Bureaux XYLO à Grenoble : Bouygues fait de l’escalade

Composite Architectes s'en sort bien et évite l'ennui des structures en bois. © Maxime Brochier

Le tandem Linckcity et Bouygues Bâtiment Sur Est s’offre un nid d’aigle avec leur immeuble en bois R+7 sismique conçu sur la presqu’île de Grenoble par Composite Architectes.




Linkcity a livré fin janvier XYLO à Midi 2i, intervenant pour le compte de la foncière Valaura Investissements (détenue principalement par la Banque Populaire Auvergne-Rhône-Alpes), un programme immobilier de 2 700 m² de bureaux et 400 m² de commerce. On a peine à le croire, mais selon Carole Valade, directrice de l’agence de Grenoble chez Linckcity, il s’agit du "premier projet tertiaire de la région grenobloise où le bois est aussi présent". Un R+7 en zone sismique 4 (sismicité moyenne) où, dès le 1er étage, toute la structure est en bois : planchers, poteaux, poutres et façades. Seul le noyau d’escalier est en bétonLinckcity et Bouygues Bâtiment ont rarement poussé le curseur aussi haut. XYLO rejoint l’Arboretum de Nanterre et tutoie en zone sismique le Palazzo Méridia de Nice.

 

Une construction bois qui mérite bien son nom : planchers, façades, poteaux ... © Maxime Brochier

 

 

Grenoble olympique

Grenoble mixe une belle histoire de la construction bois avec un ancrage béton via Vicat. En milieu de mandature verte, la ville livre, après un immeuble en bois primé l’an dernier et l’école de la ZAC Flaubert (présentée auforum Bois Construction par l’agence Roda), le XYLO et bientôt l’incroyable WOOD. En ce moment, la construction bois française se révèlent bien plus en régions qu’à Paris, comme en témoigne les derniers catalogues du Prix International Construction Bois, et le programme du Forum Bois Construction. Grenoble vaut le voyage et la municipalité serait bien avisée de publier un guide et de développer le tourisme architectural vert, en s’appuyant sur les agences architecturales vives.

 

Le déhanché recourt à une structure en acier. © Maxime Brochier

 

 

 

Pas d’affichage

Sur la ZAC « Presqu’île » dirigée par De Portzamparc, le choix de l’agence locale Composite Architectes n’est pas fortuit. "Nous concevons nos projets dans une démarche bioclimatique et environnementale performante, mais aussi avec une volonté de proposer des bâtiments avec un écriture résolument contemporaine et épurée. Le bois est utilisé avant tout pour ses qualités constructives et biosourcées, son aspect chaleureux et vivant. Nous le mettons en œuvre pour qu'il soit au service de l'architecture d'un côté et des usagers de l'autre, sans qu'il soit réduit à une simple affichage.", explique Frank Prungnaud, architecte et co-gérant de Composite Architectes.

 

 

 

Les pleins et les vides

Frank Prungnaud poursuit : "Nous avons pris le parti de proposer un bâtiment relativement simple dans sa forme globale pour limiter les contraintes structurelles, mais qui souligne sa qualité architecturale par un travail subtil sur son élancement, sur la répartition de ses masses et dans la finesse des assemblages de matériaux en façade. Le projet vise à proposer tout cela à travers un dessin simple et rigoureux qui travaille sur la justesse des dimensions proposées, sur les rapports de pleins et de vides et sur les rapports de masses entre les parties « courantes » exprimées ici en blanc et les parties en bois qui sont traitées en « joints creux ». Les décalages en terrasse, l'effet de pivot qu'ils génèrent ou les légers porte-à-faux développés renforcent les effets d'empilement et de déhanché du projet en leur donnant juste ce qu'il faut pour donner au bâtiment l'élégance" nécessaire."

 

Le photographe Maxime Brochier a capté le meilleur moment pour fare comprendre la conception de la façade. © Maxime Brochier

 

 

 

Matériaux

Pour ce programme de 3 185 m2 SP dont 2 704 m2 de surface utile avec 186 m2 de terrasses accessibles et végétalisées, la trame est de 4.90 m/3,3 m en général, mais elle n'est pas régulière, explique l’agence. La faible taille de la parcelle, les contraintes de règlementation urbaine et intérieures ont généré une organisation structurelle particulière. Les CLT sont de 18 cm et 16 cm en façade selon les niveaux, et 18 cm en plancher. Le socle de l'immeuble de bureaux est traité en béton lasuré de tente gris sombre pour amplifier sa relation au sol et valoriser la différence fonctionnelle du RDC. Dans les étages, les murs courants sont traités par un bardage métallique qualitatif, avec des ondes verticales (bardage Eclectic d'Arcelor) suffisamment prononcées pour obtenir des jeux d'ombre qui vont renforcer sa "texture". 

 

Un plateau à la livraison. © Maxime Brochier

 

 

 

Comment éviter l’indigence architecturale des immeubles en bois ?

La couleur retenue pour le bardage métallique est un blanc légèrement cassé pour rendre un effet velouté qui se distingue d'un bardage standard. Les étages en "joints creux" sont habillés de bardage bois posé en vertical. Ces étages, en R+2 et R+5, créent deux strates qui vont "ciseler" le bâtiment, explique l’agence. Les ouvertures des niveaux courants forment des ensembles "menuiserie et allège" unitaires de manière à privilégier des "découpes verticales" dans la composition des façades blanches. Sur les étages en joints creux, les ouvertures sont plus étroites mais plus resserrées pour rompre avec le rythme des façades courantes. Les garde-corps verre sont alignés à 1 m, ce qui permet avec leur effet de transparence de ne pas multiplier les lignes horizontales, en privilégiant les verticales.

 

 

 

Approche globale

Linckcity souligne que la production de chaud et froid est vertueuse : une pompe à chaleur alimentée par géothermie est raccordée au réseau d’exhaure de la ZAC (soit une production énergétique au moins 5 fois supérieure à celle consommée pour la produire). Les panneaux solaires en toiture alimentent directement le bâtiment, ce qui réduit encore le besoin en électricité. XYLO est d’ores et déjà occupé par les salariés de Bouygues Bâtiment Sud-Est et Linkcity, qui installent leur nouvelle agence au dernier niveau. Ils seront rejoints prochainement par l’entreprise Alten et l’étude notariale Étude Vanessa Pace-Cabrol. Ils profiteront également de l’espace paysagé extérieur, aménagé et accessible au public en journée, et de locaux et vestiaires/douches vélos au RDC du bâtiment.

 

 

 


Source : batirama.com / Jonas Tophoven

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.
1 Commentaire
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  • par moudiblouz
  • 02/04/2024 16:48:40

"Comment éviter l’indigence architecturale des immeubles en bois ?"Cette question a-t-elle un sens ? Pourquoi un immeuble en bois serait-il, par essence, "indigent architecturalement" ? Au nom de quel préjugé ? Plus indigent qu'un immeuble en béton (même structuré) ? Plus indigent qu'un immeuble en maçonnerie tartiné d'une ITE en polystyrène expansé et d'un crépi plastique ? En l'occurrence, sur l'exemple cité, en quoi le bardage métallique industriel serait-il un meilleur remède qu'un bardage bois habilement dimensionné et mis en œuvre ?

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