Marie-Pierre Marie, 32 ans : couvreuse, le métier de ses rêves

Portrait de Marie-Pierre Marie, couvreuse

Depuis 2013, Marie-Pierre Marie est couvreuse dans la TPE créée avec son conjoint. Une femme du bâtiment bien dans sa peau et investie.




Couvreuse, gestionnaire, animatrice de la profession dans son département, mais aussi mère de famille : une belle énergie !  © U2P

 

En 2013, Marie-Pierre Marie a créé avec son conjoint, gérant de l’entreprise, la SARL Couverture et Tradition, dans laquelle le couple est associé à 40/60. Ils ont choisi de créer leur propre structure dans la même ville que l’entreprise de couverture des parents du conjoint de Marie-Pierre et ont conservé une partie de la clientèle tout en faisant évoluer l’activité dans le sens de leur choix.

 

Un duo familial et professionnel

 

Située à Betton (Ille-et-Vilaine), une commune proche de Rennes, leur SARL réalise essentiellement de la couverture, mais aussi de la zinguerie, de l’isolation par l’extérieur et du ramonage, pour une clientèle de particuliers, à 100 % en rénovation. Travaillant en parfaite synergie, le couple ne compte pas embaucher : "nous voulons garder la maîtrise des chantiers de bout en bout et nous avons trouvé notre équilibre à deux", précise Marie-Pierre, qui revient sur son parcours.

 

"J’ai très tôt été attirée par la charpente couverture, un métier que j’ai découvert avec un de mes frères, charpentier. Mais en 2007, les formations des Compagnons du devoir n’étaient pas vraiment ouvertes aux femmes. Ils m’ont convaincue de me former comme tapissière-garnisseuse, dans une promotion qui accueillait cette année-là 100 % de filles !"

 

Après avoir travaillé dans plusieurs entreprises comme tapissière, Marie-Pierre accède enfin au métier de ses rêves. Son beau-père et son conjoint, couvreur depuis huit ans, la forment sur le terrain. Elle bénéficie aussi d’un solide apport théorique dispensé par son "formateur personnel", puisque son conjoint est devenu formateur entre-temps.

 

Non diplômée mais ultra-compétente

 

La SARL créée, le temps manque pour repasser par la case CFA et valider un CAP. Les chantiers se succèdent et il s’agit aussi de gérer l’entreprise. "A deux, il faut tout faire ! Je consacre mes mercredis à l’administratif. En 2017, j’ai préféré me former en priorité en tant que gestionnaire de l’entreprise artisanale du bâtiment (GEAB) à la Capeb. J’avais prévu d’obtenir ensuite un CAP de couvreur car le diplôme reste une référence demandée, mais la crise sanitaire ne m’a pas permis de le faire dans les temps et j’ai été rattrapée par la limite d’âge puisqu’ensuite, j’avais plus de trente ans", regrette-t-elle.

 

La jeune-femme n’a pas dit son dernier mot ; ayant largement le niveau réclamé pour obtenir un CAP, elle compte bien se présenter aux épreuves en candidate libre dès que la charge de travail sera un peu moindre.

 

Une couvreuse et gestionnaire confirmée, qui veut passer son CAP de couverture pour “boucler la boucle”.

 

 

Légitime sur les chantiers

 

La plupart des femmes qui font partie du collectif “Femmes du BTP” au sein de la Capeb, dont Marie-Pierre est un membre actif, finissent par passer leur diplôme. "Elles ont presque toutes fait une reconversion car la plupart ont été dissuadées de se former dans ces secteurs encore extrêmement masculins", pointe-t-elle. Mais elle assure que les mentalités évoluent. "La plupart de mes collègues couvreurs voient d’un bon œil la présence d’une femme parmi eux. Ils me respectent. Sur les chantiers, il m’arrive d’intervenir intervienne seule, et là encore, les autres corps de métier m’accueillent bien."

 

Son témoignage met en lumière la complémentarité entre hommes et femmes dans les métiers du bâtiment. Par exemple, la jeune couvreuse est souvent encouragée par certains clients : "La plupart sont enthousiasmés, une fois la surprise passée. Lorsque je réponds à leurs questions, je prends le temps de vulgariser, de bien expliquer mon intervention, ce qui leur donne confiance. Ils comprennent que je sais de quoi je parle ! Mon mode de communication n’est pas le même que celui d’un homme et je crois que ma façon 'féminine' d’appréhender les situations est un plus."

 

Investie dans sa vie et dans son métier

 

Parents de deux enfants, Marie-Pierre et son conjoint se partagent les tâches égalitairement. Dirigeant leur entreprise depuis dix ans, ils ont su trouver le rythme qui leur convient, même si les journées sont bien remplies. "Je ne suis pas certaine que le métier physique que nous exerçons et la charge administrative nous rendent moins disponibles que d’autres parents. Tout est question d’organisation", souligne-t-elle.

 

Engagée auprès des femmes du bâtiment, Marie-Pierre est vice-responsable de la commission départementale des femmes de l’artisanat (CDFA 35). Elle y co-anime notamment une journée des femmes dans le bâtiment, une expérience forte qu’elle estime enrichissante pour tous.

 

Son compte Instagram “Le couvreur est une gonzesse” lui permet aussi de promouvoir son métier au quotidien. "Nous avons des échanges intéressants avec des jeunes femmes et même avec des collègues couvreurs qui, par exemple, demandent conseil pour savoir où acheter des pantalons de travail pour femme !"

 

A celles qui hésitent à se lancer dans le bâtiment et ses métiers “d’homme”, Marie-Pierre répond sans hésiter : "Foncez ! N’écoutez que vos envies. Dans mon métier, la hauteur, la force physique ne sont pas des obstacles. Je peux réaliser toutes les tâches. Et j’estime que si je peine, c’est que je suis mal outillée ; à moi d’y remédier. Par exemple, investir dans un monte-charge et un treuil a été utile pour améliorer notre confort et notre sécurité, à mon compagnon et moi. Donc je dis aux femmes : allez aux portes ouvertes des organismes de formation pour vous faire votre propre opinion, voir comment vous êtes accueillies."

 

La jeune femme admet cependant qu’il y a encore du chemin pour faire évoluer les mentalités, et notamment celles des formateurs !

 

Marie-Pierre Marie : "Les femmes ne doivent pas être cantonnées aux tâches administratives dans les entreprises artisanales, elles ont leur place sur les chantiers. Je me sens légitime sur le terrain et mes collègues me le montrent."

 

 

La lente féminisation du bâtiment

 

En plusieurs décennies, les femmes accèdent à des postes avec plus de responsabilités. Selon la FFB 24 % des TPE/PME de la construction sont dirigées par une femme. D’après la Capeb, les femmes représentent 14 % des effectifs salariés dans les entreprises ayant jusqu’à dix salariés (soit 72.000 femmes). Mais elles sont encore largement cantonnées aux postes administratifs et commerciaux et se font trop lentement une place sur les chantiers.

 

Sur le terrain, la plupart des métiers deviennent pourtant accessibles aux femmes, avec l’arrivée de nouveaux outils réduisant le port de charge et la pénibilité des tâches.

 

Elles sont aussi mieux intégrées dans les équipes et les formations (le CCCA-BTP estimait les apprenties à 5,9 % en 2020-2021).

 

Le secteur semble prendre conscience que l’embauche de femmes peut aider à réduire une pénurie de main d'œuvre endémique. C’est en tous cas la position des organisations professionnelles, qui mettent en place quelques actions pour déconstruire les stéréotypes et susciter des vocations. Par exemple, la Capeb met en lumière le parcours de cheffes d’entreprises artisanales (tailleuses de pierre, maçonnes, plaquistes, électriciennes, couvreuses, peintres, métallières). Sur les réseaux sociaux, elle mène auprès des jeunes, filles et garçons, l’opération "Conjuguez les métiers du bâtiment au féminin", #PassionConstruction, et propose des kits info métier avec le CCCA-BTP.

 

Bien d’autres actions seraient cependant nécessaires pour favoriser la mixité des métiers, en luttant contre les a priori et en encourageant les femmes à prendre pleinement part à l’activité des entreprises artisanales du bâtiment.


Source : batirama.com/ Emmanuelle Jeanson

L'auteur de cet article

photo auteur Emmanuelle JEANSON
Collaboratrice de longue date de Batirama, elle est journaliste indépendante dans la presse pro du bâtiment et de l’énergie depuis ses débuts dans le métier (qui remontent à la dernière décennie du siècle dernier !). Ses sujets de prédilection : tout ce qui contribue à une construction plus soutenable ; les techniques anciennes remises au goût du jour ; les énergies renouvelables ; aller à la rencontre des artisans et de leur quotidien, mais aussi comprendre les enjeux de l’activité industrielle.
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