Accusé d’opacité et soumis à de fortes turbulences tarifaires, le secteur des matériaux de construction est désormais dans le viseur du Sénat. En effet, les parlementaires appellent à une intervention claire de l’Autorité de la concurrence pour comprendre, encadrer et, si nécessaire, corriger les dysfonctionnements d’un marché jugé stratégique.
La commission sénatoriale hausse le ton. Elle "demande à l'Autorité d'analyser le fonctionnement concurrentiel des marchés amont, notamment les plus concentrés, ainsi que les relations entre les acteurs de la chaîne de valeur, et de formuler, le cas échéant, des recommandations".
À l’origine de cette initiative, le sénateur du Morbihan Yves Bleunven explique vouloir "objectiver le fonctionnement des marchés et, en l'espèce, trouver des solutions contre une crise du logement qui frappe durement nos concitoyens dans leurs parcours de vie".
Les sénateurs ne s’arrêtent pas là. Ils souhaitent également que l’Autorité se prononce sur la création d’un outil de suivi des coûts de production des matériaux. Un manque criant aujourd’hui, alors qu’aucun indicateur spécifique n’a remplacé le projet abandonné par le gouvernement en 2023. Résultat : une filière exposée, sans visibilité, à la volatilité des prix.

Depuis la fin de la crise sanitaire, les acteurs du secteur font face à une succession de hausses de prix qui pèsent lourdement sur leur capacité à relancer la construction. Les récentes augmentations ne sont que la dernière secousse d’un cycle inflationniste déjà bien installé. © Magnific
Fin mars, les industriels du béton tiraient la sonnette d’alarme. En cause : les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui alimentent la flambée des coûts énergétiques et menacent de renchérir encore le prix de la construction. Plusieurs fédérations ont alors appelé les pouvoirs publics à faire preuve de vigilance.
La Fédération des industriels de la préfabrication béton évoque une hausse "inévitable" des coûts, avec des répercussions directes sur le prix final des ouvrages et un risque accru de report de projets dans un climat déjà incertain.
Sur le terrain, la colère gronde. La FFB déplore une situation paradoxale : les entreprises reçoivent des notifications de hausses tarifaires alors même que le secteur ne connaît ni pénurie ni tension comparable à celle de 2022-2023. L’organisation plaide pour la création d’un observatoire public des prix des matériaux, capable d’apporter transparence et lisibilité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : certaines membranes d’étanchéité ont vu leur prix bondir jusqu’à 35 %, tandis que les produits plastiques – PVC et isolants – enregistrent des hausses de l’ordre de 20 %.
Même constat du côté de la CAPEB. Selon le syndicat des artisans, 65 % des professionnels interrogés ont reçu des annonces de hausse de la part de leurs fournisseurs. Les augmentations s’échelonnent généralement entre + 2,5 % et + 20 %, et touchent désormais des matériaux peu dépendants du pétrole, comme le bois.
Au-delà des tensions sectorielles, c’est toute la chaîne du logement qui se retrouve sous pression. Coûts imprévisibles, marges comprimées, projets retardés : les conséquences s’accumulent et freinent la dynamique de construction.
En sollicitant l’Autorité de la concurrence, le Sénat envoie un signal fort. Celui d’une volonté de reprendre la main sur un secteur clé, dont les déséquilibres pourraient durablement entraver les politiques de logement.