Salariés exposés à l'amiante: prison avec sursis requise contre deux dirigeants

Salariés exposés à l'amiante: prison avec sursis requise contre deux dirigeants

Les dirigeants d'une entreprise de fabrication de matériaux en béton, ont été poursuivis pour avoir fait travailler neuf de leurs salariés dans des locaux amiantés, dans les années 2000.






"C'est un début. On sort peu à peu de l'omerta" sur les "responsabilités" dans les affaires d'amiante, a salué Maître Chloé Dupin, avocate d'un salarié et de deux associations de victimes de l'amiante, l'Andeva et le Caper Ardèche.

 

Philippe Mialanes, 56 ans, et Yves Brugeaud, 58 ans, dirigeants de la société Basaltine au moment des faits, sont poursuivis après une enquête du pôle santé publique du tribunal de Marseille pour mise en danger de la vie d'autrui et mise à disposition de locaux sans respect de l'hygiène et de la salubrité.

 

Ils avaient racheté l'entreprise Basaltine en 2002, conscients de la présence d'amiante sur le site ardéchois d'Aubignas. "Pourquoi avoir attendu janvier 2005, alors que la problématique de l'amiante était connue dès mars 2002, pour fermer le site? Il y avait une politique en interne constante et assumée: l'amiante n'était pas prioritaire", a pointé la procureure Marion Chabot.

 

Dégradation de panneaux isolants floqués dans un atelier

 

Dans un atelier, des panneaux isolants floqués à l'amiante se dégradaient, libérant des poussières de cette substance dangereuse. "On a l'impression que les salariés n'étaient pas au courant. Le flocage tombait au sol, ils le ramassaient à la main", a insisté le président du tribunal Pierre Jeanjean.

 

Dès leur prise de fonction, les dirigeants avaient été alertés de la nécessité de protéger leurs salariés. "Ce sont a minima 13 courriers, mises en demeure et interventions" qui ont été adressés par les autorités, a pointé Maître Dupin. "L'aspect amiante a été annoté. On ne l'a pas mesuré, identifié, traité à sa juste dimension", a reconnu Yves Brugeaud, faisant valoir que le site, extrêmement dégradé, présentait des problèmes de sécurité "plus immédiats".

 

La société propriétaire de Basaltine rencontrait également des difficultés financières. En 2004, les dirigeants ont transféré huit salariés dans un autre bâtiment et protégé le neuvième avec un masque adéquat et une combinaison. Mais "pourquoi avoir attendu plus d'un an?", a interrogé le président. Maître Dupin a pointé une "bombe à retardement", rappelant que les maladies liées à l'amiante se déclenchaient des dizaines d'années après l'exposition.

 

Une quinzaine d'ex-ouvriers tombés malades

 

Une quinzaine d'ex-ouvriers de Basaltine sont tombés malades (plaques pleurales, cancers de la gorge) et certains sont morts des suites de leur exposition à l'amiante, avant les années 1990, selon les enquêteurs. Des faits trop anciens pour entraîner une condamnation.

 

"Ce dossier est l'incarnation même du scandale de l'amiante. Des milliers de morts mais aucun responsable", a souligné Maître Dupin, rappelant que "la majorité des dossiers ont débouché sur des non-lieux, justifiés par le juge d'instruction. Trop vieux, trop loin, difficile de savoir qui a placé la bombe". Une amende de 40.000 euros a également été requise contre la société Basaltine. Le jugement sera rendu le 16 novembre.



Source : batirama.com

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