Une grange à habiter dans les Vosges, un petit projet qui plaide pour le vernaculaire

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L’agence Studiolada livre dans les Vosges une grange à habiter, petit projet manifeste pour le recours aux filières courtes. Photos © Olivier Mathiotte

Aider vos clients à reprendre le contrôle de leurs consommations


L’agence de Nancy poursuit son développement en restant fidèle à ses principes, ou plutôt en les approfondissant : recours au bois peu transformé local, à la pierre locale. Il en ressort des ouvrages exceptionnels comme actuellement le collège Jean Lamour à Nancy avec une charpente de gymnase admirée lors du dernier Forum Bois Construction, et le Marché de St Dizier qui a défrayé la chronique par son recours à la pierre de taille, et qui en impose autant par la charpente intérieure, si typiquement griffée Studiolada. Pour autant, l’essence de l’agence se retrouve au moins autant dans de petites opérations comme la grange à habiter de 126 m² que Lucie Lemaire, chef de projet, vient de livrer à Ban-sur-Meurthe Cefcy.

 

 

Les Vosges nouveau Vorarlberg

 

 

Que peut-on faire avec les ressources qui sont les nôtres ici et maintenant, demande l’agence. Jusqu’où peut-on aller ? Et quelle architecture peut-on créer avec tout ça et un budget normal, s’interroge Christophe Aubertin, l’architecte, qui espère l’avènement de nouveaux modèles vernaculaires. La réponse est tout près du col de la Schlucht, presque à la limite du Haut-Rhin, et non loin des sources de la Meurthe. Les produits installés proviennent d’une liste impressionnante de fournisseurs en filière courte.

 

 

Intérieur, exploitation des possibilités de la mezzanine pour amplifier la surface à l'étage, qui n'est pas directement sous comble.

 

 

Les fondations, posées par les maçons d’Isobat, sont en blocs de granit de la commune voisine de la Bresse (Graniterie Petitjean), même si l’architecte concède quelques inévitables tirants sismiques en béton (BET Adam). La structure assemblée par les charpentiers-menuisiers de "Il était un arbre" est en ossature bois d’épicéa des Vosges avec des contreventement en planches et sans panneaux, livrés par la Scierie Mandray à Taintrux (88) en charge des poteaux/poutres/planches en épicéa de structure (BET Sandrine Voranger).

 

 

Six scieries, un charpentier, un menuisier

 

 

"Il était un arbre" se charge également de l’isolation en bottes de paille de la Moselle (Univert’foin à Bouzonville (57)) - Christophe Aubertin promet d’en trouver la prochaine fois dans les Vosges ; de même, le charpentier s’occupe des bardages et volets qui sont en douglas des Vosges (Scierie Duhoux à Ramonchamp (88)), de la couverture en tôle, des doublages et cloisons en Fermacell, des plafonds etc.

 

 

Maison ouverte

 

 

Six scieries locales sont impliquées, dont : les fenêtres en pin des Vosges - une première pour l’agence – ont été réalisées par les menuisiers de Lecompte grâce à la scierie de Faymont au Val-d’Ajol qui fabrique les carrelets en bois local. La Scierie Chevalley à Dogneville (88) a transformé le chêne en planches pour les doublages, les cloisons, les plafonds (mise en œuvre par "Il était un arbre"). La Scierie Mapibois à Sainte-Marguerite (88) le sapin pour les meubles et les portes et du frêne pour l’escalier. La Scierie Gerhardt à Mothern (67) le pin sylvestre des menuiseries extérieures.

 

 

Frugalité radicale

 

 

La cuisine est également en épicéa des Vosges, sans caissons, sans panneaux, ce qui ne fait que pousser à l’authenticité une tendance décorative des cuisinistes. La chape de sol est un mélange chaux/argile de Argilus (entreprise Terraterre), que Studiolada qualifie d’un peu fragile, mais utile pour l’inertie. La toiture est en tôle, le chauffage se fait par un poêle à bûches de bois.

 

Maison fermée ou abritée

 

 

Studiolada regrette le recourt réglementaire au pare-vapeur et pare-pluie (BET thermique : Terranergie). Reste, en non vernaculaire, le Fermacell, le carrelage, la faïence pour les salles de bain, les câbles, les tuyaux pour la plomberie, les sanitaires, la ventilation, l’eau chaude, l’électricité, un inventaire qui vise à identifier les prochaines cibles.

 


Aucun bois industriel n'a été utilisé

 

 

Christophe Aubertin : "Nous nous sommes interdits tout bois industriel. Aucun panneau, aucun lamellé-collé ! Dessiner avec du bois massif permet de garantir une provenance locale de la totalité des bois pour la structure comme pour le mobilier. L’intérieur en planches de chêne nous fait découvrir un nouvel univers de couleurs, de motifs, d'odeur, de robustesse. A l’extérieur, il s’agissait de ne pas trop perturber la prairie."

 

 

A l'étage

 

 

Que signifie l’interdiction de bois industriels ? Christophe Aubertin précise : "je ne dis pas qu'il faut totalement désindustrialiser la filière, mais je suis inquiet de la voir s'industrialiser à 100%, de voir des bâtiments construits à 100 % en bois transformés : CLT, KVH, OSB, MDF… J’aimerais que les concepteurs se questionnent sur la pertinence de telle ressource à tel endroit : industrielle ou filière courte. Nous montrons ici qu'on peut tout à fait à l'inverse construire à 100 % en bois massif local."

 

 

Un retard qui devient une aubaine

 

 

Les Vosges on de petites scieries rurales ? Tant mieux, dit Christophe Aubertin : "Cela fait bien longtemps que les Vosges ont un complexe à cause de leurs petites scieries rurales. Tout le monde rêve de grosses usines bien automatisées pour sortir des produits bois transformés sur le modèle allemand, de supprimer les petites scieries rurales pour tout concentrer dans des usines. Notre retard est une aubaine ! Les petites scieries et le savoir-faire sont toujours là ! On va les maintenir et les valoriser !"

 

Un mot d’ordre qui ne risque pas de faire flop, dans la mesure où Christophe Aubertin anime le mouvement de la frugalité heureuse et créative dans le Grand Est. Il faudra tout de même payer la facture électrique. Car pour ce chantier, a vieille scierie hydraulique et musée, sur la même commune, n’a pas pu être sollicitée. 
 



Source : batirama.com/Jonas Tophoven

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.

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