Quels équipements pour répondre au décret Bacs ?

Quels équipements pour répondre au décret Bacs ?

Le seuil de puissance du décret Bacs va être abaissé de 290 à 70 kW. Au salon IBS, les exposants montraient leurs solutions techniques pour répondre aux exigences du décret Bacs.




Nous sommes allés au salon IBS, qui s’est tenu à Paris Porte de Versailles les 8 et 9 novembre, avec une idée très simple : trouver les réponses techniques aux exigences du décret Bacs.

 

Notre premier interlocuteur, Justin Passaquet, directeur des ventes Île-de-France chez Distech Controls, par ailleurs vice-président de l’ACR (Syndicat des Automatismes, du Génie Climatique et de la Régulation), nous a appris une nouvelle importante : la puissance minimale pour être concerné par le décret Bacs est en passe d’être abaissée de 290 à 70 kW. Justin Passaquet a en main un projet de décret en ce sens. Il estime que sa publication interviendra avant la fin du mois de novembre. 70 kW au lieu de 290 kW, ça change tout.

 

 

Bref rappel sur le décret Bacs

 

 

Le décret Bacs, dont nous avons déjà parlé peu après sa publication,  est le décret n°2020-887 du 20 juillet 2020, paru au journal officiel du 21 juillet 2020, est la transposition en droit français des articles 8, 14 et 15 de la directive européenne 2010/31/UE du Parlement Européen et du Conseil du 19 mai 2010 sur la performance énergétique des bâtiments, requérant la mise en œuvre de systèmes d’automatisation et de contrôle des bâtiments non résidentiels, et de systèmes de régulation automatique de chaleur.

 

Les exigences du décret Bacs (acronyme de l’anglais "Building automation and control systems") correspondent à une GTB de classe A ou de classe B selon la norme EN-15232. Notons au passage que l’installation d’une GTB de classe A ou B est éligible aux CEE (Certificats d’économie d’energie) selon la fiche BAT-TH-116 avec des fonctions d’archivage des données.

 

Les bâtiments concernés sont ceux où s’exerce une activité tertiaire, marchande ou non-marchande, équipés d’un système de chauffage ou de climatisation, combiné ou non avec un système de ventilation, dont la puissance nominale est supérieure à 290 kW.

 

Activité tertiaire non-marchande signifie, par exemple, dans l'enseignement, probablement toutes les écoles et écoles maternelles, tous les collèges, tous les lycées, toutes les universités et grandes écoles dépassent 70 kW de puissance de chauffage et sont soumis au décret Bacs.

 

Ce sont d’abord les bâtiments neufs, dont le permis de construire a été déposé à compter du 21 juillet 2021. Ensuite, tous les autres bâtiments qui devront se mettre en conformité au plus tard au 1er janvier 2025 : d’ici à peine plus de deux ans.

 

Ce calendrier semblait compliqué avec un seuil de puissance à 290 kW. Abaisser le seuil à 70 kW multiplie le nombre de bâtiments concernés. Pour un bâtiment ancien, cela correspond en gros à un bâtiment de 800 m² (90 W/m²), à un bâtiment de 1200 m² construit selon la RT2005 (70 W/m²) et 1500 m² en RT2012 (45 W/m²). Le décret Bacs nouvelle mouture concernera des centaines de milliers de bâtiments, dont les bâtiments d’enseignement qui appartiennent surtout au secteur public et, notoirement, ne sont pas équipés d’une GTB.

 

 

Quels processus doit suivre une GTB conforme au décret Bacs ?

 

 

Si le décret Bacs utilise la puissance de chauffage ou de climatisation pour définir un seuil d’application, il demande ensuite le suivi d’un bien plus grand nombre de processus.

 

Côté chauffage, toutes les chaudières sont concernées, électriques et à combustible, ainsi que les systèmes de chauffage électrique direct par effet Joule (radiateurs, convecteurs, planchers et plafonds chauffants électriques et générateurs d’air chaud électriques), les pompes à chaleur de tous types, les sous-stations de raccordement à un réseau de chauffage ou de froid urbain et les solutions de récupération de chaleur sur les énergies fatales.

 

Ensuite, le décret mentionne les "systèmes techniques" du bâtiment. Il faut donc ajouter la ventilation, l’éclairage, toutes les solutions de climatisation, les ascenseurs, les éventuels escaliers mécaniques, le contrôle d’accès s’il y en a un, le froid commercial, les groupes électrogènes de secours, les cuisines professionnelles, …

 

Enfin, côté exigences, le décret demande que les systèmes d’automatisation et de contrôle :

 

  • suivent, enregistrent et analysent en continu, par zone fonctionnelle et à un pas de temps horaire, les données de production et de consommation énergétique des systèmes techniques du bâtiment et ajustent les systèmes techniques en conséquence. Ces données sont conservées à l'échelle mensuelle pendant cinq ans ;

 

  • situent l'efficacité énergétique du bâtiment par rapport à des valeurs de référence, correspondant aux données d'études énergétiques ou caractéristiques de chacun des systèmes techniques ; ils détectent les pertes d'efficacité des systèmes techniques et informent l'exploitant du bâtiment des possibilités d'amélioration de l'efficacité énergétique ;

 

  • soient interopérables avec les différents systèmes techniques du bâtiment ;

 

  • et permettent un arrêt manuel et la gestion autonome d'un ou plusieurs systèmes techniques de bâtiment.

 

Enfin, cette GTB doit être entretenue.

 

C’est beaucoup, et tout ça, à partir de 70 kW de puissance de chauffage et climatisation. Les systèmes capables de répondre au décret Bacs seront installés dans de relativement petits bâtiments et utilisés par des personnels qui n’ont aucune formation pour cela : il faudra que ces solutions soient très simples et intuitives.

 

 

A IBS, de premières réponses techniques aux exigences Bacs

 

 

Les exposants à IBS étaient plus focalisés sur le décret Tertiaire que sur le décret Bacs et, parfois, ils confondaient allègrement les deux. Voici les quelques réponses cohérentes que nous avons retenues.

 

La première solution est proposée par Smart & Connective qui propose une "GTB Light" pour faire des économies d’énergie dans les bâtiments tertiaires existants. L’entreprise mentionne expressément qu’il s’agit de répondre au décret Bacs grâce à une GTB de classe A ou B, compatible avec la fiche BAT-TH-116, bon début.

 

 

La solution Smart & Connective repose sur un maillage du bâtiment par de petits automates, les CEOS. En amont, les CEOS sont raccordés les uns aux autres par un réseau Ethernet, Wifi, PoE (Power over Ethernet) et au Cloud par internet. En aval, chaque CEOS est capable de piloter en ZigBee ou en Z-Wave (des protocoles de communication sans fil) jusqu’à 20 "IoT". ©PP

 

 

Si la connexion d’un automate CEOS par rapport aux autres ou à internet est coupée, il conserve son fonctionnement autonome et possède une capacité de stockage de 60 jours de données. Les automates CEOS peuvent être équipés de passerelles vers les protocoles Modbus, BACnet, DALI 1 et DALI 2, OPC-UA, Lonworks pour piloter des processus techniques spécifiques. ©PP

 

 

Ce que Smart & Connective appelle des IoT, ce sont des thermostats intelligents de zone, des capteurs multifonctions, des capteurs de flux de personnes, de présence, d’humidité relative, de température, de luminosité, de qualité de l’air, de consommations (eau, énergies), des actionneurs, relais ou thermostats. ©PP

 

 

 

 

Smart & Connective en fabrique une partie, en France soulignent-ils, et pour le reste se sont associés à six partenaires : Airzone pour le pilotage de la climatisation à détente directe, sensative, Legrand, NodOn, MCO HOME et EUROTRONIC Technology. Un automate CEOS gèrent une vingtaine de ce que Smart & Connective appelle les IoT.

 

Les systèmes Smart & Connective sont posés rapidement, par l’un des 15 intégrateurs que l’entreprise compte sur le territoire français. Outre le coût du matériel, Smart & Connective facture ensuite 10 €/mois et par automate CEOS. La solution Smart & Connective est promue par Legrand comme sa réponse aux exigences Bacs pour les petits bâtiments.

 

 

Siemens et Wattsense

 

 

En Octobre 2021, Siemens a acquis l’entreprise français Wattsense, qui a développé une solution simple et ouverte pour piloter les petits et moyens bâtiments, en réduisant le confort et en améliorant le confort de leurs occupants.

 

 

Siemens a rebaptisé la box Wattsense en "IoT Connect Box". Sa fonction consiste, en amont, à remonter les informations en LoRa, en Ethernet ou en 4G vers la supervision. LoRa est un protocole sans fil à longue portée et bas débit qui traverse bien le béton. La supervision est locale ou dans le Cloud, accessible par un navigateur internet et une interface web. Elle assure l’archivage des données remontées sans limite de temps, ni de volume. ©PP

 

 

 

 

Siemens propose un abonnement de 200 €/an au minimum, ce qui englobe l’abonnement 4G éventuel. Le montant augmente en fonction du nombre de points connectés. En aval, la IoT Connect Box communique avec toutes sortes de protocoles, dont KNX, cher à Siemens, ZigBee, … Et peut être complétée pour accueillir Modbus, BACnet, …

 

 

Siemens met à disposition des clients IoT Connect Box, une supervision avec des écran pré-dessinés que le client ou l’intégrateur assemblent pour constituer le synoptique dynamique de l’installation. ©PP

 

 

ABB a conçu une solution simple et s’associe à Rexel pour sa commercialisation

 

 

ABB, lui, avait acheté Newron Systems il y a quelques années. Du coup l’offre Bacs d’ABB est construite autour de la DoGate, un automate versatile et multiprotocoles conçue par Newron Systems. La supervision est hébergée localement dans la DoGate qui pilote différents modules d’acquisition en KNX, notamment : comptage, gestion du confort, etc.

 

Pour les processus plus techniques, comme le froid commercial, la DoGate récupère des données en KNX ou en Modbus. Le but d’ABB est de proposer une solution Bacs Plug’n’Play que les clients de Rexel pourront mettre en œuvre sans difficultés majeures. Rexel et ABB assurent en plus une formation aux utilisateurs et installateurs de DoGate, spécialement calibrée autour des exigences du décret Bacs.

 

ABB et Rexel ont conjointement développé toute une série de modélisations détaillées de divers types d’installations tertiaires. De cette manière l’installateur de DoGate se trouve face à une ingénierie pré-modélisée et peut se passer d’intégrateur. Il choisit les vues qui correspondent à son installation parmi les centaines de modèles disponibles dans la bibliothèque associée à la DoGate.

 

 

De plus l’outil Moov’ngroup est préchargé dans la DoGate. Ce qui permet une configuration graphique : on tire un interrupteur vers un luminaire pour associer les deux, etc. et le programme se charge du mapping. ©PP

 

 

La réponse Distech Controls repose sur l’automate Eclypse Apex

 

 

Chez Distech Controls, tout tourne autour de l’automate Eclypse Apex, un contrôleur Edge comme on dit maintenant : il possède suffisamment de puissance et de mémoire pour traiter des flux de données très importants. Il comporte deux ports Ethernet, prend en charge tous les modules entrée/sortie de la gamme Eclypse et monte jusqu’à 320 points raccordés. ©PP

 

 

Naturellement, il parle couramment BACnet/IP, BACnet MS/TP, Modbus RTU, Modbus TCP et M-Bus. Il est associé à la solution Eclypse Building Intelligence, une sorte de supervision survitaminée, qui simplifie la conception, le déploiement, l’exploitation et la maintenance des systèmes de GTB et des bâtiments.

 

C’est peut-être un peu compliqué pour une école ou un petit bâtiment tertiaire. Même si ce contrôleur est aussi associé à l’interface Web de conception et de visualisation graphique Envysion, qui a été améliorée pour offrir quatre nouvelles bibliothèques avec des images, des widgets et des outils pour créer plus simplement une interface utilisateur complète.

 

 



Source : batirama.com / Pascal Poggi

L'auteur de cet article

photo auteur Pascal Poggi
Pascal Poggi, né en octobre 1956, est un ancien élève de l’ESSEC. Il a commencé sa carrière en vendant du gaz et de l’électricité dans un centre Edf-Gdf dans le sud de l’Île-de-France, a travaillé au marketing de Gaz de France, et a géré quelques années une entreprise de communication technique. Depuis trente ans, il écrit des articles dans la presse technique bâtiment. Il traite de tout le bâtiment, en construction neuve comme en rénovation, depuis les fondations jusqu’à la couverture, avec une prédilection pour les technologies de chauffage, de ventilation, de climatisation, les façades et les ouvrants, les protocoles de communication utilisés dans le bâtiment pour le pilotage des équipements – les nouveaux Matter et Thread, par exemple – et pour la production d’électricité photovoltaïque sur site.
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