Audrey Le Moullec : quand une infirmière devient carreleuse

Audrey Le Moullec : quand une infirmière devient carreleuse

C’est la route de la soie qui l’a emmenée sur la voie carrelée. Audrey Le Moullec, 30 ans, a tout plaqué pour embrasser son nouveau métier. Une reconversion chaque jour appréciée.





C’est un petit bout de femme. Haute comme trois pommes. Un petit gabarit comme elle se définit elle-même. « Je suis plutôt féministe. Je peux vous dire que chaque jour, j’en entends des choses », lance Audrey Le Moullec dans un grand rire.

 

« À côté de mon collègue qui est un grand Ukrainien bourru, d’1,90 m et 110 kg, ont fait un sacré duo ». Et être une femme sur un chantier ? « Franchement, ce n’est pas une question que je me pose au quotidien. Mes collègues comme moi sommes tellement dans le faire. Il faut avancer, travailler ».

 

Le seul moment peut être où sa condition peut faire la différence, « c’est vis-à-vis des clients. Une carreleuse dans l’entreprise donne une autre image, plus moderne, ou peut-être d’ouverture d’esprit.

 

Néanmoins, mon patron n’a pas besoin de ce faire valoir. Il a une excellente réputation dans tout le Vaucluse. J’ai eu d’ailleurs de la chance de tomber sur Joël Vacca parce qu’il n’a pas besoin de publicité, et m’a donné ma chance.

 

Il est vendu comme étant le meilleur carreleur du coin par tous les fournisseurs et il a déjà un an de travail d’avance ». Cette rencontre, par un heureux hasard, arrive à un sacré tournant dans la vie d’Audrey Le Moullec, 30 ans.

 

Des salles d’examen au carrelage

 

Avant de malaxer les mortier-colles, de soulever les carreaux, et de couvrir les terrasses et abords de piscines de villas lovées au milieu du chant des cigales, Audrey Le Moullec maniait piqûres et thermomètres.

 

« Je n’ai pas toujours voulu embrasser cette profession, mais j’étais infirmière. C’est quand même un métier très difficile, et il ne faut pas plus de courage pour travailler dans le bâtiment, surtout quand on a connu le milieu hospitalier ».

 

Le virus du carrelage elle l’a contracté en voyage. « Pendant un an, j’ai eu l’occasion de faire la route de la soie, en passant par des pays comme l’Italie, la Turquie ou encore l’Iran. J’aimais déjà tout ce qui relève du domaine de la céramique. En découvrant de magnifiques ouvrages dans le bâti de ces pays, ma décision de tout changer a été confortée », confie la trentenaire.

 

Décidée à embrasser « quelque chose de plus créatif, avec une reconversion sur le long terme vers l’artisanat d’art », elle raccroche sa blouse d’infirmière. Direction le CFA pour décrocher cette fois un CAP puis un BP, « le carrelage m’apporte une réelle connaissance technique sur le bâti ». Cerise sur le carreau pour cette reconversion à l’âge adulte, « je suis mieux payée que lorsque j’étais infirmière ». 

 

La gratification de l’ouvrage réalisé

 

Certes, carreleuse est une profession physique. Pas de quoi freiner l’enthousiasme d’Audrey Le Moullec qui n’avait jamais tenu auparavant « ni une visseuse, ni une perceuse de ma vie. Ce côté, on va dire sportif du carreleur, me fait du bien. Comme le fait de travailler beaucoup en extérieur ».

 

Et puis après avoir exercé dans une institution avec ses lourdeurs, « l’ambiance du chantier est plus agréable, plus légère ». Ils sont une petite équipe de trois.

 

« Parfois l’ambiance se détériore. Mais les rapports entre nous sont assez directs, simples, et donc sains. Le chantier à un côté très humain ». Et sa réalisation est une réelle gratification.

 

« J’ai parfois été découragée en travaillant dans le soin et le social. On aide les gens, et il arrive qu’ils n’en aient pas envie. Quand je réalise un ouvrage carrelé aujourd’hui, je fais quelque chose de visible et quand je rentre chez moi le soir, je ne me pose pas autant de questions que dans mon ancienne profession ».

 

Cette reconversion et cette alternance ont été « une vraie chance. J’ai trouvé une entreprise excellente avec de très beaux chantiers, et une petite équipe qui possède de vraies qualités », confie-t-elle. Pour cette « petite nana » qui a troqué la blouse blanche contre le bleu de chantier, il n’y a vraiment rien à regretter.

 

             

  

5 Femmes du BTP à suivre

Lire : Journée des droits de la femme : 5 femmes du BTP parlent du métier sans filtre

  • Savanah, apprentie peintre en Bâtiment ;
  • Anne, conductrice de travaux sur les chantiers du Grand Paris Express
  • Maéva, crée son entreprise de couverture
  • Christine, codirigeante d'une entreprise en électricité

 


Source : batirama.com/ Stéphanie Lacaze-Haertelmeyer

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