Les mousquetaires de l’ingénierie bois (I) : Didier Sauvage face au défi des JO

Les mousquetaires de l’ingénierie bois (I) : Didier Sauvage face au défi des JO

Didier Sauvage, directeur de projet chez setec tpi, grand acteur français de l’ingénierie, évoque les enjeux et les pistes d’amélioration du matériau bois en construction face au défis de la neutralité carbone.






Vu du secteur E2 du lot E du Village des Athlètes. Un grand projet où setec tpi est à l’œuvre. © Solideo / Nexity_Eiffage Immobilier_CDC Habitat_EDF_Groupama - Tous droits réservés

 

Depuis maintenant un an, Didier Sauvage occupe les fonctions de Directeur de Projet - Directeur Bois Construction chez setec tpi. Setec est bien connu comme l’un des acteurs majeurs de l’ingénierie de la construction en France.

 

Pour Didier Sauvage, à l’âge de 47 ans, cette nomination s’inscrit dans un long parcours dont la richesse et la complémentarité jouent davantage que le pedigree d’une grande école. A vrai dire, l’histoire professionnelle de Didier Sauvage commence dans le monde ouvrier. Son expérience constitutive est un séjour que le bachelier qu’il est alors fait chez son oncle menuisier en Allemagne, qui l’embauche pour un an.

 

Ces premiers pas dans l’agencement et la menuiserie éveillent son intérêt pour la construction. Son parcours scolaire ne lui permet pas d’intégrer une école d’ingénieurs. Il s’inscrit donc à un cursus de BTS  Systèmes Constructifs Bois et Habitat à l’école du bois de Mouchard dans le Jura, « en immersion totale », et décroche son diplôme en 1998.

 

 

Didier Sauvage est l’un de ces ingénieurs expérimentés spécialistes du bois, qui intègrent des grandes structures du BTP en quête de savoir-faire en matière de construction biosourcée, et se retrouvent aux premières loges de la mutation actuelle vers la neutralité carbone.©DR

 

Un parcours diversifié

 

Après cette formation toute tournée vers l’opérationnel des bureaux d’études et du chantier, l’intégration européenne l’incite à aller travailler un an en Grande-Bretagne afin de maîtriser l’anglais, ce qui lui sera bien utile à des étapes ultérieures de sa carrière. A son retour, il trouve un emploi un peu par hasard chez Bouygues qui cherche des compétences pour fabriquer des immenses coffrages en bois à destination du projet de la tour Cœur Défense.

 

Il fait la connaissance d’une entreprise générale très structurée par le compagnonnage et qui dispose d’un esprit d’entreprise fort : « Pour moi, l’adhésion des collaborateurs à la philosophie et à l’ADN de l’entreprise est la clé de sa réussite ».

 

Il enchaîne des fonctions au bureau d’études des Charpentiers de Paris qui lui donnent la satisfaction de côtoyer des compagnons, d’aborder des projets différents tous les jours, dont souvent des « moutons à cinq pattes ».

 

Une ouverture vers les matériaux béton et acier

 

Parallèlement, il reprend ses études d’ingénieur construction en cours du soir au Conservatoire des Arts et Métiers de Paris à la CNAM, qui ne propose alors qu’une formation généraliste : « Cela m’a permis de m’ouvrir à d’autres matériaux comme le béton et l’acier, une approche pluridisciplinaire qui me sert dans mes fonctions actuelles chez setec tpi ».

 

Diplôme en poche, il poursuit son tour d’horizon professionnel à la Fédération Française du Bâtiment (Union des Métiers du Bois), puis crée le pôle bois au sein de ST2 et continue avec le promoteur REI avec qui il développe les premiers bâtiments collectifs 100% bois, avant d’intégrer le groupe Stora Enso.

 

Dans ce groupe, il est d’abord en charge de la vente du CLT dont il a fait le premier avis technique, et ensuite du développement commercial du LVL : « Je voulais comprendre la chaîne de valeur complète, même au prix d’une remise en cause permanente », explique Didier Sauvage, dont le profil atypique intéresse finalement setec.

 

 

Avec l’agence Graam, Didier Sauvage conçoit il y a plus de dix ans déjà l’un des premiers immeubles de logement multi-étage de Montreuil. © DR

 

La grande ingénierie et le bois

 

Grand acteur français de l’ingénierie, setec est fondée depuis 1957 en holding autour de laquelle gravitent une quarantaine de filiales organisées par spécialités. La plus importante, tpi, est orientée vers les grands projets d’immeubles de grande hauteur et les travaux publics (tunnels, ponts).

 

L’entreprise constate le virage actuel vers la construction biosourcée et s’engage dans la RSE, signant notamment le manifeste « Engineers declare », et plus récemment le PACTE Bois de Fibois. L’entreprise recrute habituellement des ingénieurs issus des grandes écoles et notamment de l’école des Ponts et Chaussées, où jusqu’ici, la construction bois était peu enseignée.

 

Setec tpi n’en est pas moins constituée de têtes bien faites et vient à bout du casse-tête de la fondation Louis Vuitton avec ses grandes voiles à vergues en lamellé-collé. Pour la tour Hypérion de Bordeaux, setec tpi est chargé des études Exé pour Eiffage, à cause de la complexité de l’interaction du bois, du béton et de l’acier. Au sein d’AdivBois, setec rédige une partie du « Vademecum » consacré aux ouvrages de moyenne hauteur.

 

 

La tour Hypérion de Bordeaux, en cours d’achèvement, fait partie des projets-phare sur lesquels intervient setec tpi ©Jean-Paul Viguier et Associés

 

La prescription face à la réglementation incendie

 

Au moment où Didier Sauvage intègre setec tpi, les études pour la tour Hypérion se terminent. Son rôle est de faire connaître les compétences de la société dans la construction bois et d’aller chercher des projets en contactant des maîtres d’ouvrage ou des maîtres d’œuvre pour qui la grande entreprise est désormais un interlocuteur également dans le domaine du bois.

 

Didier Sauvage forme des ingénieurs en interne, enseigne aux Ponts et Chaussée et fait office d’expert bois auprès des différentes équipes de projets. Parallèlement, il achève un master de management global à l’université de Paris Dauphine, afin de se donner les moyens de prendre davantage de responsabilités.

 

 « Setec tpi a choisi de ne pas créer un pôle bois, mais plutôt de développer la compétence bois partout, en répondant à une vraie demande actuelle des ingénieurs de l’entreprise ». Setec tpi intervient comme maître d’œuvre de la structure du lot E du Village des Athlètes : « Nous n’avons eu que 9 mois pour livrer le PRO DCE de 12 R+5 et un R+7 en bois, ainsi que 6 R+10 en béton « bas carbone », correspondant à une surface totale de 54 000 m2 ».

 

Dès l’avant-projet, le lot E prend le parti de montrer le bois, et pas seulement de l’exploiter sur le plan structurel comme l’ingénieur Didier Sauvage l’apprécie. L’élaboration des lots du Village des Athlètes se fait en parallèle des réunions des commissions d’AdivBois, notamment celle dédiées à la protection contre l’incendie.

 

Il fait pour ainsi dire le trait d’union entre ce qui se décide et les maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre qui opèrent sur le terrain et doivent adapter les projets pour ainsi dire en temps réel : « Sur le lot E, les poutres en bois sont visibles dans une trame de 1,40 m. Malgré des plaques de plâtre intercalées, il faudra faire des tests pour prouver que le feu ne passe pas d’une poutre à l’autre ».

 

 

Le secteur E du Village des Athlètes souligne la part du bois en le rendant bien visible, tandis que setec tpi met au point des solutions d’assemblage élégantes et performantes. ©Solideo / Nexity_Eiffage Immobilier_CDC Habitat_EDF_Groupama - Tous droits réservés

 

Appel aux pouvoirs publics

 

En ce qui concerne la mise au point des solutions de façade et notamment des ETICS, setec tpi s’associe à l’expert international TESS où setec a une forte participation : « Aujourd’hui, même si un maître d’ouvrage n’est pas convaincu par le bois, il se dit qu’il faut bien passer par là, notamment pour avoir la possibilité de bâtir dans certaines zones, comme du côté d’Epamarne ».

 

Face à cette situation, Didier Sauvage estime que les pouvoirs publics gagneraient à « mettre le paquet une fois pour toutes sur le plan des études de R&D » : « La taxe affectée a permis de débloquer beaucoup de choses mais il reste encore beaucoup à faire. Les travaux d’AdivBois tendent même parfois à remettre en cause certains acquis. Il y a des avancées et des reculs, on n’avance pas assez vite.

 

La filière est bien pourvue en ingénieurs, charpentiers, outils de transformation. Mais les entreprises doivent encore monter en compétences car il ne s’agit plus tant de construire des bâtiments de deux à trois niveaux comme précédemment. Cela requiert de nouvelles approches faisant appel à plus d’outils informatiques et une familiarité avec les matériaux complémentaires ».

 

 

 

Setec est à l’œuvre pour la charpente d’un projet de Jean-Paul Viguier au Kremlin Bicêtre. ©Jean-Paul Viguier et Associés

 

Des bilans émissifs à affiner

 

La RE2020, Didier Sauvage la salue à cause de la prise en compte des ACV dynamiques : « Il va falloir tenir compte du fait que le béton va s’adapter et apporter ses propres solutions, et ne pas se bercer d’illusions.

 

Car après la RT2012, la question de savoir qui va payer les surcoûts s’est posée, et cela va se reproduire si les sauts sont trop importants. Il est important que toutes les filières travaillent ensemble pour incorporer plus de bois. Malheureusement, il existe encore trop peu de FDES de produits en bois, et elles sont mal ajustées ».

 

Par exemple, dans le cas du CLT, les FDES des industriels comme KLH ou Binderholz disposent de valeurs beaucoup plus favorables que la FDES générique française, ce qui s’explique par la source d’énergie utilisée ».

 

Didier Sauvage se souvient du temps où il animait le collectif Charpentes 21, en 2008 : « C’était l’époque de la première FDES pour la charpente taillée et à ce moment, certains se demandaient à quoi ça servait. Pour une douzaine de charpentiers, nous avions mis en place une plateforme sur le net où ils inscrivaient au réel tout au long de l’année, en accord avec FCBA, les indicateurs liés à leur activité par chantier, de façon à disposer d’une ACV affinée. Aujourd’hui, ce serait bien d’avancer vers une telle évaluation fine du bilan carbone par chantier bois ».

 

Des pistes d’amélioration pour le bois en construction

 

Les pistes d’amélioration sont multiples : « Il est regrettable qu’il n’y ait pas de producteur de LVL en France, parce que la politique actuelle de recours aux produits nationaux tend à exclure ce bois d’ingénierie plein de qualités.

 

Par ailleurs, le développement de la construction en bois feuillu est essentiel vu les caractéristiques de la forêt française. Enfin, au même titre que l’évolution vers la construction biosourcée, les thèmes de la réversibilité et du ré-usage s’imposent aujourd’hui au Bâtiment. Comme la construction biosourcée, la construction réversible et le ré-usage bute encore sur des écueils comme la traçabilité, l’assurabilité… Mais ils ne sont pas insurmontables ».

 

Enfin, l’ingénieur de setec attire l’attention sur l’enjeu de la construction biosourcée des ouvrages d’art, et conclut : « Il faut aller plus loin dans l’échange des expériences et des réflexions autour de l’usage du bois dans la construction ».

 


Source : batirama.com/ Jonas Tophoven

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