Révision de la certification forestière PEFC : interview de Paul-Emmanuel Huet

Révision de la certification forestière PEFC : interview de Paul-Emmanuel Huet

La certification forestière PEFC vise depuis 20 ans la traçabilité de la matière jusqu’au produit fini. Elle entame une révision quinquennale de ses standards. Explications du directeur exécutif de PEFC France.





Légende : Depuis plus de 20 ans, la certification forestière PEFC régit la gestion des forêts, en France et dans le monde. ©PEFC

 

Organisme de certification forestière hégémonique en France, PEFC (Programme de reconnaissance des certifications forestières) va entrer comme tous les cinq ans dans une phase de révision de ses standards suivi d’une consultation publique.

 

Objectif : réinterroger les exigences PEFC actuelles au regard des nouveaux enjeux économiques, sociétaux et environnementaux. Interview de Paul-Emmanuel Huet, Directeur Exécutif de PEFC France.

 

Quels étaient les objectifs initiaux de PEFC ?

 

Paul-Emmanuel Huet : C’est en Europe et notamment en France qu’en 1999 un regroupement de propriétaires privés, rejoints par France Nature Environnement, a créé la certification PEFC. L'approche mise en avant par PEFC a fait tache d’huile et, rapidement, cette certification s’est imposée au niveau international. FSC a quant à lui été créé quelques années auparavant en étant essentiellement axé vers la protection des forêts tropicales.

 

 

 

Paul-Emmanuel Huet, Directeur Exécutif du PEFC France depuis 2017 ©PEFC


Quelque 20 ans plus tard, quel est le bilan ?

 

La forêt est sujette à une pression toujours importante et le besoin de garanties apportées par la certification est plus fort que jamais. L’ensemble des certifications forestières ne couvre aujourd’hui qu’un dixième des forêts dans le monde. En France métropolitaine, un tiers des forêts est certifié PEFC - soit 5,6 millions d’hectares. Si l’on ajoute les forêts certifiées de Guyane on arrive à 8 millions d’hectares, ce qui représente déjà une surface importante mais il reste encore des marges de développement en France.

 

Sur le plan international, il y a de belles réussites, comme le développement depuis plusieurs années de surfaces certifiées PEFC en Asie, nomément dans le Sud-Est asiatique (Thaïlande et Vietnam, notamment dans des plantations d’hévéas), ou plus récemment en Afrique, au Gabon, qui prend par ailleurs des dispositions pour généraliser la certification forestière pour ses forêts.

 

En France, l’intégration récente d’un important promoteur bois comme REI Habitat dans la chaîne de traçabilité PEFC est un signal très encourageant quant à la volonté du monde de la construction d’avancer vers l’utilisation du bois certifié dans le bâtiment. Plusieurs bâtiments ont déjà mis en œuvre en France une démarche de certification PEFC, dont le siège de l’ONF dans les Vosges par exemple, ou encore le Village Alzheimer dans les Landes.

 

 

 

Le marché de la construction bois s’envole, mais les soupçons qui pèsent sur le bois aussi. ©PEFC

 

FSC, Bois des Alpes, Sapin du Jura, Bois des territoires du Massif central, Bois de France, RBUE, Flegt, etc. La multiplication des labels, des réglementations et des certifications ne nuit-elle pas à leur visibilité ?

 

En premier lieu, cela traduit un fort intérêt pour la forêt et pour sa gestion durable. La réglementation bois de l’Union Européenne (RBUE) n’a diminué ni la validité ni la pertinence de la certification forestière PEFC en Europe et dans le monde, au contraire. Il s’agit d’outils complémentaires.

 

 

 

Pour qu’un constructeur puisse commercialiser des produits certifiés PEFC et répondre ainsi à une demande de plus en plus forte en bois certifiés de ses donneurs d’ordre, il faut qu’il mette en œuvre une chaîne de contrôle de traçabilité PEFC, et il faut que ses donneurs d’ordre et que ses fournisseurs jouent également le jeu en faisant de même, sans quoi il y a des ruptures dans la chaine d’approvisionnement. ©PEFC

 

Pourquoi avoir lancé une révision des standards PEFC ?

 

Les standards de la certification forestière PEFC sont révisés tous les 5 ans. Depuis la création du label, cette remise en question régulière est apparue comme essentielle afin de prendre en considération l’évolution des enjeux sociétaux, environnementaux et économiques.

 

Après une révision internationale, chaque pays doit décliner les nouvelles exigences dans son propre référentiel national. En France, ce processus de révision sera mené à partir de Juin 2021 par une instance dénommée « Forum », représentative de l’ensemble des parties prenantes intéressées par la gestion forestière durable.  Sous la forme de concertations, les travaux du Forum se prolongeront vraisemblablement jusqu’au premier trimestre 2022. Le nouveau référentiel révisé devrait s’appliquer aux propriétaires et exploitants forestiers certifiés à compter de 2023.

 

Quel est le cahier des charges et l'objectif visé ?

 

L’objectif est d’arriver à une révision consensuelle des exigences PEFC pour refléter l’évolution des enjeux décrits ci-dessus mais également d’intégrer les évolutions des standards internationaux auxquels chaque PEFC national doit se conformer. Parmi les évolutions internationales on peut citer à titre d’exemple la possibilité désormais de certifier des arbres hors forêts (arbres urbains, agroforesterie, haies).

 

 

Le mot d’ordre de la certification forestière est la traçabilité, pourtant, malgré 20 ans d’efforts, elle est toujours incomplète sur le terrain, mais ce n’est pas tant à cause d’une volonté contraire que de la difficulté technique spécifique au bois. ©PEFC

 

Comment pourrait-on améliorer significativement et plus durablement la gestion de la forêt en France si on veut aller plus loin ? Quelles mesures les pouvoirs publics pourraient-ils envisager de prendre ?

 

Il faudrait que les prescripteurs publics systématisent la référence aux produits certifiés notamment dans les Cahiers des clauses techniques particulières (CCTP) des marchés publics. Nous disposons désormais de maîtres d’ouvrage certifiés dans la construction bois, et d’ouvrages certifiés. La porte est donc ouverte pour certifier plus largement les entreprises de construction et ainsi permettre aux acteurs certifiés en amont de valoriser leur engagement dans la démarche de certification !

 

De manière générale, la référence aux produits certifiés pourrait être systématisée pour les produits issus du bois d’œuvre mais aussi du bois d’industrie ou du bois énergie. A ce titre, nous saluons la parution récente par le ministère de la Transition énergétique d’un guide d’achats publics qui encourage la mobilisation de produits certifiés par exemple pour le papier ou les fournitures.

 

Source : batirama.com/ Jonas Tophoven

 

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