On peut construire "vert" sans attendre la prochaine réglementation

On peut construire

La prochaine RE2020 et la loi ELAN vont orienter les choix en construction neuve en 2021. Mais il n’est pas nécessaire d’attendre pour se lancer dans le bâtiment respectueux de l’environnement.





Le niveau d’exigence de la prochaine RE2020 (réglementation environnementale 2020) ainsi que la mise en œuvre de la Loi Elan qui prévoit de faire des bâtiments neufs des « puits de carbone », détermineront largement les solutions de structure, de gros-œuvre, de clos-couvert, d’aménagement intérieur qui seront retenues en construction neuve dans 18 mois.

 

En attendant d’être fixés, les acteurs du bâtiment ont pour diverses raisons, déjà entamé le mouvement vers une réduction de l’empreinte environnementale des bâtiments et cela influe dès à présent sur les produits et systèmes que l’on verra à Batimat 2019. Tous les acteurs du bâtiment s’organisent pour construire plus vert.

 

 

 

Le liège, isolant thermique hydrofuge et difficilement combustible, convient parfaitement pour le traitement des ponts thermiques des retours de fenêtres. ©PP

 

Les matériaux biosourcés

 

L’élan vers une construction durable se traduit par une multiplication de l’emploi de matériaux biosourcés. Il existe une définition de la notion de matériau biosourcée, donnée à l’Article 6 de l’Arrêté du 19 décembre 2012 portant sur le label bâtiment biosourcé. Il explique que l’on peut calculer « le contenu biosourcé de tout produit de construction biosourcé et de tout mobilier fixe incorporés dans un bâtiment à la date de son achèvement » à trois conditions.

 

Premièrement, le produit possède une FDES (Fiche de Déclaration Environnementale et Sanitaire), qui démontre que le matériau a fait l’objet d’une déclaration de ses impacts environnementaux.

 

Deuxièmement, si le produit est soumis à l’étiquetage des produits de construction ou de revêtement de mur ou de sol et des peintures et vernis sur leurs émissions de polluants, selon le Décret du 23 Mars 2011, le produit est classé A ou A+ au sens de l’Arrêté du 19 avril 2011.

 

Troisièmement, si le produit est composé de bois ou de dérivés du bois, il dispose de documents attestant la gestion durable des forêts dont il est issu. Cette définition est relativement précise. Biosourcé ne signifie pas naturel : la pierre sèche, la terre crue, les briques, les ardoises ne sont pas des matériaux biosourcés, bien qu’ils soient naturels.

 

 

 

La laine de bois, la fibre de bois et les isolants en coton à base de textiles recycles sont largement disponibles. La laine de bois est disponible à la fois pour l’isolation par l’intérieur et pour l’isolation par l’extérieur. ©PP

 

Quels matériaux biosourcés sont disponibles ?

 

Les matières biosourcées le plus souvent citées sont le bois d’œuvre sous toutes ses formes – éléments de charpente, d’ossature, les panneaux CLT, le bois lamellé-collé, les bardages, les panneaux de contreventement, les parquets, lambris et menuiseries.

 

En font également partie, la paille en tant qu’isolant thermique et acoustique et même en tant qu’éléments de structure, les fibres et laines de bois, le chanvre, le lin, la balle de riz ou de céréales diverses, le coton et le papier recyclé (ouate de cellulose) en tant qu’isolants thermiques et acoustiques, les bétons de chanvre, de bois, de lin, de miscanthus, de colza, etc. en tant qu’enduits intérieurs et extérieurs, remplissage des coffres d’une structure bois ou autre, chappe au sol.

 

Les peintures naturelles entièrement à base d’émulsions et d’huiles végétales se développent également. Côté isolation, l’Acermi certifie 7 matières biosourcées : la laine de bois, les fibres de bois, le liège expansé, des produits « à base de matériaux d’origine animale ou végétale », la ouate de cellulose, le coton.

 

La certification Acermi ne fournit pas une vue complète des emplois possibles des solutions d’isolation thermique biosourcées. Certaines marques ont choisi de passer par des Avis Techniques (Atec) ou des DTA (Document Technique d’Application).

 

 

 

La paille dispose de Règles Professionnelles de Mise en Œuvre. Ce qui permet de considérer son emploi comme une technique traditionnelle et facilite l’assurabilité des ouvrages faisant appel à la paille conformément aux Règles Professionnelles. ©PP

 

La voie des Règles Professionnelles

 

Lorsqu’on se lance dans un projet de construction biosourcé, la difficulté principale est l’assurabilité des ouvrages bâtis. L’une des voies pour rendre une solution biosourcées assurable est le développement de règles professionnelles de mise en œuvre. Le Réseau Français de Construction Paille (RFCP), par exemple, a développé les règles professionnelles de construction en paille « CP2012 ».

 

Elles ont été approuvées le 28 juin 2011 par la Commission Prévention Produit (C2P) de l’Agence Qualité Construction. Depuis janvier 2017, après avoir fait l’objet d’un suivi d’expérience pendant quatre ans, ces règles professionnelles sont acceptées par la C2P, sans plus de suivi du retour d’expérience. Elles constituent désormais le cadre de référence pour l’utilisation de la paille comme isolant et support d’enduit. Le respect de ces règles professionnelles permet d’assurer les ouvrages qui s’y conforment. La paille bénéficie même d’une « FDES à déclaration collective » depuis le 1er septembre 2013.

 

L’association Construire en Chanvre a consenti des efforts analogues et mis au point plusieurs Règles Professionnelles d’Exécution d’ouvrages en Béton de Chanvre pour permettre l’assurabilité de la construction à base de mortiers et de bétons de chanvre : Mur en béton de chanvre, Isolation de toiture, Enduits en mortier, Isolation de sol, Carnet de détails. Il existe une FDES collective depuis Mai 2015 sur la « Structure de mur non-porteuse en béton de chanvre projeté ».

 

 

Il existe toutes sortes de possibilités de bardage bois. Ici, les architectes de la Ferme du Rail à Paris emploient des demi-rondins de châtaigner purement pour la finition esthétique des parois du bâtiment. L’étanchéité à l’air et à la pluie sont assurés par une membrane pare-pluie et par la composition des façades avec isolation thermique répartie en paille. ©PP

 

Deux approches de la construction biosourcée

 

Deux approches sont possibles pour construire biosourcé. La première consiste à remplacer les matériaux habituels par des matériaux biosourcés, sans modifier la conception des bâtiments : substituer des isolants biosourcés à la laine de verre ou à la laine de roche dans l’isolation des combles aménagés, par exemple.

 

En logement et en tertiaire, cela consiste aussi à multiplier les emplois des matériaux biosourcés en structure, en revêtements intérieurs au mur et au sol, en cloisons séparatives, en bardages extérieurs.

 

Dans un premier temps et dans la recherche rapide d’une certification E+C- ou d’un label bâtiment biosourcés, cette première approche convient parfaitement.

 

La seconde approche, qui requiert davantage de travail, implique de modifier la conception des bâtiments pour valoriser aux mieux les qualités des matériaux biosourcés. Derrière cette seconde démarche, apparaît toute une réflexion sur le soutien d’activités économiques locales : paille locale, transformation locale du chanvre, etc.

 

Déconstruction, recyclage et ré-emploi

 

Autre étape dans la construction minimisant l’empreinte environnementale des bâtiments, le recyclage des déchets de chantiers se met en place peu à peu. Des filières se créent sous l’impulsion des industriels pour recycler la laine de verre déposée, le PVC ou l’aluminium des profilés de fenêtres, etc.

 

L’association européenne VinylPlus qui rassemble l’industrie européenne du PVC, estime qu’environ 640 000 tonnes de PVC ont été recyclées en Europe en 2017 et se fixe comme objectif d’en recycler 900 000 tonnes en 2025.

 

Les producteurs de granulats développent des produits à partir de déchets de béton concassé, directement réutilisable pour refaire du béton. Le réemploi de matériaux recyclés dans de nouveaux ouvrages butte toutefois sur des questions réglementaires et normatives.

 

Du point de vue réglementaire, un matériau déposé est le plus souvent un déchet, la réglementation ne permet pas de construire à l’aide de déchets. Le nouveau droit à l’expérimentation doit permettre de prouver l’intérêt du réemploi des matériaux et contribuer à faire évoluer la réglementation.

 

Côté normes, les granulats utilisés en remblaiement de tranchées, en sous-couches de voies de diverses natures, en enrobés, en fabrication de béton, etc. obéissent à des normes précises de résistance mécanique et de comportement dans le temps. Les normes sont souvent en retard sur le souhait des acteurs du BTP d’utiliser des matériaux recyclés.

 

Par exemple, la résistance mécanique présumée des granulats recyclés ne permet pas de les utiliser pour toutes les voies. De même, les normes qui régissent les bétons ne permettent pas d’utiliser des bétons à base de granulats recyclés pour construire des ouvrages structurels.

 

Des structures mixtes

 

Construire en structures bois est une voie sûre vers le verdissement des bâtiments. Toutefois, le bois ne se prête à pas à tous les ouvrages. Il ne convient pas, notamment, aux ouvrages enterrés. En revanche, la mixité des structures bois/béton, acier/bois, acier/béton, bois/béton/acier offrent souvent des solutions originales, rapides et bien adaptées à toutes sortes d’ouvrages.

 

Le bois, l’acier, le béton et les structures mixtes se prêtent bien à la préfabrication – le Hors-site, comme on dit désormais – 2D ou 3D. La préfabrication 3D est limitée par les coûts de transport et les volumes à transporter. Toutes les approches hors-site relèvent de filières sèches qui réduisent drastiquement les délais de construction, au profit d’un temps plus important d’élaboration des ouvrages en atelier.

 

Fenêtres et façades : minimiser les masses vues, maximiser le clair de jour

 

La suppression du CITE, puis son retour et enfin sa concentration sur le changement de fenêtres équipées de simple vitrage aura certainement une influence sur le marché et sur la nature des fenêtres posées en rénovation. Il est un peu tôt pour hasarder un pronostic.

 

Mais quatre tendances générales sont observables à propos des fenêtres et façades. Premièrement, le client final et l’architecte veulent maximiser le clair de jour des fenêtres et façades.  Gammistes et menuisiers traduisent cette demande par un affinement des profilés des fenêtres et par une augmentation de leurs surfaces de vitrages. En ce qui concernent les façades, cette revendication aboutit à de nouveaux développements en vitrage extérieur collé (VEC) où même la colle est transparente.

 

Intégrer diverses fonctions dans les façades

 

La seconde tendance observable est le développement croissant de l’intégration de multiples fonctions, dont le contrôle solaire, les protections solaires, la ventilation et l’éclairage architectural à base de LEDs, dans les façades. Les constructeurs développent simultanément de nouvelles solutions, associant panneaux photovoltaïques et mini-stockages d’électricité, pour rendre fenêtres et façades à la fois multifonctions et autonomes, sans nécessité de raccordement électrique.

 

La troisième tendance est la place de plus en plus importantes du XXL, rendue possible par de nouveaux intercalaires – ces feuilles de matière de synthèse laminées entre deux couches de verre : vitrages planes de plus de 15 m de longueur, vitrages bombés de dimensions inusitées, etc.

 

Quatrième tendance, plusieurs solutions verrières à forte isolation thermique se développent. Le verre occultant qui se teinte pour maximiser le contrôle solaire, qu’il s’agisse d’une couche organique ou électrochrome, est désormais proposé sur le marché français par plusieurs industriels. Le verre double vitrage à couche sous vide revient dans des applications à la fois en froid commercial et en rénovation de fenêtres dans des bâtiments historiques.

 


Source : batirama.com / Pascal Poggi

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