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Le bois et la brique à Évry

Maison des Services Publics à Évry-Courcouronnes

À Évry-Courcouronnes, deux ouvrages publics récents, signés par de jeunes agences dans le vent, associent le bois et la brique de terre cuite pleine. Option belge ou génie du lieu ?



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Sous l’invocation de Mario Botta et de sa cathédrale, la ville nouvelle d’Évry, et désormais Évry-Courcouronnes, a une affinité particulière avec la brique. Quand la mairie a voulu décloisonner plusieurs quartiers repliés sur eux-mêmes, en les dotant d’un service publique inclusif et diversifié, l’agence HEMAA a fait le bon choix en reprenant, jusque dans les joints, une brique rouge qui évoque les ouvrages de la place centrale d’Èvry – cathédrale, mairie, CCI. Pour autant, l’utilisation de la brique sur MOB n’est pas courante à Évry.

 

 

Approches contemporaines

Dans le quartier Horizons, la livraison de l’école Missak et Mélinée Manouchian a précédé de quelques mois la livraison de la Maison des Services Publics Jacques Prévert. La fin du chantier a été accélérée pour reloger l’école des Coquibus sinistrée. L’agence Tracks utilise également la brique sur MOB, mais de façon différente jusque dans les calepinages. Par ailleurs, la brique pleine est blanche.

 

Les colonnes de la circulaion de l'étage (escalier escamoté) reprennent la trame du mur-rideau. Les solives du plafond, le mur-rideau et les colonnes dialoguent avec l'à plat  rouge d l'autre face du hall. © Jonas Tophoven

 

 

Brique sur MOB, pas de technique courante

Les deux agences butent sur les mêmes enjeux techniques. Comme la façade en brique sur MOB est une évidence en Belgique, elle était inscrite dans les techniques courantes en France. Mais elle ne l’était plus au moment où Kevin Guidoux, alors pour Artbuild, a voulu réutiliser les briques de la façade de l’Agora à Maisons-Alfort devant une nouvelle construction bois, en 2021. Il a fallu une Atex et Kevin Guidoux a même inventé ses connecteurs anti-déversement, il est vrai dans un cadre de réemploi sans jointoiement. Dans tous les cas, les murs auto-porteurs en brique pleine doivent être reliés à la structure porteuse de part en part, mais cette dernière, en bois, n’agit pas de la même manière à cause de sa matière et de sa flexion. Il faut donc renforcer la structure bois par rapport au dimensionnement courant. Et il faut ménager de fins joints de fractionnement verticaux.

 

 

La brique pleine, retour en grâce après 30 ans

Les tiges anti-dévers ménagent une lame d’air qui permet à l’air chauffé de s’évacuer sans réchauffer l’intérieur. Pour le reste, la construction bois est idéalement protégée de la pluie et du vent de façon relativement peu coûteuse et pérenne. La brique intéresse les frugaux parce que le matériau de base est de la terre, et que certains acteurs mettent en avant la réduction de l’impact carbone de la cuisson.

La brique de terre crue stabilisée ou non, et le pisé, attirent l’attention des architectes vers la brique cuite pleine et sa matérialité. Dans le cas d’Évry il s’agit aussi de prévenir le vandalisme. Cela n’empêche pas une utilisation en claustra, mais sur l’un des côté de la Maison des services publics, des briques en verre on dû combler les orifices : joli mais cher.

 

Utilisation du CLT vertical sur le chantier en cours en octobre 2025. © Jonas Tophoven

 

 

Un calepinage total

Comme on pouvait s’y attendre de la part d’Hemaa, le recours à la brique devient un travail de conception ludique à la fois dans la déclinaison des surfaces et dans son rapport avec le bois d’aspect si différent, tout en lignes et pas en pixels. À l’extérieur, ce qui frappe d’abord, c’est l’affirmation de la brique sur toute hauteur avec des blocs à crêtes légèrement obliques pour masquer, également en 5e façade devant le regard des occupants de tours avoisinantes, les CTA spécifiques à chacune des trois entités reliées par un hall de grande envergure. Le jeu du claustra vide dialogue avec quelques motifs avec briques en relief. On retrouve les claustras, parfois sur une même paroi, alternant un masquage total de baie, ou un masquage partiel. Dans ce cas, le bois se révèle en menuiserie et en imposte avec planche à pourrir masquant le store extérieur. Ces "poutres" se retrouvent dans les enjambements vitrés entre les trois blocs (murs-rideaux), notamment dans le hall central de liaison.

 

 

Claustra acoustique

On y retrouve de façon inversée le jeu entre la brique et le bois. Le bois domine (Rubner) avec ses orientations perpendiculaires tramées, la brique dialogue et les claustras permettent, sur toute une paroi latérale du hall, de masquer la correction acoustique, et les bouches de ventilation. Entre les solives, il faudra toutefois ajouter des panneaux en bois à micro-perforation pour compléter la correction. L’art d’HEMAA est d’éviter des interférences dans ce dialogue graphique, notamment en forçant les à-plats rouges face à des trames de bois épaisses et marquées. L’escalier oblique est escamoté, les garde-corps et leurs trames fines deviennent transparents.

 

Mur-rideau filant dans le grand hall d'accueil, verticalité souligné, ou plutôt la linéarité horizontale et verticale spécifique au bois. © Jonas Tophoven

 

 

Le plein, le vide et tout le reste

À cela s’ajoute la petite touche de bonheur de la cour intérieure dédiée à la crèche. Des pergolas périphériques en bois projettent sur le jeu brique/bois des ombres portées linéaires et pixellisées qui tiennent à la fois de la ligne des bois et des briques. De la même manière, les claustras distribuent les ombres portées à l’intérieur. L’ombre crée le troisième élément, après la surface altérée des parois en brique, et les réseaux parallèles de poutres en bois, une autre façon encore de faire alterner les vides et les pleins. Quand les parois sont globalement lisses, les trames structurelles régulières, le jeu de lumière devient contrôlé. Cela ne résume pas le savoir-faire de l’agence que le maître d’ouvrage salue pour ses capacités d’empathie et d’écoute. Mais cela replace l’ouvrage dans ce contexte urbain exceptionnel d’architecture moderne, avec une belle réponse au brutalisme des beaux jours dans notre monde brutal. Dommage que l’originale confrontation de matériaux soit aussi celle de deux mondes qui se comprennent mal, et que la brique soit sujette à des remontées de salpêtre non contrôlées.




Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Jonas Tophoven

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.
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