Eco-responsabiliser les ilots de fraîcheur urbains

L'ombrière Telhouet de Sinallagma sur le site de Rochexpo à La Roche-dur-Foron

Avec Sinallagma, Vincent Bechtel propose des ombrières en structures réciproques de châtaignier associées à des plantes grimpantes permettant de créer une ombre aérée et écologique dans les îlots de chaleur urbains.




Moins de deux ans après sa création (été 2022), l’entreprise Sinallagma livre sa première ombrière publique à La Roche-sur-Foron, en Haute-Savoie. Presque un symbole, après le refus récent du conseil municipal face au projet de vélodrome ! Il s’agit d’un modèle Telhouet qui affiche bien son origine bretonne. L’acheminement ne s’est pas fait en convoi exceptionnel. Les composants en barres de châtaignier breton de moins de 1,50 m tiennent dans une camionnette, et le parc d’exposition, où l’ombrière était exposée dans le cadre d’un salon, a eu un réflexe écolo : ne pas laisser repartir la camionnette pleine vers la Bretagne, alors que les besoins d’ombrières sont massifs partout, notamment aux abords des parcs d’exposition souvent conçus comme des exemples d’artificialisation de l’espace.

 

 

La première ombrière Telhouet publique

Les exploitants de ce parc Rochexpo viennent d’inaugurer un nouveau hall (D) à charpente bois/acier de 54 m de portée, 220 tonnes d’acier et 1500 m3 de bois dont 30 % des Alpes, calculé par le BE bois Arborescence et réalisé par Arbonis. Sans doute l’un des plus beaux halls d’exposition français. L’ombrière ou pergola développée par Vincent Bechtel ne joue pas dans la même cour. L’ingénieur polytechnicien s’est reconverti en passant un CAP de charpentier il y a un an. Fasciné par le biomimétisme, il a développé ses idées de structures réciproques qui permettent d’assembler des ouvrages sans colle ni vis. Pour ses pergolas, il recourt à des barres de châtaignier de moins de 1,50 m, soit exactement ce que le marché propose sans passer au bois collé. La structure réciproque est belle et elle fascine, en présentant l’avantage de faciliter la démontabilité. Ainsi, au besoin, Rochexpo dispose d’un élément d’exposition pour verdir, par exemple, ses expositions sur le décolletage.

 

 

Les structures réciproques fascinent par leur beauté et leur simple complexité.©Jonas Tophoven

 

 

Au-delà de la construction matérielle

 

L’approche de Vincent Bechtel est particulièrement innovante dans l’association de plantes. On ne parle pas des façades végétales fortement émettrices en carbone, ou des toitures végétalisées qui deviennent chauves. On trouve cette fois une interaction entre une structure support de plantes grimpantes, et ces plantes qui font l’essentiel de l’effet d’ombrière, comme dans les jardins du passé. Car il faut permettre la circulation de l’air afin que l’effet de fraîcheur soit palpable. Cela est particulièrement important quand les installations de ce type sont implantées au milieu des îlots de chaleur urbain. Les surfaces minérales rayonnent de tous les côtés, ainsi que par le sol et les murs. En période de canicule, ces espaces urbains deviennent tout simplement invivables et dangereux.

 

 

Un développement privatif assuré

 

Il faut choisir des plantes qui ne risqueront pas de tordre la structure, et qui poussent suffisamment vite pour que l’ombrière fasse son office. Sinallagma travaille avec des paysagistes et pour des paysagistes. Ses ombrières sortent du registre de la construction. Tout cela est porteur d’avenir, mais crée également un frein. Sur un espace public, l’ombrière de Sinallagma n’est-elle pas trop facilement démontable ? Comment résistera-t-elle au vandalisme qui risque de s’attaquer aussi au végétal ? Comment avoir une idée de l’effet final si les plantes doivent d’abord pousser ? De sorte que la fascination générale pour les structures réciproques proposées par Sinallagma converge d’abord vers une production pour un public particulier. Vous aimiez ma petite piscine ? Et bien, à présent qu’il n’y a plus d’eau, venez vous rafraîchir sous mon ombrière.

 

 

L'ombrière Telhouet en mode stand d'exposition.©JT

 

 

Une structure économique non émissive

 

Pour autant, l’objectif de Sinallagma reste bien d’agir sur le marché des îlots de chaleur urbains. En France, la cartographie de ces îlots progresse. Les habitudes en matière d’équipements extérieurs ont évolué depuis Jean-Claude Decaux et le recours au bois est de plus en plus courant. Pas forcément du bois de France, d’ailleurs, car le bois tropical affiche une meilleure résistance aux intempéries. Mais c’est aussi là où se referme le cercle de l’approche écologique de la jeune start up. Agir contre les îlots de chaleur urbain ne doit pas être émissif. En Bretagne, les châtaigniers son décimés par la rouille, comme en Ile-de-France. Prélever les arbres au bon moment, choisir une transformation décarbonée et un mode d’utilisation permettant un transport décarboné, cela permet de transformer les îlots de chaleur en seconde forêt prolongeant le stockage du carbone forestier. De fait, les vertus de la démarche de Vincent Bechtel sont aussi magiques que les assemblages des structures réciproques. Tout se tient.

 

 

Le bois de châtaignier résiste bien aux intempéries. L'ombrière Telhouet sur l'espace extérieur du parc des exposition attend ses plantes.©JT

 

 



Source : batirama.com / Jonas Tophoven © Sinallagma

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.
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