Anne Billat, conductrice de travaux sur les chantiers du Grand Paris Express

Anne Billat, conductrice de travaux sur les chantiers du Grand Paris Express

Depuis 4 ans, Anne Billat, 29 ans, conductrice de travaux chez Spie Batignolles dirige les chantiers des sous-sols de la capitale qui accueilleront les gares du Grand Paris Express.





L’entreprise compte peu de conductrices de travaux sur les chantiers du Grand Paris Express. Anne n’a rencontré que deux collègues (conductrices de travaux) dans son entreprise.

 

Anne Billat a toujours éprouvé une fascination pour les grands ouvrages d’art, tel le viaduc de Millau. C’est d’ailleurs lors de son enfance qu’elle se met en tête de construire plus tard des ponts et des tunnels. Une passion qui va orienter ses études puisqu’après un bac scientifique, la jeune femme née à Grenoble opte pour la poursuite d’études dans une école d’ingénieur en génie civil option architecture. « J’avais une hésitation concernant l’architecture qui me plaisait également » explique-t-elle.

 

Elle intègre donc Polytech à Clermont Ferrand pendant 3 ans et effectue son premier stage de 4 mois chez Spie Batignolles Génie Civil (ex. TPCI). Puis Anne poursuit ses études en effectuant une année de maîtrise de gestion de projets d’ingénierie civil à Polytechnique à Montréal au Canada.

 

Peu de temps après, en 2016, elle est recontactée par Spie Batignolles qui lui propose de travailler sur le projet de prolongement du RER E à la Défense, sur le chantier Eole. L’ouvrage, la gare, prend place sous le CNIT et les travaux de logistique consistent à gérer les flux entrants et sortants du chantier dans un contexte urbain complexe, puis effectuer des pré-terrassements pour réaliser les puits (futurs piliers de la gare). Une mission qui durera 3 ans.

 

Pour le chantier suivant, son employeur lui demande de gérer seule, en tant que conductrice de travaux, la fin des travaux d’un des lots du prolongement de la ligne 11 aux Lilas. Il s’agit d’un « petit chantier » de moins de 20 millions d’euros selon les termes de la jeune professionnelle.

 

Une mission formatrice malgré les difficultés rencontrées en raison de nombreuses responsabilités. « Sur les gros chantiers, on bénéficie de l’appui de services supports (études, matériel, …), ce qui n’est pas le cas sur les chantiers réputés « petits » ajoute-t-elle.

 

Il faut savoir gérer des équipes d’hommes sur les chantiers

 

« Sinon, la vie sur les chantiers est très sympathique et mes relations avec les équipes au travail sont bonnes généralement, confie Anne. Parfois, comme ils sont étonnés, les ouvriers du BTP sont sur leur réserve et font preuve d’un respect un peu inattendu. Je me souviens cependant d’un chef de chantier qui a refusé de me serrer la main, lorsque j’étais stagiaire. Mais ça ne s’est produit qu’une seule fois » complète Anne.

 

Finalement, c’est davantage dans les bureaux qu’une certaine forme de machisme peut s’exercer, constate Anne. « Plus on monte dans les niveaux de directions, moins on a le sentiment d’être écouté, sans doute parce que l’on est une fille et jeune de surcroît.

 

Quant aux missions précises de la conductrice de travaux, elles sont très variées et dépendent surtout de la taille du chantier. « Nos missions sont larges puisqu’il faut assurer le suivi du chantier que l’on a préparé et budgété auparavant, en consultant tous les acteurs et métiers indispensables à la réalisation des travaux avec le matériel adéquat (engins, matériel, sous-traitants…) » indique-t-elle. Et la réalisation des travaux est confié parfois à des groupements de plusieurs entreprises compte tenu de la taille des projets à réaliser !

 

 

Après avoir travaillé sur le chantier Eole sous le CNIT, et géré la fin des travaux de prolongement de la ligne 11 aux Lilas, Anne Billat travaille sur le chantier d’un ouvrage annexe (puits de ventilation avec un local technique) à Massy, sur la nouvelle ligne 18 du Grand Paris Express

 

De longues heures de travail sur le chantier et au bureau

 

Les taches courantes consistent à préparer le planning et à suivre les travaux avec le chef de chantier, assurer un contrôle qualité (ex : le ferraillage est-il conforme aux plans ?). Enfin, il faut parfois régler les aléas et imprévus (ex : réseau non indiqué, matériel en panne). « Nous sommes également en relation avec la maîtrise d’œuvre, pour lui suggérer parfois des changements ou des améliorations, et gérer l’aspect financier en cas d’imprévus.

 

En outre, ces travaux doivent se dérouler en toute sécurité pour les équipes travaux, ce qui suppose de prévoir le matériel adéquat et de définir les méthodes d’intervention tout en vérifiant leur bonne application sur le chantier.

 

Malgré les longues heures de travail, (souvent dès 7h30 le matin sur le chantier jusque 20h00, après avoir terminé les tâches administratives en soirée), Anne se dit passionnée par son métier. Voir un ouvrage complexe prendre forme sur un terrain, nu à l’origine, lui procure de la fierté. Et selon elle, l’intérêt du chantier prime avant tout, et bien avant le salaire qui lui semble parfois décalé par rapport aux responsabilités et horaires effectués.

 

 

L’équipe sur le chantier GC03 (prolongement de la ligne 11 aux Lilas) à la fin du creusement du tunnel en méthode traditionnelle.

 

Des engueulades à gérer mais des relations humaines conviviales

 

« Ma force et mon assurance, je les acquiers grâce à une forte anticipation et préparation en amont des chantiers, explique Anne qui ajoute : « C’est un métier où il faut oser aller voir les gens et discuter avec eux ».

 

« Certes, quand on a mon gabarit, ce n’est pas toujours évident d’aller voir le chef de chantier, notamment quand il fait 2 mètres de haut et 1 m de large, et de lui dire comment il doit faire son travail. Je sais qu’il peut s’emporter et crier, mais après, en règle générale, on arrive à se mettre d’accord, et je n’ai jamais eu de souci » ajoute Anne

 

Mieux, après une bonne engueulade, les relations s’apaisent car le travail prime toujours, constate la jeune conductrice de travaux qui confie amusée : « Et parfois le chef de chantier peut avoir un œil protecteur et veiller à ce que personne ne vienne trop m’embêter… »

 

Trois conseils pour les jeunes intéressés par le métier de conducteur de travaux

 

Anne formule trois recommandations aux jeunes et notamment aux filles intéressées par ces métiers d’encadrement dans le BTP :

 

Primo, il faut être passionné et être prêt à s’investir car ces missions demandent du temps et de l’énergie. D’ailleurs, Anne n’envisage pas de travailler à Paris dans de telles conditions toute sa vie, car cela lui semble incompatible avec une vie personnelle. « Le turn-over dans nos métiers sur Paris est important » constate-elle.

 

Secundo, il vaut mieux ne pas être trop susceptible ni « sensible » car il y a parfois des « engueulades » sur les chantiers même si les choses finissent toujours par rentrer dans l’ordre.

 

Tertio, il faut aimer les relations humaines ! Il faut gérer avant tout de l’humain sur les chantiers et c’est ce qui est le plus sympathique et gratifiant, notamment quand ils apprécient l’aide et les conseils reçus. La récompense se traduit, souvent d’ailleurs comme le veut la tradition, par un barbecue de chantier (hors période Covid) qui permet de souder les équipes. Des moments forts qui permettent d’oublier les épineux problèmes parfois rencontrés !

 

 

             

Pour en savoir plus 

 

Lire : Journée des droits de la femme : 5 femmes du BTP parlent du métier sans filtre

   

 


Source : batirama.com/ Fabienne Leroy

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