Retour d'expérience du BIM : c'est utile, mais pas toujours simple

Retour d'expérience du BIM : c'est utile, mais pas toujours simple

Spie-Batignolles construit le nouveau Centre Pénitentiaire de Caen, une opération en BIM de la conception à l’exploitation. Court récit des opportunités et des obstacles rencontrés.






Pour commencer, posons le contexte. Début 2019, un groupement rassemblant 4 entités du groupe Spie Batignolles – Spie Batignolles Île de France, Spie Batignolles Nord, Spie Batignolles Grand-Ouest, Spie Batignolles Sud-Est -, le cabinet Architecture Studio et le Bureau d’Etudes Artelia, a remporté l’appel d’offres en conception/réalisation lancé par l’Agence Publique pour l’Immobilier de la Justice (APIJ) pour la construction d’un nouveau centre pénitentiaire à Caen.

 

Dans le cahier des charges de l’appel d’offres, l’APIJ demandait du BIM de la conception à la remise du bâtiment à travers le DOE (Dossier des Ouvrages Exécutés). Les lauréats ont été notifiés le 20 février 2019. Le chantier commence au second semestre 2020 pour une livraison en juillet 2022 et un coût total de 80 millions d’Euros.

 

Un Maître d’Ouvrage averti

 

Jeudi 12 Mars, Sihem Amokrane, responsable Management BIM chez Spie Batignolles Île de France, a expliqué ce que tout cela signifiait, à la faveur d’une session du Club Prescrire, coorganisée avec BIM Object/Polantis.

 

Pour commencer, elle insiste sur le fait qu’à propos du BIM, le Maître d’Ouvrage savait exactement à quoi il voulait aboutir. Le chantier comporte la construction de 14 bâtiments, soit environ 34 000 m² de plancher, ainsi que l’aménagement des VRD pour ce qui ressemble finalement plus à une opération en CIM (City Information Modelling) qu’en BIM (Building …) qui ne porterait que sur un seul bâtiment.

 

Digression rapide : les américains écrivent modeling avec un seul l. Tout le reste du monde anglo-saxon, du Royaume-Uni à l’Australie, préfère deux l.

 

L’APIJ veut utiliser la maquette numérique, nourrie de tous ses attributs, pour renseigner son logiciel de GMAO (Gestion de Maintenance Assistée par Ordinateur) qui servira pour l’exploitation du bâtiment. Donc, c’est une opération BIM de la conception à la maintenance.

 

Le Maître d’ouvrage s’est fait aider par un AMO BIM indépendant, Foundation . L’APIJ a rédigé un Cahiers des Charges BIM, avec des demandes précises, phase par phase.

 

Le tableau des Niveaux de Développement

 

Ces exigences étaient synthétisées dans le « Tableau ND » pour Niveau de Développement. C’est un document Excel qui montre, étape par étape, quel doit être le niveau de représentation de chaque équipement : symbolique, encombrement, réaliste, avec attributs et lesquels. Spie Batignolles a proposé des modifications pour clarifier les rôles.

 

Spie Batignolles, ses partenaires et les sous-traitants retenus ont passé trois mois simplement à se mettre d’accord sur qui assurait quoi : qui était responsable de la représentation de tel équipement et qui fournissait les données nécessaires. Sihem Amokrane estime que, loin d’être du temps perdu, c’était une phase nécessaire qui devrait grandement faciliter la constitution et la maintenance de la maquette numérique de l’opération, jusqu’à la livraison.

 

Ensuite, l’APJ a imposé à tous les participants de réaliser une phase « 0 », une sorte de prototypage des maquettes numériques et de leur contenu. Pour chaque phase, sur un petit bout de maquette numérique, toutes les étapes avec leur degré de précision croissant, la liste des attributs renseignés, etc. ont été testées en grandeur nature.

 

En tant que Maître d’Ouvrage, l’APIJ a fourni la liste des attributs, leur expression, les unités utilisées, … dont il avait besoin pour l’exploitation du bâtiment.

 

Le témoin virtuel

 

Cette démarche a donné l’idée à Spie Batignolles, mandataire du groupement, d’utiliser la maquette 3D des architectes pour en extraire des éléments – les différents plan 3D des cellules pour les détenus – et de les transformer en « témoin virtuel » en poussant très loin leur degré de représentation et de précision.

 

L’idée était de construire ce témoin virtuel pour tester auprès du Maître d’Ouvrage diverses hypothèses pour l’aménagement et l’ameublement des cellules, afin de valider des choix, avant même la construction du témoin réel. Tout le monde a joué le jeu. Spie Batignolles a utilisé des lunettes de réalité virtuelle pour que les experts de l’APIJ examinent très précisément les cellules et demandent des changements.

 

Il a fallu un mois de travail et d’allées et retours entre les participants pour produire trois cellules-types avec un niveau de rendu réaliste suffisant.

 

Cette phase a permis également, lors de la consultation des sous-traitants, lot par lot, de produire un prototype de maquette exécution, pour leur indiquer avec précision, quel niveau de détail ils devaient renseigner sur les parties de la maquette numérique qui les concerne.

 

Tout le monde sous Revit, ou presque

 

Deuxièmement, souligne Sihem Amokrane, le groupement a eu de la chance, en quelque sorte, tous les participants maîtrisaient Revit, le logiciel d’Autodesk. Il a donc été décidé de tout réaliser sous Revit, avec quelques exports en .IFC vers des logiciels métiers spécifiques.

 

Foundation utilise Navisworks et a créé pour ce projet une plateforme d’échange de données, permettant aussi la visualisation des maquettes 3D, directement en ligne.

 

Pour la phase exécution et pour la réalisation de son témoin virtuel en rendu réaliste, Spie Batignolles a modélisé lui-même un trop grand nombre d’objet. Les cabines de douches retenues, par exemple, existaient bien en 3D, mais dans un format que Revit ne pouvait pas récupérer.

 

DE plus, le BE VRD travaille sous Mensura et, bien que ce logiciel sache en principe exporter des .IFC, il n’a pas été possible de le faire jusqu’à présent. Spie Batignolles a donc modélisé les plans et implantation de VRD dans Revit, à partir des plans proposés par le BE VRD.

 

Enfin, souligne Sihem Amokrane, il n’existe toujours pas de standardisation de la liste et de l’expression des attributs pour les équipements du bâtiment. Ce qui conduit souvent à recommencer les descriptions d’un même objet de manière différente en passant d’un projet à l’autre, en fonction de ce que souhaite le Maître d’Ouvrage. Et ça, on sent que ça lui fait perdre du temps inutilement

 

Oui, c’est vrai, répond BIM Object/Polantis. Mais, certains syndicats d’industriels, comme l’UFME pour les menuiseries extérieures ont travaillé plusieurs années pour définir un ensemble de propriétés standardisées pour toutes les fenêtres et portes-fenêtres. Du coup, BIM Object a réalisé des objets génériques, conformes à cette description.

 


Source : batirama.com / Pascal Poggi

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