Le label Bois-de-France, pense-bête de la construction bois française

Une AG dans les nouveaux locaux splendides de l'Ecole vétérinaire, signés Artbuild et Cruard

L’assemblée générale de l’association Bois de France, le 11 juillet dernier, a été l’occasion de labelliser le siège de l’ONF à Maisons-Alfort et de visiter trois lieux emblématiques de la construction bois francilienne.




Créé juste avant le Covid en janvier 2020 et présidé par le scieur alpin Frédéric Blanc, l’association n’avait pas pu jusqu’ici se réunir en présentiel pour une AG. Pour le coup, l’équipe permanente, composée de Céline Barbier, Anthony Marcadier et dirigée par Jérôme Martinez a bien fait les choses.

 

L'assemblée générale de l'association Bois de France dans l'un des nouveaux amphis bois du bâtiment Agora de l'Ecole vétérinaire.

 

 

Le siège de l’ONF ayant été programmé à l’origine pour utiliser du bois issus des forêts gérées par l’Office comme le constructeur Mathis, labellisé en octobre dernier, il était temps de remettre le diplôme Bois de France à la nouvelle directrice générale Valérie Metrich-Hecquet, en présence de Pascal Toussaint, directeur technique chez Mathis SAS.

 

Trois références

 

Comme le nouveau site de l’Agora de l’Ecole vétérinaire, à un jet de planche, offre des espaces adaptés de réunion, l’assemblée générale a pu s’y réunir tout en découvrant le travail de reconstruction opéré notamment par l’agence Artbuild et l’entreprise Cruard également labellisée Bois de France. En longeant la Seine vers Paris, on passe devant la tour Wood Up dont le gros-œuvre est achevée, et qui représente la plus importante utilisation de hêtre collé (français) en France. Le fournisseur Manubois est évidemment labellisé lui aussi.

 

Magie du plafond du couloir central du siège de l'ONF, imaginé par Vincent Lavergne et WOA en présentant les diverses essences du territoire français.

 

Une présence tous azimuts

 

A ce jour, l’association compte près de 200 entreprises engagées : ces structures proposent des sciages, produits bois de construction (CLT, Lamellé-collé, BMA, BMR...), du granulé de bois, panneau contreplaqué, des produits d’emballage, et même des produits d’ameublement. Que les scieurs français soient Bois de France est une évidence, mais cet engagement doit être vérifié par un audit et coûte un peu d’argent en plus des labels type PEFC ou FSC. D’ailleurs, ces audits se font généralement en même temps.

 

De vieilles habitudes

 

Les constructeurs français consomment beaucoup de bois d’importation, notamment du bois d’ingénierie, tantôt via les négoces, tantôt par des livraisons directes. Une vieille habitude confortée par la puissance industrielle des pays voisins, notamment dans le domaine des sciages et bois d’ingénierie de résineux. Et un recours face à des besoins massifs, pas encore suffisamment satisfait, qui se montent aujourd’hui à environ 3 millions de m³ de bois d’œuvre par an, contre 5 millions de m³ de consommation domestique.

 

La tour Wood Up en fin de gros-oeuvre avec ses poteaux en douglas et en hêtre collés

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Le précurseur Parquets de France

 

Il y a une dizaine d’année, la FNB qui regroupe les scieurs s’est laissé séduire par la vogue du Made in France. D’ailleurs, les parquetteurs avaient déjà lancé un label Parquet de France. Ce label avait révélé les difficultés de cette démarche, car certains fabricants français produisaient du parquet avec une part plus ou moins importante de composant importés, notamment dans le domaine des parquets contrecollés. Par ailleurs, le label peinait à percer auprès du grand public et partant des magasins de bricolage.

 

Long terme et effet de cascade

 

La FNB a ensuite passé des années à lever tous les obstacles qui se dressaient sur la route de ce label, mais elle a tenu bon et compris qu’il fallait lui dédier une équipe de permanents. Jérôme Martinez, nancéen issu de Gipeblor (devenu FiBois GE) s’est entouré de deux collaborateurs opportunément installés également hors de Paris (Céline à Lyon, Anthony à Bordeaux) et proche des acteurs du terrain. La tâche est vaste. Si l’on ne s’en tient qu’au domaine de la construction bois, qui reste central, outre le scieur, le négociant, le constructeur bois, le chantier peuvent être labellisés en cascade.

 

De belles prises

 

Un constructeur bois labellisé Bois de France ne s’engage pas à faire tous ses chantiers avec du bois de France labellisé. Mais quitte à faire le pas de la labellisation, le mouvement est enclenché, notamment vers la labellisation de chantiers où, cette fois, il sera attesté qu’au moins 80% du bois utilisé est français. La FNB a donc choisi une démarche longue portée. En 3,5 ans, côté construction il y a de belles prises : les lamellistes Arbonis, Cosylva, Eurolamellé, Mathis, Weisrock… Le gros industriel Swiss Krono à Sully-sur-Loire … le transformateur Charm’ossature… les charpentiers Meha, Sertelet … le raboteur Sivalbp.

 

Le leader oriente le marché

 

Mathis, labellisé en octobre 2022, poursuit parallèlement une démarche de réorientation générale de ses approvisionnements en bois, qui doit aboutir à 100% de bois français en 2025. Par ailleurs, au moment de la labellisation, le leader français de la construction bois a annoncé vouloir labelliser plusieurs chantiers. Outre le siège de l’ONF, le CAO de St Denis, la gare du Kremlin-Bicêtre (94) pour le prolongement de la ligne 14 du métro, le centre aquatique à la Courneuve (93), la piscine découvrable Georges Vallerey à Paris (15e) et le pavillon des champagnes Ruinart à Reims (51).

 

Le syndrome de la coupe rase

 

D’ailleurs, le siège de l’ONF est loin d’être le premier ouvrage labellisé. Cela a commencé par l’auditorium éphémère du 10e Forum Bois Construction à Paris en 2021 (pour ne pas évoquer la table de replantation conçue pour la même édition du Forum, également créée avec 100% de bois français). Puis il y a eu, par exemple, le premier Lidl en bois, à Epinal. A termes, il est fort possible que le label rencontre la faveur du grand public, avec des maisons individuelles Bois-de-France, ou des logements, ou des équipements. A la vague du Made in France s’ajoute une interrogation générale sur l’origine des bois et le bien-fondé de leur récolte.

 

Une nation forestière doit sourcer une partie correcte de son bois d’œuvre

 

L’outil est plus incitatif que coercitif, et son ambition, comme le rappelle Jérôme Martinez, est de faire passer la part de bois d’œuvre français des misérables 30% actuels à 40, voire 50%. Pour une grande nation européenne de la forêt et du bois, ce serait tout aussi logique qu’écologique. D’ailleurs, l’association IBC qui regroupe les ingénieurs bois soutient le label et les autres institutions de la filière suivront.

 

Obstacles anciens et nouveaux

 

Cependant, la route est encore longue. En ce moment, la crise européenne du secteur fait une nouvelle fois de la France un déversoir de lots de sciages à des prix cassés. A cette déstabilisation coutumière du marché français de la production de sciage s’ajoute la mise en place de la REP, au tarif de 8 euros la tonne de sciages mise sur le marché. Non seulement il est annoncé que ce tarif va augmenter fortement, mais en plus, rien ne permet de s’assurer qu’il sera également acquitté par les autres scieries européennes ou les importateurs.

 

Bois de France proche du bois régional et local

 

Pour autant, l’attention des acteurs de la construction est attirée de plus en plus sur les émissions de carbone liées à la transformation du bois et notamment son transport. C’est bien pourquoi l’une des premières tâches à laquelle s’est attelé Jérôme Martinez a été de multiplier des FDES où ces paramètres ressortent de façon plus favorable que dans les FDES génériques.

 

 

Affiche du chantier Wood Up par Gaëtan Amossé, montrant la provenance locale des fournitures bois (promoteur : REI Habitat).

 

 

A l’AG du 11 juillet, il a été question de développer un site de mise en relation des fournisseurs français et des clients. Par ailleurs, le label cherche une accréditation auprès de la Cofrac. C’est aussi ce qui permettra de faire aboutir les liens logiques entre le label Bois de France et les labels régionaux type Bois des Alpes, qui n’ont pas encore été formalisés.

 



Source : batirama.com/ Jonas Tophoven/© Jonas Tophoven

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.
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