La filière forêt et bois présente un manifeste en vue des élections présidentielles

La filière forêt et bois présente un manifeste en vue des élections présidentielles

Ce 2 février 2022, Jean-Michel Servant, président de France Bois Forêt et Frédéric Carteret, président de France Bois Industries Entreprises ont présenté à la presse un manifeste commun porté par la filière bois.




"L'humanité fait face à deux crises majeures, celle du changement climatique et celle de la chute de la biodiversité. Notre filière forêt-bois est victime du changement climatique, mais nous souhaitons également être une partie de la solution" a déclaré Jean-Michel Servant, président de France Bois Forêt, lors d'une conférence de presse le 2 février.

 

Le but de cette conférence était de rendre publique un manifeste de la filière forêt-bois, en vue notamment des élections nationales 2022, et de définir les enjeux et défis de la filière pour le futur du pays, à moyen et à long terme.

 

 

Jean-Michel Servant, président de France Bois Forêt et Frédéric Carteret, président de France Bois Industries Entreprises en visio conférence le 2 février. © E.Wood/Batirama

 

 

Pour relever les nombreux défis auxquels fait face la filière, cette dernière a besoin de soutien de l'Etat ont indiqué les deux présidents. Frédéric Carteret, président de France Bois Industries Entreprises, a évoqué une question qui lui avait été posée à ce propos : "Comment revendiquer la solidarité de l'Etat si nous n'avons pas de filière?" Mais nous souhaitons faire filière" a-t-il aussitôt ajouté.

 

Autour de la table et afin de représenter cette filière, Luc Charmasson, président du comité stratégique de la filière bois au CNI, Paul Jarquin président de Fibois France, Dominique Weber président du Comité de développement des industries françaises de l'ameublement et du bois, Jacques Ducerf, président de FNB, Fabrice Denis, directeur général du pôle Construire Autrement de Bouygues Construction et Dominique Jarlier président de la Fédération nationale des Communes forestières étaient également présents. 

 

Une industrie portée par la Réglementation environnementale 2020 (RE2020)

 

La filière, qui représente aujourd'hui 60 milliards de chiffre d'affaires, 455 000 emplois directs ou indirects et 60 000 entreprises, est en pleine expantion, portée par les nouvelles mesures environnementales et la RE 2020. Le bois en tant que matériaux biosourcé incontournable, est également une matière particulièrement aimée et plébiscitée par les français (96 % des Français ont une image positive de la forêt, et pour 75 % d'entre eux la présence de bois a une influence positive dans le choix d'une location, et pour 80% d'entre eux pour un achat).

 

©Adocom RP

 

Utilisé pour la construction à hauteur de 50%, le bois est utilisé également dans la consommation courante (22%), les emballages en bois ou en cartons (12%), en tant que source d'énergie (10%) et pour l'ammeublement (7%).

 

De plus, la forêt française avec 17 millions d'hectares sur l'hexagone, est gérée de manière raisonnée, continue de s'étendre chaque année, et n'est pas encore exploitée à son plein potentiel (seul 60 % des prélèvements sont utilisés pour la transformation). En contre partie, la demande en bois ne cesse de grandir et les acteurs de la filière souhaitent aujourd'hui mieux s'organiser afin de faire face à cette demande croissante, tout en continuant à protéger cette ressource.

 

Depuis deux ans, la filière est entrée dans une dynamique de travail collectif afin de contribuer à l'accélération de la transition énergétique du pays, en développant l'usage du bois dans tous les domaines. La filière s'est mobilisée pour que la RE 2020 dans le secteur de la construction soit ambitieuse, notamment en conservant l'analyse de cycle de vie (ACV) dynamique, c'est à dire la mesure de l'empreinte carbone des matériaux pondérée en fonction de la temporalité des émissions pour répondre à l'urgence climatique. Ainsi, "l'impact carbone du bois qui séquestre et stocke le carbone en début de cycle de vie est reconnu à sa juste valeur", indique le manifeste. 

 

"Nous n'avons pas d'ambition à construire tout en bois, mais d'utiliser le bon matériau au bon endroit" a précisé Frédéric Carteret, ajoutant également que le bois était "le matériau biosourcé de l'avenir", et le meilleur pari pour le futur.

 

Afin d'illustrer à l'aide de quelques exemples les difficultés auxquelles fait face la filière, Jacques Ducerf a notamment évoqué la crise du meuble en France, largement concurencé par l'étranger et notamment la Chine. Il a aussi indiqué qu'un chêne sur trois partait à l'exportation avant d'être transformé, ce qui est une perte pour la valeur ajouté que cela pourrait produire en France. Enfin, il a évoqué le fait que certaines essences forestières avaient besoin d'être développées, par exemple le meurisier, un bois noble pourtant "passé de mode".  

 

Un manifeste, 23 propositions pour les candidats à l'élection présidentielle

 

En premier lieu, la filière revient sur le nécessaire accompagnement du développement des capacités industrielles françaises pour répondre à la hausse de la demande en bois, matériau et énergie. Le défi est de taille pour une filière dont les entreprises prévoient de réaliser près d’un milliard d’euros d’investissement par an pendant 10 ans et qui est concurrencée par des acteurs étrangers plus compétitifs et fortement soutenus.

 


Ensuite, la filière appelle tous les acteurs publics à se saisir de l’enjeu immense de l’adaptation des forêts françaises au changement climatique, notamment en faisant de ce défi une cause nationale, en mettant à disposition les moyens financiers massifs nécessaires au développement de la résilience et au renouvellement des peuplements. Il s’agit de pérenniser l’ensemble des fonctions de la forêt, économiques, sociales et environnementales.

 


Par ailleurs, reconnaissant des difficultés de recrutement persistantes, la filière sollicite un soutien public accru pour renforcer les compétences dont elle a besoin et développer l’attractivité de ses métiers.

 


Enfin, désireuse d’associer l’ensemble des citoyens français à son action, elle propose aux candidats de soutenir une démarche inclusive visant à informer et à rapprocher les citoyens de la filière, autour d’enjeux communs.

 

Les 23 propositions

 

Les 8 premières propositions ont pour but de développer tous les usages du bois et les capacités industrielles françaises :

 

  • Soutenir la compétitivité des entreprises françaises en poursuivant la baisse des charges et la simplification
  • Accompagner le changement d'échelle des industries de la filière et améliorer la souveraineté de la France en produits bois transformés compétitifs et innovants en sécurisant les approvisionnements tout au long de la chaîne
  • Adapter les dispositifs de soutien à la taille des entreprises de la filière
  • Privilégier les avancées de la RE 2020
  • Privilégier les matériaux renouvelables et biosourcés dans la commande publique
  • Développer l'usage de toutes les essences forestières, gage de préservation de la diversité des forêts françaises
  • Ouvrir le "plan hydrogène" à l'hydrogène vert à base de biomasse forestière
  • Poursuivre le développement du bois-énergie

 

Les 6 propositions suivantes ont pour but d'adapter les forêts au changement climatique sur le long terme :

 

  • Faire de l'adaptation des forêts une cause nationale en dotant le Fonds Stratégique Forêt-Bois de l'ambition et de la visibilité nécessaires au renforcement de la résilience et au renouvellement forestier
  • Assurer le financement du renouvellement forestier par tous les moyens (Union européenne, crédits des quotas carbone européens, financements privés, Régions, Etat...)
  • Renforcer les moyens octroyés à l'observation et la modélisation des forêts en support de la gestion adaptative au changement climatique
  • Développer la prévention et la gestion des risques en forêt (notamment en ce qui concerne les incendies)
  • Rétablir un équilibre sylvo-cynégétique dans les zones en déséquilibre marqué et le préserver dans les zones où il est suffisant
  • Sécuriser et simplifier les conditions de la gestion forestière durable

 

Ensuite, ces 5 propositions ont pour objectif de renforcer l'attractivité des métiers de la filière et développer les compétences pour pourvoir les emplois d'aujourd'hui et de demain :

 

  • Soutenir l'amélioration des conditions de travail dans la filière via la mécanisation et la numérisation afin de renforcer l'attractivité des métiers
  • Déployer une grande campagne nationale de formation à la construction mixte et bas-carbone, outil d'accompagnement de la RE 2020 pour le volet développement des compétences
  • Faire de l'apprentissage la voie prioritaire de préparation aux diplômes professionnels
  • Redonner de l'autonomie aux partenaires sociaux dans la gestion des politiques de formation professionnelle
  • Renouveler une campagne de communication nationale pour aider les entreprises à recruter

 

Et enfin, les 4 dernières propositions ont pour but de rapprocher les citoyens de la forêt et de la filière forêt-bois :

 

  • Œuvrer à la signature d'une convention entre le ministère de l'Education nationale et les professionnels de la filière pour développer la connaissance de la sylviculture dès le plus jeune âge.
  • Constituer une plateforme d'échange structurée avec les ONG représentatives afin d'approfondir les sujets de débat à fort enjeu dans le cadre d'un dialogue rationnel et apaisé
  • Mettre à disposition des outils d'information pédagogiques sur le fonctionnement des forêts et de ses évolutions dans le contexte de changement climatique
  • Poursuivre la structuration engagée avec la Fédération des Communes Forestières d'un réseau d'élus locaux formés et informés pour expliquer la gestion forestière sur le territoire

 

Il ne reste plus aux candidats qu'à étudier ces propositions et à y répondre... La filière forêt-bois toute entière attend désormais leur retours. 



Source : batirama.com / E.Wood / Photo © HansLinde

L'auteur de cet article

photo auteur Emilie Wood
Journaliste, photographe, vidéaste, Emilie Wood travaille depuis 2010 pour la presse, qu’elle soit professionnelle dans les domaines du BTP et de l’agriculture, ou généraliste. Pour Batirama, elle écrit sur des sujets aussi variés que la conjoncture BTP, l’évolution de la réglementation, la rénovation énergétique, les réformes, les innovations, ou encore l’actualité de l’immobilier. Elle apprécie particulièrement réaliser des portraits d’entreprises et révéler les femmes et les hommes qui, chacun à leur manière, font une différence, qu’ils soient entrepreneurs ou collaborateurs d’entreprise.
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