Réalisée en 2025 à partir de 520 répondants issus des entreprises artisanales du BTP et du paysage, une enquête nationale pilotée par l’IRIS-ST, en partenariat avec l’OPPBTP, la CAPEB et la CNATP, propose un état des lieux détaillé de la place des femmes dans ces structures majoritairement artisanales. L’étude aborde à la fois les conditions d’accès à l’emploi, les réalités du terrain comme les leviers d’amélioration en matière de santé, sécurité et organisation du travail.
Dans l’échantillon étudié, les femmes représentent 360 répondantes sur 520, soit une part significative des entreprises interrogées, avec une forte concentration dans les très petites structures du secteur. Elles occupent des fonctions diverses, allant de cheffes d’entreprise à salariées, conjointes collaboratrices ou associées, reflétant la diversité des statuts dans l’artisanat du BTP et du paysage.

6 % seulement des 360 répondantes travaillent sur le chantier. © IRIS-ST
L’un des enseignements majeurs de l’enquête concerne la question de la légitimité professionnelle. Une majorité de répondantes indique avoir déjà été amenée à justifier ses compétences, de manière récurrente, auprès de clients, de fournisseurs ou d’autres intervenants du chantier. Dans certaines situations, les échanges professionnels tendent encore à se détourner de la femme en place au profit d’un collègue masculin ou du conjoint, ce qui traduit des réflexes encore ancrés dans certains environnements de travail.
Au-delà de ce constat, les répondantes soulignent également des différences dans l’exercice du management. Près de la moitié estime que le fait d’être une femme modifie l’approche de la gestion d’équipe, notamment dans la communication, l’organisation et la prévention des risques. Une proportion importante évoque une attention plus marquée portée aux conditions de travail comme à l’anticipation des situations de chantier.
Sur le plan du recrutement, environ 49 % des entreprises interrogées déclarent avoir déjà intégré une femme dans leurs effectifs, mais seules 34 % en emploient encore au moment de l’enquête. Les profils concernés sont majoritairement salariés, apprentis ou stagiaires, avec une présence encore limitée sur les postes directement opérationnels en chantier.
Les freins identifiés demeurent multiples et relativement convergents :
– le manque de candidatures féminines ;
– La perception persistante de métiers physiquement exigeants, notamment en raison du port de charges ou des contraintes posturales ;
– Les conditions d’organisation, en particulier dans les petites structures ;
– Les enjeux liés à la maternité et à la continuité d’activité.
Lorsqu’une femme est intégrée dans une équipe, les effets perçus sont nuancés mais récurrents dans certains cas : amélioration de l’attention portée aux conditions de travail, comportements jugés plus soignés et dynamique de communication parfois différente. À l’inverse, une part non négligeable des répondants ne constate pas de changement particulier dans le fonctionnement des équipes.

Les EPI (Équipements de Protection Individuelle) apparaissent également comme un point de vigilance : une partie des répondants souligne une offre encore insuffisamment adaptée en termes de tailles et de coupes, ainsi que des difficultés d’accès à certains équipements spécifiques. Les retours mettent aussi en avant des limites d’ergonomie sur certains outils, conçus selon des standards qui ne prennent pas toujours en compte la diversité des morphologies, notamment féminines. © IRIS-ST
Sur les chantiers, les préoccupations les plus fréquentes concernent les contraintes physiques – port de charges, postures, travail en hauteur –, les expositions aux risques – produits, poussières, vibrations, bruit – ainsi que l’organisation des conditions d’hygiène et de travail. Les entreprises évoquent également la nécessité d’adaptations ponctuelles : aménagement des postes, ajustement des horaires, ou reclassement temporaire pendant certaines périodes.
Les entreprises interrogées convergent sur plusieurs priorités afin de faciliter l’intégration et le maintien des femmes dans les métiers du BTP et du paysage. En tête figurent la valorisation des métiers auprès des femmes dès les phases d’orientation scolaire, le développement d’équipements de protection adaptés aux morphologies féminines, ainsi que la mise en place d’aides financières pour l’achat d’équipements de manutention et, enfin, l’aménagement des postes de travail.
L’enjeu des infrastructures – vestiaires, sanitaires, bases de vie – comme de l’organisation du travail est également régulièrement mentionné, tout comme la nécessité d’un accompagnement renforcé des cheffes d’entreprise, notamment sur les périodes de maternité et la continuité de l’activité.
Au-delà des constats, l’étude met en avant un point de convergence : la progression de la place des femmes dans l’artisanat du BTP et du paysage est réelle, mais elle repose encore largement sur des ajustements ponctuels, sans transformation structurelle homogène à l’échelle du secteur.
Evolution et valorisation des métiers du BTP
Une enquête nationale menée auprès de 520 répondants dans l’artisanat du BTP et du paysage décrit une présence féminine réelle mais encore contrainte. Batirama fait le point.