Dans la nuit du 21 au 22 avril 2026, un incendie d’ampleur a ravagé une installation de production de granulats implantée à Saverdun (09). Aucun blessé n’est à déplorer, mais l’outil industriel est quasiment anéanti. Les premiers éléments de l’enquête orientent clairement vers un acte volontaire, les réactions institutionnelles dénonçant unanimement un acte de destruction. Jean-Philippe Sannac, le maire de Pamiers, a notamment condamné "avec la plus grande vigueur" ce qui s’apparente à un geste criminel, appelant à l’identification rapide des auteurs.
Le sinistre a touché un site exploité par le groupe Denjean, spécialisé dans la fabrication de granulats destinés au secteur du BTP. Les installations les plus stratégiques, dont les tapis roulants et une tour de traitement, ont été détruites. Mobilisés une grande partie de la nuit, près de 50 sapeurs-pompiers ont permis de contenir l’incendie comme d’éviter sa propagation, sécurisant un site particulièrement exposé en raison de la nature de ses installations.
Selon les premières estimations avancées par la municipalité, le préjudice pourrait atteindre entre 15 et 20 millions d’euros. La remise en état du site s’annonce longue car il faudra engager des opérations de dépollution, de démantèlement et de reconstruction, avec un horizon de redémarrage évalué entre un et deux ans.
Conséquence immédiate : une trentaine de salariés se retrouvent exposés au chômage technique, dans un contexte déjà tendu pour certaines activités extractives.
Les constatations réalisées sur place font état de cinq départs de feu distincts, un élément déterminant conduisant les autorités à privilégier la piste criminelle. Le procureur de la République de Foix, Olivier Mouysset, indique que l’origine accidentelle "semble pouvoir être écartée en l’état".
Une enquête judiciaire a été ouverte pour destruction volontaire en bande organisée par un moyen dangereux pour les personnes, une qualification passible de lourdes sanctions pénales. Les investigations ont été confiées conjointement à la section de recherches de la gendarmerie de Toulouse comme à la brigade de recherches de Pamiers.
Le site avait déjà été visé par un incendie d’origine suspecte l’année précédente, ce qui renforce les interrogations autour d’un acte ciblé.
Dans ce territoire, l’exploitation de carrières de sable et de graviers a régulièrement suscité des oppositions de la part de collectifs et d’associations locales. Sans lien établi à ce stade avec les faits, ce contexte alimente néanmoins les tensions autour de ce type d’infrastructures.
Ainsi, le 1er juin 2024, à l’appel du mouvement Extinction Rebellion comme de plusieurs collectifs locaux, une action militante avait visé une gravière située au Vernet, en Ariège également. Plusieurs dizaines d’activistes écologistes avaient pénétré sur le site après avoir forcé les accès, provoquant des dégradations sur certaines installations industrielles. L’opération, menée malgré une interdiction préfectorale, s’inscrivait dans une mobilisation plus large contre les activités extractives et l’artificialisation des sols.
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Vêtus de combinaisons blanches et masqués, les militants avaient investi les lieux en brandissant des slogans explicitement dirigés contre la filière des matériaux de construction. "Pas d’enrobé, pas d’autoroute", lisait-on sur certaines banderoles, établissant un lien direct entre l’extraction de granulats et les projets d’infrastructures routières, notamment le chantier controversé de l’autoroute A69 entre Castres et Toulouse. Dans leur argumentaire, la chaîne de production était clairement ciblée : sans gravier, pas de bitume, et donc pas de développement routier. © Idriss Bigou-Gilles / AFP
Ladite gravière, dédiée à l’extraction de roches destinées à la production de granulats, était perçue par les opposants comme un symbole des pressions exercées sur les terres agricoles et les ressources naturelles. L’action s'était déroulée en dépit d’un arrêté d’interdiction pris en amont par la préfecture de l’Ariège, les autorités ayant motivé leur décision par l’absence de déclaration préalable ainsi que par des risques avérés de troubles à l’ordre public, dans un contexte marqué par la multiplication d’actions similaires visant des installations industrielles.
Au-delà de cet épisode, l’action s’inscrivait dans un climat local de contestation autour des activités extractives. Plusieurs collectifs dénoncent le Schéma régional des carrières, qu’ils accusent de:
– favoriser la dégradation des terres agricoles ;
– Contribuer à des pollutions diffuses ;
– Et fragiliser les nappes phréatiques.
Toutefois, aucun lien direct n’est établi à ce stade entre ces revendications structurelles et l'incendie du site de Saverdun.