Son histoire a marqué les esprits à la fin du XIXe siècle : la chapelle Notre-Dame-de-Consolation, aujourd’hui coincée entre deux hauts immeubles du 8e arrondissement de Paris, a été bâtie sur le lieu d’une tragédie, l’incendie du Bazar de la Charité, qui le 4 mai 1897 a fait au moins 125 victimes, en grande majorité des femmes et des enfants.

La chapelle avant échafaudage. © Coanus
Voulu comme un mémorial magnifique par les familles des victimes les plus argentées, ce bâtiment de style Louis XVI a été inauguré en mai 1900 pour l'Exposition universelle (et son architecte, Albert Guilbert, médaillé d'or à cette occasion). Il a subi les outrages du temps et sa toiture dégradée laissait la pluie abîmer les remarquables ornements intérieurs.

En attendant la restauration intérieure, les décors de la coupole sont préservés par la prise de mesures conservatoires, qui par ailleurs évitent la chute de plâtre durant les offices. © EJH
Pour la restauration complète de la chapelle, la congrégation religieuse locataire des lieux a fait appel à un architecte du patrimoine passionné, Arnaud Vialatte de Pémille, qui a à son tour engagé dans l’aventure une entreprise vosgienne non moins passionnée, Coanus, sur le lot charpente-couverture. Il fallait un intervenant à la hauteur de l’enjeu pour réussir la restauration de la toiture à l’identique. "À l’époque de la construction, le gros œuvre avait été achevé en moins de trois ans, ce qui était très rapide ; mais l’ouvrage était de qualité", note l’architecte. Presque 130 ans plus tard, et malgré quelques travaux dans les années 2000, les dégâts sur la toiture en plomb étaient tels qu’il fallait envisager de reprendre l’ouvrage à zéro.
Guillaume Fernandez, directeur général de la branche Couverture de Coanus (à g.) et l’architecte Arnaud Vialatte de Pémilly. © EJH
L’architecte a confié la restauration de cette toiture assez technique à Coanus et s’en félicite. La restauration patrimoniale constitue l’un des métiers historiques de l’entreprise créée en 1929 à Igney (88). L’entreprise vosgienne maîtrise tous les matériaux de couverture – plomb, cuivre, zinc, alu, ardoise, tuile, bardeaux…
Qualifiée Qualibat 3194, elle dédie 30 % des 80 collaborateurs de sa branche Couverture au patrimoine historique – la couverture totalisera environ 15 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année). Elle affiche de belles références, notamment au travers de l’agence spécialisée dans les Monuments historiques qu’elle a créée en 1985.
Entre autres, Coanus a participé à la reconstruction de la toiture de Notre-Dame de Paris, en groupement avec cinq autres entreprises de couverture ; un chantier très contraignant qui aura duré deux ans, à la fois sur site et dans son atelier vosgien de pliage à façon.
En 2025, une antenne dédiée aux opérations de maintenance et d’entretien de couvertures en milieu urbain ouvre à Chelles (77). "Cela nous permet de répondre avec plus de réactivité aux nombreuses demandes en patrimoine historique dans et autour de Paris. Nous intervenons notamment sur les toitures de l’Élysée et de l’Assemblée nationale", indique Guillaume Fernandez. Le dirigeant de la branche Couverture tient à préciser que tous les collaborateurs de Coanus, quel que soit leur poste, ont été formés dans l’entreprise avant tout au travail de chantier. "Nous avons tous la passion du métier et nous faisons tout pour la transmettre à nos apprentis ; c’est indispensable pour conserver notre savoir-faire et nos valeurs."

Une fois restaurés à l’atelier et remis en place, les ornements en plomb massif ont été redorés sur place. © EJH
Notre-Dame-de-Consolation est un chantier particulièrement intéressant pour Coanus : la toiture entièrement couverte de plomb coulé sur sable se compose d’un vaste dôme, de terrassons et d’un dôme aux dimensions plus modestes mais à la courbure plus forte, au-dessus de l’abside. Un gros travail de calepinage a été réalisé pour reproduire parfaitement l’aspect d’origine.
Débuté en février 2025, le chantier s’achève dans deux mois. Il fait appel au façonnage de tables de plomb coulé sur sable sur l’intégralité de la toiture. Les dômes sont montés en une double voute en brique – conservée en l’état –, recouverte d’une bonne épaisseur de plâtre, de papier anglais puis de feuilles de plomb. Sur les terrassons, partie plane de la toiture, les tables de plomb recouvrent des dalles de pierre recouvertes de plâtre et de papier anglais. Les pièces les plus importantes mesurent 1x2m, ce qui représente un poids d’environ 80 kg.

Les tables sont solidarisées par des pattes en cuivre étamé contre soudées sur celles du dessous et repliées. © EJH
Des précautions sont prises pour la manipulation : masques et gants préviennent le contact avec le matériau et un pédiluve en sortie de toiture permet d’éviter de disséminer des particules de plomb. Les poseurs disposent aussi de douches dans la base-vie située dans la cour intérieure du bâtiment.
.jpg)
La statue de Vierge de plusieurs mètres de haut qui domine la toiture est supportée par une structure métallique cachée dans le dôme, qui a simplement été repeinte. © EJH
"Il a fallu nous perfectionner dans le plâtre pour reconstituer la sous-face" admet le Nabil Tabti, le conducteur de travaux, qui précise aussi : "une ossature bois a été noyée dans le plâtre à certains endroits pour mieux ancrer certains ornements". La dépose a été réalisée par les équipes qui ont ensuite posé, ce qui est primordial pour analyser les points faibles de la toiture et parvenir à les corriger.
Si l’aspect final est identique à l’original, les couvreurs ont su adapter les techniques afin de pérenniser l’ouvrage pour "au moins trois générations”, comme le souhaite le dirigeant.

Par exemple, pour éviter de reproduire certaines arrêtes formées sur tasseau, qui avaient été cisaillées avec le temps car trop vives, les nouveaux éléments en relief ont été légèrement arrondis. © EJH
Les zones d’infiltration d’eau étaient liées au fluage du plomb (déformation et glissement dans les pentes), ou à des recouvrements un peu courts. Les chevauchements des nouvelles tables ont été réalisés avec des recouvrements plus larges et un ancrage renforcé a permis d’assurer leur stabilité dans les zones de forte pente. "Nous savons qu’aucun matériau n’est jamais parfaitement étanche" souligne Guillaume Fernandez, "le but est donc de guider l’eau là où elle pourra s’écouler sans problème".

Sous les raccords ont été placées des chemises de garantie en cuivre, qui permettront d’assurer l’étanchéité tout en guidant l’eau. © EJH

Détail de points d’écoulement, ce petit serpentin en plomb guide l’eau de pluie vers la gouttière. © EJH
Malléable, réemployable, durable, le plomb est un matériau aux multiples avantages. Retrouvé en Turquie dans des statues datant de 3800 avant Jésus Christ, largement employé par les Romains, il trouve en France un usage courant dans l’architecture religieuse depuis le Moyen-âge. À Notre-Dame-de-Consolation, les tables de plomb déposées ont dû être expédiées en Grande-Bretagne pour être fondues et coulées sur sable selon une technique ancestrale qui ne perdure plus que dans deux fonderies artisanales des alentours de Birmingham (mais avec des protections modernes pour les opérateurs !).
Coanus a réceptionné des rouleaux de feuilles de plomb de 3 mm d’épaisseur, qu’il a fallu aplanir puis "former" sur site au moyen d’une planche à barder. "Nous battons la feuille de plomb sur le support au moyen de battes, puis nous affinons", précise Josselin Viard, le chef de chantier.
Josselin Viard montre de la laine de plomb. © EJH

La jonction table de plomb-pierre est réalisée en tapant de la laine de plomb roulée en boudin dans la gorge de la pierre engravée. Le résultat est invisible. © EJH
La métallurgie est le deuxième employeur et premier secteur exportateur et investisseur du département des Vosges. Si Coanus fait montre d’une compétence particulière dans la restauration de monuments historiques prestigieux, d’autres entreprises vosgiennes oeuvrent dans la métropole parisienne. Elles affichent leurs savoir-faire, à la fois historiques et d’avant-garde en matière numérique, sur des chantiers emblématiques.
Parmi elles, citons Viry, spécialiste des structures métalliques architecturales complexes, qui a, entre autres, réalisé les Nuages de la Grande Arche, la Canopée des Halles, les Anneaux olympiques de la Tour Eiffel et plusieurs gares RER.

Canopée des Halles. © Viry
Spécialisée dans la conception, la fabrication, le traitement de surface de structures métalliques, Framatec participe notamment à la restructuration et la modernisation de la Tour Opus 12, à La Défense. Autre exemple : elle réalise la mise en œuvre des dômes, toiture, escaliers, passerelles, cages d’ascenseurs et structures de quai de la gare de Sevran-Livry du Grand Paris Express.

Tour Opus 12, à La Défense. © Framatec
Autre spécialiste de la construction métallique, Waltefaugle Bâtiment intervient sur des réhabilitations lourdes, transformations de bâtiments existants, charpentes complexes, verrières, monuments historiques et grands équipements.

Pour la gare de Villejuif - Grand Paris, Waltefaugle Bâtiment a notamment réalisé une partie importante de la charpente métallique, les impostes de quai, les fûts, les édicules et la toiture. © Waltefaugle
Ces Ambassadeurs des Vosges exportent leur savoir-faire à l’international, parfois très loin de leur département d’origine. Ils contribuent à valoriser les entreprises, les métiers et les filières, à développer les collaborations et à renforcer l’attractivité du département.
Soudeurs, chaudronniers, dessinateurs, conducteurs de travaux, restaurateurs du patrimoine, ingénieurs… Les ouvrages réalisés à Paris et ailleurs commencent dans les ateliers et les bureaux d’études vosgiens. Ce territoire industriel dispose aussi d’un véritable écosystème de formations, du CAP au diplôme d’ingénieur, qui accompagne les transformations de l’industrie tout en maintenant des compétences rares.
Source : batirama.com / Emmanuelle Jeanson / EJH