Après le vote de la loi de programmation en août 2025, le gouvernement veut désormais accélérer la reconstruction de Mayotte. En déplacement dans l’archipel, le Premier ministre Sébastien Lecornu appelle à multiplier les chantiers, mais aussi à revoir les modalités de financement comme à standardiser certains bâtiments publics pour réduire les délais. Jeudi, au deuxième jour de sa visite consacrée à la reconstruction de l’archipel, le Premier ministre a ainsi appelé à "créer un choc de mises en chantier", une formule qui résume la nouvelle priorité affichée par l’exécutif : faire démarrer rapidement davantage d’opérations.
Le cyclone Chido, qui a frappé Mayotte en décembre 2024, a fait au moins 40 morts et détruit de nombreuses habitations. Une loi de programmation a été adoptée en août 2025, mais une partie des projets peine encore à se concrétiser.
Lors de sa visite d’une salle de sport récemment construite à Mamoudzou, Sébastien Lecornu a pris cet équipement comme exemple de ce qu’il souhaite voir se multiplier sur le territoire : "il faut se bouger, il ne faut pas forcément bavarder tout le temps, il faut travailler" pour avoir "d'autres gymnases comme ça", a affirmé le Premier ministre aux côtés du maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaïla.

Jeudi 27 août 2026, Sébastien Lecornu, accompagné des ministres Naïma Moutchou et Édouard Geffray, s’est rendu à Kawéni pour suivre l’avancement des chantiers engagés dans le cadre du Nouveau Programme national de renouvellement urbain (NPRU). © Bibi Mariame Halidi
Afin d'accélérer les opérations, le chef du gouvernement veut également faire évoluer la relation financière entre l’État et les collectivités. L’objectif est de faciliter la mise en œuvre des projets, mais cette évolution s’accompagne d’une exigence adressée directement aux maires : les décisions doivent pouvoir être suivies rapidement sur le terrain. "Si l’État délègue différemment, il faut que vous [les maires], derrière, soyez capables de vite délivrer les permis".
Le permis de construire apparaît ainsi comme l’un des points de passage à fluidifier pour éviter que des opérations déjà financées ou programmées restent bloquées avant leur lancement.
Sébastien Lecornu entend également réduire les délais en standardisant davantage la conception de certains équipements. En effet, le Premier ministre souhaite notamment pouvoir reprendre un même modèle pour plusieurs bâtiments, comme des collèges, plutôt que de repartir à chaque fois sur une conception entièrement spécifique, une approche visant à réduire aussi bien les coûts d’études que les délais de réalisation. "Si chacun veut son prix d'architecture, c'est plus cher et c'est dix ans de plus. Si on prend un bon standard de construction, y compris sur les sujets environnementaux et énergétiques, et de résilience aux catastrophes climatiques, il faut industrialiser", a-t-il soutenu.
À Mayotte, cette standardisation doit toutefois intégrer les contraintes propres au territoire. Le Premier ministre cite explicitement les performances environnementales et énergétiques, mais aussi la capacité des bâtiments à résister aux catastrophes climatiques. L’enjeu n’est donc pas seulement de construire plus vite : il s’agit aussi de disposer de bâtiments publics capables de répondre durablement aux conditions auxquelles l’archipel est exposé.
Le discours de Sébastien Lecornu intervient alors que la reconstruction demeure au cœur des attentes locales. Après avoir visité la salle de sport, le Premier ministre a rencontré des écoliers qui avaient déjà effectué leur rentrée lundi. Le gouvernement cherche ainsi à mettre en avant les réalisations concrètes alors que plusieurs projets restent à débloquer. La stratégie repose désormais sur une chaîne plus courte : des financements adaptés, des collectivités capables de délivrer rapidement les autorisations et des modèles de construction pouvant être reproduits.
La visite du Premier ministre a débuté sur fond de campagne présidentielle, avec une manifestation au terme de laquelle un syndicaliste a été placé en garde à vue. La députée Liot (indépendante) Estelle Youssouffa a, de son côté, vivement critiqué la "com'" du gouvernement.
La question migratoire s’est également invitée dans les échanges. Jeudi, Sébastien Lecornu a répondu sur le réseau X à Mathilde Panot, cheffe de file des députés Insoumis, qui l’accusait de vouloir "jeter des gens à la mer" en proposant de "militariser" la lutte contre l’immigration clandestine. "Laisser entendre que le rôle de nos armées serait de jeter des gens à la mer est une infamie", a-t-il écrit.
La visite de la ministre de la Santé Stéphanie Rist au centre hospitalier de Mayotte a par ailleurs donné lieu à de vives interpellations des deux députées de l’archipel, Estelle Youssouffa et Anchya Bamana (Rassemblement national). L’établissement doit être agrandi, mais la question du logement des soignants demeure notamment posée.