C’est une première en France. À Bezannes, près de Reims, un immeuble collectif dont toute la structure a été imprimée en 3D béton directement sur site vient d’être livré. Une avancée concrète pour un procédé appelé à transformer le secteur du bâtiment.
À Bezannes (Marne), Plurial Novilia franchit un cap. Le bailleur social inaugure ViliaSprint2, un immeuble de 12 logements sociaux dont l’ensemble des murs porteurs – façades comme refends – a été réalisé par impression 3D béton directement sur chantier.
Avec 800 m2 habitables répartis sur trois niveaux (R+2), l’opération s’impose également comme le plus grand bâtiment de ce type en Europe. Livré en seulement 12 mois (TCE, hors infrastructure), le programme intervient dans un contexte de ralentissement de la construction neuve et de pénurie persistante de main-d’œuvre, notamment dans le gros œuvre.
Après une première expérimentation en 2022 sur des maisons individuelles, Plurial Novilia passe à l’échelle supérieure. Le chantier s’appuie sur un portique robotisé COBOD BOD2, déployé par PERI 3D Construction, capable d’extruder couche après couche un béton spécifique pour former les murs porteurs.
Développé par Holcim (gamme bas carbone ECOPact), ce béton imprimable, renforcé de macrofibres, affiche une réduction d’au moins 30 % des émissions de CO2 par rapport à un béton traditionnel.
Démarrée en mars 2025, la phase d’impression s’est achevée en 34 jours effectifs – contre 50 initialement prévus – grâce à une optimisation du phasage et à la préfabrication des dalles, limitant les déplacements du robot. © Plurial Novilia
Au-delà de la performance technique, le procédé transforme l’organisation du travail. Trois opérateurs suffisent pour piloter l’impression, contre six en méthode traditionnelle. Les tâches pénibles sont réduites, les postures améliorées, les risques de troubles musculo-squelettiques et d’accidents diminués.
Les moyens matériels sont également allégés : robot et échafaudage remplacent en partie banches et passerelles. Résultat : un chantier plus silencieux, plus sûr et moins dépendant d’une main-d’œuvre devenue rare.
Pensé comme un démonstrateur, le projet vise à tester la viabilité du procédé à l’échelle du logement collectif. Sur la même parcelle, un second bâtiment quasi identique a été réalisé de manière traditionnelle afin de comparer les performances. Deux constats émergent :
– les délais de la phase structure sont divisés par deux ;
– La fabrication sur site permet aussi de réduire les déchets de moitié (de 10 % à 5 %) comme de limiter les transports, le béton étant produit et transformé directement sur place.
L’impression 3D ouvre par ailleurs de nouvelles possibilités architecturales. Formes courbes, géométries complexes, optimisation des volumes : autant de leviers qui permettent de réduire d’environ 10 % la consommation de béton.
Le projet s’inscrit dans une approche globale de construction durable. Conçu par HOBO Architecture, il intègre matériaux biosourcés et géo-sourcés (perlite, bois), 500 m2 de panneaux photovoltaïques et une pompe à chaleur hybride gaz, de quoi approcher les 60 % d’autonomie énergétique, conformément aux exigences de la RE2020.
Si le coût reste aujourd’hui supérieur – environ + 30 %, pour un investissement total de 4,5 millions d’euros – il est principalement lié aux phases de R&D comme aux procédures d’homologation. Il est appelé à diminuer avec la montée en puissance du procédé. De fait, Plurial Novilia prépare déjà un nouveau programme d’environ 40 logements, mêlant individuel et collectif. Le but étant d'accélérer les cadences – jusqu’à quatre fois plus rapides – et atteindre un niveau de compétitivité comparable à la construction traditionnelle.
Gros oeuvre : les nouveaux modes constructifs
Avec ViliaSprint², Plurial Novilia livre le premier immeuble collectif français dont toute la structure est imprimée en 3D béton sur site. Une démonstration à grande échelle des promesses de la fabrication additive.