secteur. Cette représentation continue de cantonner les femmes à l’écart de certains métiers techniques, alors même que les compétences mobilisées sur les chantiers reposent également sur la maîtrise des outils, la précision, la connaissance des normes, la capacité à résoudre des problèmes et l’expérience professionnelle.

Les femmes doivent en outre composer avec une forme de suspicion à l’égard de leurs compétences. Là où un homme sera spontanément considéré comme compétent jusqu’à preuve du contraire, certaines professionnelles expliquent devoir davantage démontrer leur légitimité, y compris lorsqu’elles occupent des fonctions techniques ou dirigent leur propre entreprise.

Le témoignage de Leslie Garcia, apprentie électricienne, a illustré de manière particulièrement concrète cette réalité. Elle a relaté les remarques formulées par l’un de ses anciens tuteurs, qui cherchait à la dissuader de poursuivre dans cette voie en raison de son sexe : "il me disait : c'est mieux que tu changes de voie, parce que tu n'es pas capable, tu es une femme", rapporte-t-elle. Depuis, la situation a été prise en charge par son entreprise, qui l’a soutenue face à ces comportements et licencié le tuteur concerné. Un exemple qui montre aussi l’importance du rôle joué par les employeurs lorsque des comportements sexistes sont signalés.

 

 

Sur les chantiers, les femmes doivent encore gagner leur légitimité

L’une des formes les plus ordinaires de cette mise à l’écart réside dans l’invisibilisation. Sur un chantier ou lors d’un échange professionnel, certains interlocuteurs continuent ainsi de s’adresser spontanément à un collègue masculin plutôt qu’à une technicienne ou à une cheffe d’entreprise pourtant directement responsable du sujet abordé. Ces comportements, parfois banalisés parce qu’ils prennent la forme de réflexes ou de remarques supposées anodines, contribuent à entretenir l’idée que la compétence technique reste principalement masculine. Ils constituent aussi un frein à la fidélisation des femmes dans les métiers du BTP, alors même que les entreprises cherchent à élargir leur vivier de recrutement.

Le renouvellement générationnel ne suffira pas nécessairement à faire disparaître ces pratiques. Arnaud Bidet, responsable des ressources humaines chez VINCI Energies, a ainsi mis en garde contre l’idée selon laquelle les comportements évolueraient mécaniquement avec l’arrivée de générations plus jeunes. "J'ai un peu peur qu'on ne puisse pas miser uniquement sur le changement de génération", a-t-il expliqué, évoquant notamment la progression de discours masculinistes auprès d’une partie des jeunes générations. Pour les entreprises, la responsabilité est donc également de construire un cadre professionnel dans lequel les comportements sexistes ne puissent pas s’installer et encore moins se banaliser.

 

 

La formation, premier levier pour faire évoluer les mentalités

Dans ce contexte, les organismes de formation ont un rôle à jouer car ils peuvent intervenir dès l’entrée dans le métier afin d'accompagner les femmes qui se reconvertissent, mais aussi pour faire évoluer les représentations des apprenants masculinsÀ l’École Gustave, Olga Alexandre, formatrice, accompagne notamment les femmes qui choisissent une reconversion dans le BTP. Son propre parcours et son expérience servent de point d’appui aux apprenantes, qui peuvent ainsi se projeter plus aisément dans des métiers encore largement associés à un univers masculin.

L’accompagnement passe aussi par la sensibilisation de l’ensemble des élèves au respect des personnes sur les chantiers. Car la mixité ne peut pas reposer uniquement sur la capacité des femmes à s’adapter à un environnement professionnel conçu historiquement par et pour des hommes. Elle suppose également que les pratiques collectives évoluent.

 

Les participants à la table ronde ont d’ailleurs souligné les effets positifs de cette mixité sur le fonctionnement des équipes. La présence de femmes contribuerait notamment à favoriser des relations professionnelles plus respectueuses, à améliorer les échanges entre collègues et, dans certains cas, à apaiser les tensions au sein des équipes. © Ecocampus

 

 

Déconstruire les clichés dès l’orientation

Pour inscrire cette évolution dans la durée, plusieurs pistes ont été avancées, à commencer par une sensibilisation beaucoup plus précoce aux métiers techniques. La représentation des métiers manuels comme des professions exclusivement masculines se construit en effet bien avant l’entrée en formation. Agir dès l’orientation permettrait de présenter plus largement aux jeunes filles les débouchés offerts par le bâtiment, l’électricité, le génie climatique ou encore les métiers techniques de la construction.

L’accompagnement institutionnel constitue un autre levier. Des dispositifs comme l’initiative "Ingénieuse" portée par France Travail peuvent contribuer à faire connaître ces filières et à accompagner les femmes qui souhaitent s’y engager.

La visibilité des professionnelles joue également un rôle déterminant. Faire intervenir des techniciennes, conductrices de travaux, artisanes ou dirigeantes comme ambassadrices, notamment sur les réseaux sociaux, permet de donner à voir une réalité professionnelle encore trop peu représentée dans les imaginaires collectifs.

 

Cette mise en visibilité répond à un enjeu très concret : montrer que les métiers du BTP peuvent constituer des carrières qualifiantes, durables et épanouissantes pour les femmes, et pas uniquement des métiers dans lesquels elles seraient amenées à occuper une place marginale. © Vinci

 

Enfin, les entreprises doivent poursuivre le renforcement de leurs politiques internes en matière de prévention et de traitement des comportements sexistes. La formation des équipes, la possibilité de signaler les faits, la réaction rapide de la hiérarchie et la mise en place de sanctions lorsque les faits sont établis participent directement à la création d’un environnement de travail réellement inclusif.

 

 

L’École Gustave veut augmenter la part des femmes dans ses formations

L’École Gustave entend, de son côté, faire de la féminisation des métiers du BTP un axe de son action. L’établissement organise régulièrement des opérations de sensibilisation comme des portes ouvertes destinées aux femmes afin de leur présenter les formations et les perspectives professionnelles offertes par le secteur. 

 

La part des femmes reste toutefois minoritaire dans les promotions de l'École Gustave : en 2025, elles représentaient 5 % des effectifs de l’école. L’établissement souhaite porter cette proportion à 8 % lors de la prochaine rentrée. © École Gustave

 

Pour Marie Blaise, fondatrice de l’École Gustave, la question doit être abordée sous l’angle des compétences plutôt que du genre. "Les métiers du BTP ne sont pas une question de genre, mais de compétences et de savoir-faire", estime-t-elle, considérant également que l’artisanat peut constituer un levier d’insertion sociale et de souveraineté économique. Cette démarche intervient dans un secteur qui doit simultanément répondre à des besoins de recrutement importants et faire évoluer son image auprès de publics qui en restent éloignés. La féminisation représente donc à la fois un enjeu d’égalité professionnelle et une réponse potentielle aux tensions persistantes sur le marché de l’emploi.

 

Fondée en 2021 par Marie Blaise, Jérémy Diavet et Cyril Pierre de Geyer, l’École Gustave travaille en partenariat avec France Travail, qui oriente des demandeurs d’emploi vers ses formations et en assure le financement. L’établissement prépare notamment à des diplômes de niveau 3 ainsi qu’à une formation CVC de niveau 4, enregistrée au RNCP par arrêté du 30 décembre 2015 et délivrée par le ministère du Travail. L’école est par ailleurs certifiée Qualiopi. Depuis sa création, elle indique avoir formé plus de 2 000 personnes et les avoir accompagnées vers le retour à l’emploi. Elle revendique un taux de réussite de 87 % et un taux de remise en emploi de 87 %. Pour rapprocher les formations des besoins opérationnels des entreprises, elle travaille notamment avec de grands groupes du secteur tels que VINCI, Bouygues Construction, Sonepar, Van Marcke et Velux. © École Gustave




Source : batirama.com / Laure Pophillat / Laure Pophillat I.A

L'auteur de cet article

photo auteur Laure Pophillat
Après un doctorat en Littérature française, puis un passage de quelques années dans l'enseignement (du français, notamment aux Compagnons du Devoir et du Tour de France), Laure Pophillat s'est tournée vers la rédaction web, ainsi que le journalisme. Curieuse, éclectique et investigatrice, tous les thèmes pertinents (et donc passionnants) l’intéressent !

Aujourd'hui rédactrice en chef du bimédia Batirama, elle oriente la ligne éditoriale vers un large spectre de sujets couvrant l’entièreté de la filière bâtiment et construction, avec une prédilection pour les portraits de femmes et d’hommes engagés, inspirés et inspirants, dans un environnement, celui du BTP, toujours en mouvement.
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