Présenté comme l’un des projets industriels les plus ambitieux de la filière photovoltaïque française, Carbon devait incarner la relocalisation d’une production européenne de panneaux solaires face à la domination asiatique. Hélas, trois ans après son lancement, le projet de giga-usine prévu à Fos-sur-Mer s’effondre pourtant avant même d’avoir vu le jour, emporté par l’absence de cadre européen jugé suffisamment protecteur et par une concurrence chinoise toujours écrasante sur le marché mondial du photovoltaïque.

Avec ce projet de méga-usine, Carbon revendiquait pour l'industrie photovoltaïque "le plus important projet européen", avec "un investissement de 1,7 milliard d'euros". L'entreprise envisageait de créer 3 000 emplois directs et durables, et au moins 9 000 emplois indirects pour une production annuelle et française de "10 millions de panneaux photovoltaïques par an", et ce afin de réduire la dépendance du pays à l'industrie solaire du géant chinois. © Steven Dolbeau / Carbon
Le projet Carbon, qui ambitionnait d’implanter à Fos-sur-Mer l’une des plus grandes usines photovoltaïques d’Europe, ne verra finalement pas le jour. Selon une décision de justice datée du 13 mai, l’entreprise a été placée en liquidation judiciaire, mettant un terme à un programme industriel évalué à 1,5 milliard d’euros.
Présenté comme l’un des deux grands projets français de relocalisation de la filière photovoltaïque, aux côtés de l’usine portée à Hambach par HoloSolis, le projet Carbon devait permettre la production à grande échelle de composants stratégiques pour panneaux solaires — plaquettes de silicium, cellules photovoltaïques et modules — avec une capacité annoncée de 5 GW et plus de 3 000 emplois directs à la clé.
Dans un communiqué, Carbon regrette l’absence de visibilité sur l’émergence d’un véritable marché européen de l’énergie solaire. "Aucune visibilité n’existe aujourd’hui sur l’émergence d’un tel marché", estime l’entreprise, qui juge les avancées européennes trop lentes pour sécuriser un modèle industriel compétitif face à la concurrence asiatique. "Il faudra encore attendre au moins une année, sans garantie que la législation permette in fine la mise en place d’un marché véritablement souverain", ajoute la société.
Son président, Pierre-Emmanuel Martin, pointe notamment l’ouverture persistante du marché européen aux grands pays producteurs asiatiques : "l’Europe a décidé de laisser ouverte la porte à tous les pays pour lesquels elle a mis de l’accord de libre-échange, donc la Chine, l’Inde, le Vietnam, etc. Nous, dans ce contexte-là, on considère que ce n’est pas encore mûr", a-t-il expliqué à l’AFP.
Créée à Lyon en 2022 avant de transférer son siège à Marseille, Carbon comptait s’approvisionner en polysilicium auprès de producteurs européens, alors que près de 80 % de cette matière première stratégique est aujourd’hui produite en Chine.
À Fos-sur-Mer, où le projet devait s’implanter, certains élus locaux avaient dès le départ exprimé leurs réserves sur la viabilité économique de l’opération. Interrogé par le média Maritima, le maire Philippe Maurizot a reconnu avoir été "dubitatif" face à cette ambition industrielle. "On ambitionnait de concurrencer la Chine dans un domaine industriel qu’elle domine depuis plus d’une décennie. Les Chinois détiennent 85 % du marché mondial et possèdent les 10 premiers fournisseurs de panneaux", a-t-il rappelé.
L’abandon du projet constitue un revers majeur pour les ambitions françaises et européennes de réindustrialisation de la filière photovoltaïque, dans un contexte où la dépendance aux importations asiatiques demeure largement dominante.