Industries des produits de construction : conjoncture 2025 et perspectives 2026

Résultats de l’enquête annuelle d’opinion de l’AIMCC. © AIMCC

Enquête AIMCC 2025 : 58 % de participation des présidents d’organisations professionnelles du BTP, offrant un panorama des positions des industriels du gros œuvre, second œuvre et équipements.




Comme les années précédentes, l’AIMCC (Association française des Industries des produits de Construction) a organisé le 28 janvier 2026 une conférence de presse afin de présenter les résultats de son enquête annuelle de tendances. Les présidents de l’ensemble des organisations professionnelles, membres de l’AIMCC, fabricants de produits de gros œuvre, second œuvre et équipements ont été invités à y répondre en ligne. 21 des 36 organisations professionnelles interrogées ont répondu, soit un taux global de réponse de 58 % répartis de la manière suivante : 

– 42 % gros œuvre,

– 48 % second œuvre,

– et 10 % équipements.

 

Pour rappel, l’AIMCC regroupe les organisations professionnelles des fabricants de produits (matériaux, composants et équipements et systèmes) entrant dans la construction. Elle représente aujourd’hui plus de 7 000 entreprises, regroupées dans les 39 organisations professionnelles adhérentes. Cela représente 430 000 emplois et 60 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur le marché français. Ici, en photo, Philippe Gruat, président de l’AIMCC. © AIMCC

 

 

Bâtiment et travaux publics : 2025, une crise qui s’installe

Le secteur du BTP a traversé une année 2025 particulièrement difficile, entre ralentissement du bâtiment et frémissement à la baisse des travaux publics, à moins d’un an des élections municipales. Alors que les taux de crédit immobilier sont restés relativement stables au second semestre, à 3,12 % en novembre selon l’Observatoire Crédit Logement/CSA, les durées de prêts ont atteint un niveau record, autour de 250 mois. Ces conditions ont permis une légère reprise du neuf avec une hausse des mises en chantier et des prêts respectivement de 31,5 % et 34,3 % sur douze mois, mais cela reste insuffisant pour compenser le recul global du marché.

Dans les travaux publics, l’investissement public souffre du flou budgétaire et politique : arbitrages incertains et retards de programmes ont freiné de nombreux projets, confirmant un retournement de conjoncture.

 

 

Le bâtiment en pleine turbulence

 

Bâtiments résidentiels

Selon la FFB, l’activité du logement neuf a continué de reculer de 8,8 % en 2025, l’individuel étant plus touché (- 11,9 %) que le collectif (- 5,0 %). Pourtant, les mises en chantier ont légèrement rebondi (+ 8,4 %), avec une progression de l’individuel (+ 9,1 %) et du collectif (+ 7,9 %), notamment grâce aux résidences qui ont bondi d’environ 30 %. Au total, 283 000 chantiers ont été ouverts, encore largement sous la moyenne historique.

 

 

Bâtiments non résidentiels

Après un recul de 4,1 % en 2024, le non résidentiel neuf a continué de perdre du terrain (- 6,6 %). Les surfaces commencées ont atteint 20,8 millions de m2, un des niveaux les plus bas depuis 1986, malgré quelques segments en hausse (commerces + 18,5 %, locaux agricoles + 15 %, hôtellerie + 12,2 %). Les bureaux et bâtiments industriels poursuivent leur déclin. L’entretien-rénovation est également en léger recul (- 1,1 %). Au global, le chiffre d’affaires du bâtiment devrait chuter de 4 % hors effet prix, et la perte d’emplois est estimée à 20 000 postes.

 

 

 

AIMCC : les industriels du BTP dans le rouge en 2025

L’enquête annuelle de l’AIMCC confirme le contexte difficile : aucune filière ne signale une hausse, trois quarts des industriels voient leur activité stagner ou diminuer, et 15 % subissent un recul supérieur à 10 % :

– gros œuvre et second œuvre : 90 % des répondants en baisse ;

– Chiffre d’affaires : un tiers stable, le reste en baisse, avec des amplitudes de - 1 à - 20 % ;

– Effectifs : plus de 70 % des industriels ont maintenu leurs équipes malgré la baisse.

 

Les principaux freins identifiés sont l’instabilité politique et institutionnelle et les contraintes réglementaires (60 % des réponses). © AIMCC

 

 

Une reprise timide, mais prudente envisagée pour 2026

La Banque de France prévoit une croissance modérée de 1 % en 2026 et 2027, portée par le redressement de la consommation et de l’investissement privé. L’inflation remonterait légèrement à 1,3 % en 2026, et le chômage reculerait progressivement à partir de 2027.

De fait, les mises en chantier devraient croître de 4,4 % en 2026, portée par l’individuel (+ 14,9 %), tandis que le collectif reculerait (- 2 %). Le gouvernement a annoncé un plan de relance visant 400 000 logements par an jusqu’en 2030, avec un soutien accru au logement social, des dispositifs fiscaux incitatifs et des mesures pour simplifier la construction et accélérer la rénovation énergétique.

L’activité bâtiment dans le neuf progresserait de 9,5 % en volume, avec une reprise de l’individuel à + 11,2 % et du collectif à + 7,5 %. Les pertes d’emplois devraient se limiter à 10 000 postes, et la FFB estime la reprise globale du secteur à + 1,8 % hors effet prix.

 

 

Que prévoient les industriels pour 2026 ? 

Pour 2026, les industriels s’attendent à une situation contrastée puisque un tiers prévoient une reprise modérée, 50 % anticipent une stagnation ou une légère baisse et 16 % penchent pour un recul significatif (- 5 % à - 15 %).

Les effectifs devraient rester stables pour deux tiers des entreprises, avec quelques baisses dans le gros œuvre et le second œuvre. Les principaux freins identifiés sont une demande encore insuffisante comme les contraintes électorales et budgétaires.

 

Pour 2026, les es industriels mettent l’accent sur le recyclage, l’économie de ressources, le réemploi et la valorisation des déchets. Les priorités sectorielles sont la maîtrise des coûts, la propriété et exploitation des données, la décarbonation, la transformation numérique et, enfin, la formation des collaborateurs. © AIMCC

 

 

Les priorités de l'AIMCC pour 2026 : conjuguer sortie de crise et transitions culturelles

 

Faire du logement une priorité nationale

Face à la persistance des tensions sur le logement, tant en volume qu’en qualité, l’AIMCC appelle à faire du logement une priorité nationale, afin de répondre aux besoins croissants des territoires, de lutter contre le mal-logement et d’apporter des solutions adaptées dans les zones les plus sous tension.

L’Alliance plaide pour l’élaboration d’une vision partagée des besoins territoriaux, s’appuyant sur un plan pluriannuel de production de logements combinant construction neuve, rénovation du parc existant et reconversion d’immeubles tertiaires en logements. Elle souligne également la nécessité de maîtriser les coûts du foncier et de la construction neuve, tout en réformant la fiscalité afin de rendre l’investissement locatif réellement attractif, à travers un statut du bailleur privé incitatif, aussi bien dans le neuf que dans l’ancien.

 

 

Accélérer la transition énergétique du parc bâti

La rénovation constitue, pour l’AIMCC, le levier le plus efficace afin de réduire durablement les émissions de gaz à effet de serre du secteur du bâtiment, améliorer le pouvoir d’achat des ménages et générer une activité économique non délocalisable au cœur des territoires.

L’Alliance appelle à la mise en œuvre d’un plan pluriannuel de rénovation énergétique cohérent avec les objectifs nationaux d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, reposant sur des dispositifs financiers incitatifs permettant de massifier les rénovations performantes. 

 

 

Maintenir une ambition industrielle élevée 

L’AIMCC réaffirme la nécessité de maintenir une ambition forte en matière de décarbonation de l’industrie, condition indispensable à l’atteinte des objectifs climatiques nationaux et européens.

Elle appelle à poursuivre le soutien aux investissements de décarbonation à coûts maîtrisés, en offrant aux industriels une visibilité pluriannuelle sur les financements et en sécurisant les projets grâce à des mécanismes adaptés, tels que les contrats carbone pour différence (CCFD). 

 

 

Développer l'économie circulaire 

Conscients de leur responsabilité en matière de consommation de ressources non renouvelables, les industriels des matériaux et produits de construction développent des solutions de recyclage, de réemploi et d’éco-conception afin de limiter l’empreinte environnementale du secteur.

 

L’AIMCC appelle à renforcer ces démarches pour réduire les prélèvements de ressources naturelles et à refonder la filière REP PMCB, en mettant en place un dispositif opérationnellement efficace pour la collecte et le traitement des déchets de produits de construction, tout en garantissant la soutenabilité économique de l’ensemble de la filière. © ADEME

 

 

Du Made in France et des règles plus simples

L’AIMCC appelle à reconnaître le caractère stratégique du secteur des matériaux de construction, à développer des instruments de défense commerciale adaptés, à valoriser les produits européens bas carbone à travers des marchés pilotes, et à reconnaître la qualité, la performance et la sécurité des produits fabriqués localement, en France et en Europe.

L’Alliance plaide pour des textes réglementaires efficaces, lisibles et exempts de surcharges administratives, élaborés en concertation avec les acteurs et cohérents entre les niveaux national et européen.

 

 

Co-construction

L’AIMCC appelle à intensifier les coopérations entre acteurs, à favoriser les partenariats et le recours aux outils numériques afin d'améliorer la productivité comme l’efficacité de l’acte de construire, tout en garantissant aux industriels la pleine propriété et la maîtrise de leurs données. Elle soutient également l’évolution des bases de données de référence, notamment INIES et celles requises par le nouveau RPC.

 

Les femmes et les hommes sont au cœur des transformations du secteur, qui offre de nombreuses opportunités de carrière. L’AIMCC plaide pour une promotion renforcée des métiers industriels et pour le développement de formations adaptées aux nouveaux besoins de l’industrie, de la construction et de l’ingénierie, couvrant l’ensemble des niveaux de qualification, du CAP au doctorat. © Freepik

 


Source : batirama.com / Laure Pophillat / © AIMCC

L'auteur de cet article

photo auteur Laure Pophillat
Après un doctorat en Littérature française, puis un passage de quelques années dans l'enseignement (du français, notamment aux Compagnons du Devoir et du Tour de France), Laure Pophillat s'est tournée vers la rédaction web, ainsi que le journalisme. Curieuse, éclectique et investigatrice, tous les thèmes pertinents (et donc passionnants) l’intéressent !

Aujourd'hui rédactrice en chef du bimédia Batirama, elle oriente la ligne éditoriale vers un large spectre de sujets couvrant l’entièreté de la filière bâtiment et construction, avec une prédilection pour les portraits de femmes et d’hommes engagés, inspirés et inspirants, dans un environnement, celui du BTP, toujours en mouvement.
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