Alors que les tensions commerciales s'intensifient entre les grandes puissances économiques, une étude de l'OCDE met en lumière le rôle croissant des aides publiques dans la compétitivité industrielle mondiale. Selon l'organisation internationale, le soutien massif accordé par les États, et plus particulièrement par la Chine, contribue largement aux bouleversements observés depuis deux décennies dans plusieurs secteurs stratégiques.
L'OCDE estime que les aides publiques accordées à quinze grands secteurs industriels ont atteint un niveau inédit depuis la crise financière de 2008. En 2024, elles représentaient en moyenne 1,3 % du chiffre d'affaires des entreprises concernées à l'échelle mondiale. Cette évaluation, que l'organisation qualifie elle-même de "prudente", repose sur l'analyse des principales entreprises opérant dans des secteurs aussi variés que l'automobile, l'acier, les semi-conducteurs, l'aéronautique, la construction navale, les panneaux photovoltaïques ou encore les équipements de télécommunications.
Pour établir ses calculs, l'OCDE prend en compte un large éventail de dispositifs publics : subventions directes, avantages fiscaux, mais aussi prêts bonifiés accordés par des institutions financières publiques. Au total, ces soutiens ont représenté près de 108 milliards de dollars en 2024, selon les données compilées dans la base MAGIC (Manufacturing Groups and Industrial Corporations), développée par l'organisation.
L'étude souligne plus particulièrement le poids des aides publiques dans l'ascension industrielle de la Chine. Selon les analyses de l'OCDE, près de 60 % des gains de parts de marché mondiales réalisés par les entreprises chinoises dans les secteurs étudiés peuvent être attribués aux soutiens financiers reçus de la puissance publique.
Ce constat remet en perspective la progression spectaculaire enregistrée par certains groupes chinois dans des filières stratégiques comme les panneaux solaires, la sidérurgie ou la construction navale. Pour l'organisation, cette montée en puissance ne s'explique pas uniquement par la performance industrielle ou technologique des entreprises concernées, mais également par l'ampleur du soutien accordé par l'État. Cette politique de soutien massif a permis aux industriels chinois de renforcer considérablement leur présence sur les marchés internationaux en l'espace d'une vingtaine d'années.

En l'espace de deux décennies, les fabricants chinois de panneaux solaires se sont imposés comme des acteurs incontournables du marché mondial : une domination qui ne s'explique pas uniquement par les économies d'échelle, les capacités industrielles ou les avancées technologiques réalisées par ces entreprises, mais également par l'importance des soutiens publics dont elles ont bénéficié. © Magnific
Si le niveau des aides publiques observé aujourd'hui rappelle celui atteint lors de la crise financière mondiale de 2008-2009, l'OCDE souligne une différence majeure : le contexte économique. Le pic enregistré en 2009 s'inscrivait dans une période de forte récession internationale et répondait à des mesures exceptionnelles de soutien à l'économie. À l'inverse, la hausse constatée en 2023 et 2024 intervient dans un environnement économique bien différent.
Pour l'organisation, cette évolution traduit une transformation plus profonde des politiques industrielles. Les aides publiques ne relèvent plus seulement de dispositifs conjoncturels destinés à amortir une crise, mais s'inscrivent désormais dans des stratégies de long terme visant à :
– renforcer la souveraineté économique ;
– Sécuriser les chaînes d'approvisionnement ;
– Et soutenir la transition énergétique.
Une dynamique qui concerne désormais l'ensemble des grandes puissances industrielles et qui pourrait continuer à remodeler durablement la concurrence mondiale dans les années à venir.