Pour Caroline Semin, le secteur du bâtiment a besoin de tous les talents

Caroline Semin et son père, Philippe Semin, tiennent un trophée en main

C’est avec fierté qu’aux côtés de son père, elle incarne la sixième génération à la tête de Semin, entreprise spécialisée dans la fabrication de plâtres, enduits et colles pour les professionnels du bâtiment depuis 1838.




Photo : Caroline et Philippe Semin, réunis autour du trophée des Ailes de Cristal accordé à l'entreprise. En effet, Semin a obtenu le prix du dynamisme lors de la 7e édition de ce concours qui met à l'honneur les acteurs de l'économie locale et régionale de Lorraine, en décembre 2022. © Semin

 

 

Depuis 2017, Caroline Semin est directrice générale de l’entreprise familiale où aujourd’hui encore, depuis le siège en Lorraine, elle travaille aux côtés de son père Philippe Semin, président du groupe. Aujourd’hui âgée de 30 ans, nul ne peut ignorer qu’elle a apporté sa propre vision à l’entreprise, tout en respectant les valeurs familiales et humaines fortes qui la définissent depuis toujours. Son souhait pour le futur est que Semin "devienne un acteur impactant de l’habitat responsable en continuant à développer ses gammes de produits éco-responsables," nous confie-t-elle lors d'une interview.

 

Produire tout en respectant l’environnement, mais aussi donner une juste place aux femmes dans l’entreprise, sont des sujets qui lui tiennent particulièrement à cœur.

 

Cette année, elle prend l’initiative de lancer les tous premiers trophées dédiés aux femmes dans le bâtiment, un nouveau concours qu’elle baptise les Talentueuses. Les candidatures sont d’ores et déjà ouvertes aux femmes qui ont su se faire une place dans le milieu du BTP et de l’industrie, des places qui ont été si longtemps réservées à la gent masculine.

 

Le jury des Talentueuses sera composé de cinq hommes et de cinq femmes issues de l’industrie, de la distribution, des entreprises du BTP, des médias, afin de "fédérer la filière dans toute sa mixité et sa diversité", indique Caroline. "Les équipes en internes sont vraiment motivées par le projet, on a hâte de le voir se concrétiser."

 

Les femmes du BTP ont jusqu’au 15 mars pour candidater, selon plusieurs catégories que nous décrivions en détail dans cet article.

 

Une cérémonie de remise des prix est prévue le 15 juin à Paris. Une grande première pour faire rayonner les femmes du monde du BTP ainsi que montrer les engagements du groupe Semin envers l’égalité des genres.

 

 

"J’ai découvert un monde que j’ai aimé"

 

Malgré son héritage familial, Caroline n’était pas prédestinée à travailler à Semin et rêvait dans sa jeunesse à d’autres secteurs, comme celui de l’hôtellerie restauration. Mais pendant ses études de commerce, elle découvre le BTP, en travaillant en alternance pendant deux ans chez Actis, fabricant français d’isolant. Elle part ensuite 6 mois pour travailler en Angleterre, toujours pour la même entreprise. Des expériences enrichissantes qui la poussent à continuer dans le domaine du BTP et de l’industrie.

 

Lors de sa dernière année d’école de commerce où elle se spécialise en finances, l’alternance se fera au sein de l’entreprise familiale, où elle exercera pendant deux ans dans la force commerciale de Semin en Île-de-France. "J’ai découvert un univers assez humain, où il y a beaucoup de relationnel, de manière assez directe. De plus, l’univers industriel c’est concret : des matériaux de construction pour construire ou rénover. En développant de nouveaux produits, on agit et on peut faire bouger les choses. C’est à la fois challengeant et motivant," relate-t-elle.  

 

Caroline Semin en 2017

C'est à l'âge de 25 ans que Caroline Semin est devenue directrice générale de Semin.

 

En 2017 elle rejoint le siège de l’entreprise en Lorraine au poste de directrice générale pour travailler aux côtés de son père. Une situation que Philippe Semin n’avait pas osé espéré lorsque Caroline était petite, raconte-t-elle en riant : "mon père a eu deux filles, à son grand désespoir à l’époque, où il était encore difficilement imaginable qu’une fille puisse reprendre l’entreprise familiale. Heureusement, les choses ont un peu évolué entre temps !"

 

Fière de son père, elle rappelle que lorsque ce dernier a pris les rênes de l’entreprise en 1982, il n’y avait que 14 salariés. Aujourd’hui, l’entreprise en compte 850 répartis sur 12 sites, dont 8 en France, mais aussi en Allemagne, en Espagne et en Tchéquie. Semin est toujours en pleine croissance aujourd’hui.  

 

L’humain au cœur de la politique de l’entreprise

 

En tant que manageur, Caroline se décrit comme quelqu’un de directe que ce soit pour le positif ou le négatif, et exigeante afin de tirer les équipes vers le haut. "Avec mon père, nous sommes différents mais assez complémentaires. En tout cas nous mettons tous les deux l’humain au cœur de la politique de notre entreprise. On est proche des équipes et nous avons une organisation plutôt agile. Nous faisons tout pour garder notre esprit familial qui est l’ADN de notre entreprise et notre force."

 

La place des femmes dans le secteur

 

Bien qu’elle indique avoir eu la chance d’être précédé par d’autres femmes dans les entreprises où elle a pu évoluer, Caroline reconnait que dans certaines situations sur le terrain, les femmes ont besoin, plus que les hommes, de prouver qu’elles ont leur place. "Parfois quand j’ai eu l’occasion de participer à des journée portes ouvertes chez des distributeurs, j’ai pu voir que les artisans – souvent de l’ancienne génération – s’adressent systématiquement à un homme lorsqu’ils ont une question technique plutôt qu’à une femme. Il faut leur monter qu’on est capable de répondre, faire ses preuves auprès d’eux sur le plan technique. Alors ensuite, ils écoutent. Heureusement, il y a de plus en plus de femmes dans notre milieu, bien qu’il y en ait encore trop peu, et les mentalités évoluent dans le bon sens."

 

A Semin, les femmes n’étaient pas très nombreuses lorsque Caroline est arrivée dans l’entreprise, "mais les choses ont évoluées rapidement", indique-elle fièrement. On se doute qu’elle y est pour quelque chose. "Aujourd’hui, on a un peu moins de 25% de femmes dans nos effectifs, donc la marge de progression est significative. Et à côté de ça, dans le bâtiment les derniers chiffres de 2020 indiquent qu’il y a seulement 12,3% de femmes dont moins de 2% travaillent sur les chantiers. L’objectif des Talentueuses est de mettre en lumière de beaux parcours de femmes pour montrer que c’est possible et pour donner envie."

 

Caroline Semin ne se voit pas comme un modèle pour la nouvelle génération mais espère contribuer à ouvrir la voie pour elle. "Le secteur du bâtiment a besoin de tous les talents. Et quand je dis tous les talents, c’est aussi bien au masculin qu’au féminin. Ce sera déterminant pour l’avenir de notre filière."

 



Source : batirama.com/ Emilie Wood

L'auteur de cet article

photo auteur Emilie Wood
Journaliste, photographe, vidéaste, Emilie Wood travaille depuis 2010 pour la presse, qu’elle soit professionnelle dans les domaines du BTP et de l’agriculture, ou généraliste. Pour Batirama, elle écrit sur des sujets aussi variés que la conjoncture BTP, l’évolution de la réglementation, la rénovation énergétique, les réformes, les innovations, ou encore l’actualité de l’immobilier. Elle apprécie particulièrement réaliser des portraits d’entreprises et révéler les femmes et les hommes qui, chacun à leur manière, font une différence, qu’ils soient entrepreneurs ou collaborateurs d’entreprise.
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