Avec plus de 25 ans passés au sein du groupe CDC Habitat, Myriam Berghout connaît parfaitement les rouages du logement social comme les réalités du territoire francilien. Sa nomination à la tête de la direction régionale Île-de-France intervient dans un contexte particulièrement tendu : alors que les besoins explosent et que l’offre abordable reste insuffisante, le bailleur doit simultanément construire, réhabiliter son patrimoine et imaginer de nouvelles façons de produire du logement. Dans cet entretien accordé à Batirama, elle revient sur sa feuille de route, les contraintes qui pèsent sur la production neuve, la transformation des quartiers et les investissements nécessaires afin d'adapter le parc aux enjeux énergétiques et au vieillissement de la population.
Myriam Berghout a construit l’essentiel de sa carrière dans le logement social, au sein du groupe CDC Habitat et de ses filiales, avec un parcours qui l’a conduite à exercer des responsabilités croissantes en Île-de-France comme en région. Elle débute en 1999 au sein de la SCIC Gestion Île-de-France, avant de rejoindre la Sainte-Barbe, en Moselle, où elle occupe successivement les fonctions de chargée de clientèle, de directrice d’agence adjointe puis de directrice d’agence. En 2007, elle retrouve l’Île-de-France et intègre la direction interrégionale d’Efidis, où elle devient responsable territoriale, avant de prendre la direction de l’agence Est. Six ans plus tard, elle rejoint Adoma, autre filiale du groupe CDC Habitat, et y poursuit son évolution en prenant successivement la direction territoriale de Paris puis celle de la direction déléguée Île-de-France. Depuis septembre 2022, elle occupait le poste de directrice régionale Île-de-France d’Adoma.
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Diplômée d’un Master 2 en droit immobilier et management du logement social, Myriam Berghout, ici en photo, dispose ainsi de plus de vingt-cinq ans d’expérience dans le secteur du logement social et de sa gestion opérationnelle. Son parcours est également marqué par plusieurs distinctions, puisqu’elle est chevalier de la Légion d’honneur et titulaire de la médaille de la sécurité intérieure. © Maya Angelsen
Myriam Berghout : J’ai rejoint le groupe CDC Habitat il y a vingt-sept ans et j’y ai construit l’ensemble de mon parcours professionnel. Piloter l’activité de la direction régionale Île-de-France s’inscrit donc dans la continuité de cet engagement, mais aussi dans la volonté de mettre mon expérience au service d’un territoire où les enjeux de logement sont particulièrement importants. Ma priorité, dans les premiers mois, est d’abord d’écouter et de comprendre. Je souhaite aller à la rencontre des équipes, des locataires, des élus et de nos partenaires afin de partager un diagnostic précis des réalités territoriales et des attentes. Cette proximité est indispensable pour agir de manière juste et efficace.
Ma feuille de route est claire : renforcer la qualité de service rendue aux locataires, accompagner les collaborateurs dans l’exercice de leurs missions, maîtriser nos enjeux opérationnels et poursuivre les projets stratégiques engagés par le groupe CDC-Habitat. J’aborde cette responsabilité avec détermination, proximité et humilité, mais aussi avec une grande fierté : celle de poursuivre, avec les équipes, notre action en faveur du logement et au service de l’intérêt général.
Myriam Berghout : Le premier objectif est naturellement d’accroître l’offre de logements abordables. En Île-de-France, les besoins sont considérables et concernent des profils très divers : les familles, les jeunes actifs, les étudiants, les salariés essentiels, mais aussi les personnes âgées ou en situation de fragilité. En 2025, nous avons livré 6 416 logements neufs et mis en chantier 3 844 logements sur le territoire francilien. C’est une dynamique importante, mais elle ne suffit pas à répondre à l’ensemble des besoins. Nous devons donc produire davantage, mais surtout produire là où les besoins sont les plus forts, en proposant des logements adaptés aux ressources et aux parcours de vie des habitants.
Ensuite, Il nous faut également améliorer le patrimoine existant en travaillant la rénovation énergétique, le confort d’été, l’accessibilité et la qualité du cadre de vie qui constituent des attentes très fortes. Cette transition doit être conduite avec une attention particulière portée à la maîtrise des charges pour les locataires.
Enfin, nous devons améliorer la fluidité des parcours résidentiels et renforcer la qualité de service. Produire des logements et accompagner les habitants dans la durée relèvent d'une même exigence : répondre aux besoins des Franciliens de façon concrète et durable.
Myriam Berghout : La production de logements neufs reste indispensable pour répondre à l’ampleur des besoins en Île-de-France. Elle conserve donc une place centrale dans notre stratégie, avec une priorité claire qui est celle de développer une offre abordable, de qualité et adaptée aux attentes des territoires comme aux ressources des ménages. Pour autant, les conditions de production sont aujourd’hui particulièrement exigeantes. Dans une région déjà très urbanisée, où le foncier disponible est rare et coûteux, nous ne pouvons plus raisonner uniquement en termes de construction sur des terrains libres. Produire de nouveaux logements suppose de mobiliser simultanément plusieurs leviers : construire lorsque des terrains sont disponibles, transformer des bureaux en logements, reconvertir des friches ou encore densifier des sites déjà bâtis lorsque cela est pertinent et accepté par le territoire. Cette approche se traduit déjà par plusieurs opérations franciliennes. À Paris, l’ancien siège de Walt Disney est ainsi transformé en résidence étudiante. À Thiais et Orly, une ancienne zone logistique de 14 hectares est reconvertie en un nouveau quartier de 3 000 logements, associant logements sociaux et intermédiaires, résidences étudiantes et seniors, ainsi qu’une offre en accession à la propriété.
Nous nous appuyons également sur la maîtrise d’ouvrage directe. Aujourd’hui, 78 % des logements sociaux construits par CDC Habitat Île-de-France le sont selon ce mode de production. Il nous permet de mieux maîtriser les coûts, la qualité des opérations, leur performance environnementale et leur adaptation aux besoins des territoires. L’enjeu est de continuer à produire là où les besoins sont les plus forts, tout en trouvant pour chaque territoire les solutions les plus adaptées à ses contraintes et à ses perspectives de développement.
Myriam Berghout : La réhabilitation du parc existant est une priorité majeure. En 2025, nous avons lancé la réhabilitation de 2 414 logements en Île-de-France. L’enjeu est à la fois d’améliorer le confort des locataires, de réduire les consommations d’énergie et les charges, mais aussi d’adapter le patrimoine aux enjeux environnementaux et à l’évolution des besoins des habitants. À Noisy-le-Grand, nous menons par exemple la réhabilitation du Palacio (441 logements) sur le site emblématique des Espaces d’Abraxas, avec un programme de travaux qui porte notamment sur l’isolation, le remplacement des fenêtres, des portes palières et des systèmes de ventilation, mais aussi sur la rénovation des parties communes.
Pour autant, la réhabilitation ne peut être la seule réponse. Dans une région où le foncier est rare, la transformation de bureaux, la reconversion de friches, les opérations de renouvellement urbain ou encore certaines formes de densification sont également des leviers essentiels.
Myriam Berghout : Nous devons faire évoluer notre offre pour qu’elle corresponde à la diversité des situations et des parcours de vie. Les besoins sont particulièrement importants chez les jeunes et les étudiants, pour lesquels le logement constitue souvent une condition d’accès aux études, à l’emploi et à l’autonomie.CDC Habitat Île-de-France gère aujourd’hui plus de 5 000 logements étudiants et poursuit le développement de cette offre.
Nous devons également mieux répondre à l’évolution des structures familiales, notamment aux besoins des familles monoparentales, en proposant des logements adaptés à la taille et aux ressources des ménages. L’enjeu est de disposer de logements bien dimensionnés, ni trop petits, ni trop grands, et dont le coût global demeure soutenable. Le vieillissement de la population appelle également des réponses spécifiques. Il s’agit de permettre aux personnes âgées de rester dans leur logement lorsqu’elles le souhaitent, en réalisant les adaptations nécessaires, mais aussi de les accompagner vers un logement plus adapté lorsque leur situation évolue.
La diversité de l’offre de CDC Habitat constitue à cet égard une véritable force. Elle nous permet d’apporter des réponses différenciées et d’accompagner les parcours résidentiels dans le temps. Notre objectif est simple : proposer à chacun un logement adapté à sa situation, à ses ressources et à son étape de vie.
Myriam Berghout : Mon expérience à la direction régionale Île-de-France d’Adoma m’a d’abord permis d’acquérir une bonne connaissance du territoire francilien et de sa diversité. Les besoins ne sont pas les mêmes selon les départements, les bassins de vie ou les situations locales. Pour agir efficacement, il faut comprendre ces réalités, connaître les acteurs et construire des réponses adaptées à chaque territoire. Cette expérience m’a également donné une connaissance très concrète des publics et de la diversité de leurs parcours. J’ai été au contact de personnes confrontées à des difficultés d’accès au logement, à des ruptures familiales ou professionnelles, à des parcours migratoires traumatisants, à l’isolement ou à la perte d’autonomie. J’ai appris à regarder au-delà de la seule demande de logement, pour mieux comprendre la situation de chacun et identifier la réponse la plus adaptée. Dans ma nouvelle fonction, cette double connaissance, celle des territoires et celle des publics, constitue un véritable atout. Elle me permet d’aborder les enjeux du logement en Île-de-France avec une vision à la fois globale et très ancrée dans les réalités locales.
Myriam Berghout : En Île-de-France, certains quartiers doivent être repensés dans leur ensemble, en lien étroit avec les collectivités, les habitants et l’ensemble des acteurs qui participent à leur transformation. Il ne s’agit pas seulement de réhabiliter des bâtiments, mais de réfléchir à la manière dont le quartier fonctionne et dont il répond aux besoins de ses habitants : la qualité des logements, les espaces publics, les équipements, les commerces, les circulations, les mobilités ou encore la place de la nature. Les grands ensembles disposent souvent de véritables atouts, mais certains nécessitent aujourd’hui une transformation profonde afin d’être mieux adaptés aux évolutions sociales, démographiques et climatiques. Le renouvellement urbain doit ainsi permettre d’améliorer durablement le cadre de vie, de diversifier l’offre de logements et de mieux intégrer ces quartiers à leur environnement. C’est ce que nous faisons dans le quartier Orgemont, à Épinay-sur-Seine, où CDC Habitat gère 2 213 logements. Le programme engagé prévoit la démolition de 1 100 logements, la construction de 1 600 logements neufs et la réhabilitation de 1 102 logements. L’objectif est de transformer durablement le quartier et de l’adapter aux besoins actuels et futurs de ses habitants.
Le rôle d’un acteur comme CDC Habitat ne s’arrête cependant pas à la transformation physique des quartiers. En tant que bailleur social, nous sommes présents avant, pendant et après les opérations. Nous devons associer les habitants aux projets, les informer, les accompagner tout au long des transformations et veiller à ce qu’elles produisent une amélioration concrète et durable de leur quotidien. Cet engagement se traduit également par des actions de proximité. En 2025, nous avons ainsi réinvesti 11 millions d’euros issus de l’abattement de taxe foncière dans les quartiers prioritaires et mené 379 actions de développement social urbain. Notre responsabilité est donc double : transformer le bâti et la ville, mais aussi accompagner les habitants et contribuer, dans la durée, à la qualité de vie et à la cohésion sociale des quartiers.
Myriam Berghout : La transition énergétique constitue un enjeu majeur pour CDC-Habitat Île-de-France, à la fois pour réduire l’empreinte environnementale de notre patrimoine, améliorer le confort des habitants et mieux maîtriser leurs dépenses énergétiques. Notre défi consiste à cibler les interventions les plus utiles et les plus efficaces, en tenant compte des caractéristiques de chaque résidence, de son état technique, de ses performances énergétiques et des besoins exprimés par les habitants. Il n’existe pas de réponse unique : chaque opération nécessite un diagnostic précis et une combinaison de solutions adaptée.
À Montigny-le-Bretonneux, la rénovation des 182 logements de la résidence Les Reflets illustre cette approche. Le programme combine isolation intérieure et extérieure, remplacement des menuiseries et amélioration du système de ventilation. À l’issue des travaux, la résidence doit passer d’une étiquette énergétique D à B, tandis que ses émissions de carbone devraient être réduites de 9 à 3 kg de CO2 par mètre carré et par an. Notre objectif est que ces travaux se traduisent concrètement dans la vie quotidienne des locataires, par un meilleur confort en hiver comme en été, une meilleure qualité d’usage des logements et une maîtrise durable des consommations.
L’équilibre économique se construit opération par opération. Il suppose de rechercher le meilleur niveau de performance possible, tout en maîtrisant le coût des travaux, en préservant notre capacité d’investissement et en veillant à ce que la transition énergétique ne se traduise pas par une augmentation des charges pour les résidents.
Myriam Berghout : En Île-de-France, nous sommes confrontés à plusieurs contraintes qui se cumulent. Le foncier est rare, les projets supposent souvent de recomposer des sites déjà urbanisés ou de transformer des actifs existants, ce qui accroît leur complexité, tandis que les coûts de construction restent élevés. À cela s’ajoutent les exigences environnementales et réglementaires, mais aussi la nécessité de construire des projets qui répondent aux attentes des collectivités et s’intègrent dans leur territoire. Notre enjeu est de continuer à produire et à réhabiliter malgré ces contraintes. Cela suppose de travailler très en amont avec les collectivités et l’ensemble des acteurs concernés pour trouver, territoire par territoire, les solutions qui permettent de faire aboutir les projets. Les contraintes foncières, urbaines et démographiques varient fortement d'un territoire francilien à l'autre. Il n'existe donc pas de solution unique : notre rôle est d'adapter les réponses aux réalités locales pour continuer à développer une offre de logement répondant aux besoins des habitants.
Myriam Berghout : Je voudrais que nous continuions à développer une offre de logements adaptée aux besoins des territoires.
Je souhaite que nous poursuivions l'amélioration du confort et de la performance énergétique de notre patrimoine et l’adaptation à l’évolution des besoins des franciliens, qu’il s’agisse des jeunes, des familles ou des locataires qui vieillissent dans leur logement.
Mais notre réussite ne se mesurera pas uniquement au nombre de logements construits ou réhabilités. Elle se mesurera aussi à la qualité de service que nous apportons et à la satisfaction de nos locataires. Si nous avons continué à développer l’offre de logements tout en améliorant concrètement le cadre de vie et la satisfaction des locataires de notre parc, en lien avec les collectivités, les habitants et les partenaires locaux, alors je pourrai considérer que nous avons avancé dans la bonne direction.