Quel est le coût du MWh d’électricité nucléaire ?

La centrale nucléaire de Citeaux au bord de la Loire

A la demande du gouvernement, la CRE a évalué le prix du MWH nucléaire en juillet 2023. La synthèse de son rapport, rendue disponible le 18 septembre, révèle qu’il se situe entre 60,7€ et 50,8€.




Un résumé du rapport rendu par la CRE (Commission de Régulation de l’Energie) est disponible sur le site du Ministère de l’écologie. Le rapport complet n'est pas disponible.  Il porte sur le coût de production du parc nucléaire existant d’EDF. Ce rapport résulte d’une demande du gouvernement, formulée par courrier le 20 mars 2023, sollicitant l’expertise de la CRE pour "déterminer le prix accessible [de l’électricité nucléaire] dans des engagements longs de l’opérateur nucléaire pour l’ensemble des consommateurs français en sécurisant la couverture des coûts de l’outil nucléaire".

 

L’objet de cette mission est double :

 

  • mettre à jour, par rapport au précédent rapport de la CRE, le coût de production du parc nucléaire existant,
  • et expertiser les recettes issues de l’exploitation du parc nucléaire afin d’en déduire le prix d’un ruban d’énergie électronucléaire.

 

Ce que la CRE appelle un ruban d’énergie nucléaire correspond à la fourniture électrique "de base" ou "ruban", qui est produite ou consommée de façon permanente toute l’année.

 

Analyse des 56 réacteurs nucléaires existants, plus de l’EPR de Flamanville

 

La CRE a donc analysé la production d’électricité nucléaire probable pour l’ensemble du parc nucléaire existant, augmenté du nouvel EPR de Flamanville 3, dont EDF et le Gouvernement espèrent qu’il pourra être mise en service à la fin de 2024. La CRE a tenu compte des risques industriels et d’exploitation que rencontre EDF.

 

La CRE a également reconstitué le coût moyen pondéré du capital (CMPC) de l’activité d’exploitation du parc nucléaire existant. Tout ça, dit la CRE pour "déterminer le prix de vente d’un ruban d’énergie électronucléaire".

 

Enfin, complète la CRE, cette analyse a "intégré une phase de contradictoire approfondie avec EDF et s’est appuyée sur de nombreux documents et données".

 

Résultat, la CRE a déterminé pour la période 2026-2030, deux coûts différents : le coût complet et le coût comptable de production, inférieur au coût complet. Exprimés en euros courants de 2022, cela donne 60,7 €/MWh pour le coût complet, avec un coût comptable à 57,8 €/MWh, en euros 2022. Il faut appliquer le taux d’inflation pour calculer ces valeurs pour les années ultérieures.

 

Nous avouons tout à fait humblement que la nuance entre le coût complet et le coût comptable nous échappe encore. A titre de comparaison, l’Agence Internationale pour les énergies renouvelables (Irena) indiquait un coût moyen mondial de 33 $/MWh pour l’éolien et de 49 $/MWh pour le photovoltaïque, soit respectivement 31,13 € pour l’éolien et 46,22 € pour le photovoltaïque.

 

Les hypothèses retenues par la CRE

 

Pour calculer ces valeurs, la CRE a retenu plusieurs hypothèses :

  • Tout le parc existant, plus l’EPR de Flamanville. Ce qui donne une production de 361,5 361,5 TWh d’électricité d’origine nucléaire par an sur la période 2026- 2030, puis 360,2 TWh par an sur 2031-2035 et 344,1 TWh par an sur 2036-2040.
  • Prolongement de la durée de vie du parc nucléaire historique à 60 ans. Ce qui signifie que le coût du grand carénage pour prolonger la durée de vie des centrales est pris en compte.
  • Un prix de vente garanti s’appliquant à la totalité de la production du parc nucléaire existant, tel qu’il figure dans la réforme du marché européen de l’électricité proposée par la Commission européenne en mars 2023
  • Le coût complet calculé par la CRE, ainsi que le coût comptable de production, couvrent le coût de production du parc nucléaire existant, y compris l’EPR de Flamanville 3, mais ne couvrent pas les besoins relatifs au financement du développement de nouveaux réacteurs nucléaires.

 

Pas d’amalgame, mais quand même

 

La CRE souligne, par ailleurs, "qu’en aucun cas un amalgame ne doit être fait entre le coût ou le prix calculés dans son rapport et le prix de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh). L’Arenh constitue en effet un objet fondamentalement différent, tant en termes de période visée (2010-2025 contre 2026-2040), de type de produit (produit optionnel incluant la capacité contre ruban ferme d’énergie), de périmètre (Flamanville 3 n’est pas au périmètre de l’Arenh) ou de volume (100 TWh hors pertes pour l’Arenh). En conséquence, aucune corrélation directe quant au prix de l’Arenh pour 2024 et 2025 ne peut être inférée de ces travaux."

 

Ce qui n’empêchera personne d’immédiatement faire cet amalgame.

 

Le coût complet du nucléaire existant calculé par la CRE, sur la base de la trajectoire de productible et du niveau de CMPC retenus par la CRE, s’élève à respectivement :

  • 60,7 €22/MWh sur la période 2026-2030 ;
  • 59,1 €22/MWh sur 2031-2035 ; 
  • et 57,3 €22/MWh sur 2036-2040.

 

Le coût comptable, quant à lui, défini par la CRE comme "l’empilement des composantes de coût comptables et des briques liées aux charges de post exploitation et au rattrapage retraites, s’élève à respectivement

  • 57,8 €22/MWh sur la période 2026-2030,
  • 56,5 €22/MWh sur 2031-2035,
  • et 54,9 €22/MWh sur 2036-2040".

 

En dessous de ce coût comptable, EDF perd de l’argent. Le coût comptable sert aussi à cadrer les niveaux de prix minimums potentiellement atteignables pour des industriels électro intensifs, hors toute considération contractuelle liée à des avances en tête, à du partage de risque, …, souligne la CRE.

 

Au bout du compte, la CRE a donc calculé :

  • un prix du ruban d’électricité nucléaire, fondé sur le coût complet, de 56,7 €22/MWh sur la période 2026- 2030, 55,1 €22/MWh sur 2031-2035, et 53,2 €22/MWh sur 2036-2040,
  • un prix du ruban d’électricité nucléaire fondé sur le coût comptable de production, de 53,8 €22/MWh sur la période 2026-2030, 52,5 €22/MWh sur 2031-2035, et 50,8 €22/MWh sur 2036-2040.



Source : batirama.com / Pascal Poggi

L'auteur de cet article

photo auteur Pascal Poggi
Pascal Poggi, né en octobre 1956, est un ancien élève de l’ESSEC. Il a commencé sa carrière en vendant du gaz et de l’électricité dans un centre Edf-Gdf dans le sud de l’Île-de-France, a travaillé au marketing de Gaz de France, et a géré quelques années une entreprise de communication technique. Depuis trente ans, il écrit des articles dans la presse technique bâtiment. Il traite de tout le bâtiment, en construction neuve comme en rénovation, depuis les fondations jusqu’à la couverture, avec une prédilection pour les technologies de chauffage, de ventilation, de climatisation, les façades et les ouvrants, les protocoles de communication utilisés dans le bâtiment pour le pilotage des équipements – les nouveaux Matter et Thread, par exemple – et pour la production d’électricité photovoltaïque sur site.
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