Biosourcés : l’enjeu d’une économie circulaire moins émissive

Biosourcés : l’enjeu d’une économie circulaire moins émissive

La prise en compte du stockage biogénique du carbone par les matériaux biosourcés est acquise dans le cadre de la RE2020. Les efforts se déplacent à présent pour réduire la circularité émissive.





Légende : Livrée par l’agence suisse Atelier Schmidt en 2018, la maison HDL dans canton de Berne vise l’autonomie avec des murs de 80 cm d’épaisseur en paille.©Atelier Schmidt

 

Le Réseau Français de la Construction Paille a salué avec un certain enthousiasme les récentes annonces gouvernementales au sujet de la Réglementation Environnementale 2020 (RE2020) : « Les matériaux biosourcés (d’origine agricole et forestière) captent le CO2 de l’atmosphère pour le stocker à la fois dans les sols (via les racines) et dans les matériaux.

 

La France bénéficie d’un massif forestier important et de terroirs agricoles de grande qualité. La méthode de « calcul dynamique » du stockage de carbone proposée dans la RE2020 va dans le bon sens. Elle est conforme à la réalité des phénomènes physiques et facile à prendre en compte dans les logiciels de calcul.

 

Elle permettra de démontrer clairement les atouts environnementaux des matériaux biosourcés ». L’auteur du communiqué pour le compte de RFCP, Luc Floissac, précise : « Le carbone contenu dans les végétaux n’a pas vocation à être rejeté dans l’atmosphère mais au contraire à être stocké (notamment dans les bâtiments) puis (en fin de vie) à retourner dans les sols afin de les enrichir et d’y être séquestré pour des millénaires ». Qu’est-ce à dire ?

 

 

Centenaire, la maison Feuillette apporte aujourd’hui la preuve de la durabilité de la construction en bois-paille. ©Schmid Architekten

 

Un acteur engagé pour la filière biosourcée : Luc Floissac

 

La filière française de la construction biosourcée est servie par des acteurs engagés et souvent particulièrement compétents et diplômés. C’est le cas de Luc Floissac, docteur en géographe & aménagement, titulaire d'un certificat de formation spécialisée en architecture et qualité environnementale.

 

Conseiller environnemental au sein de « Eco-Etudes », il réalise des missions de support à maîtrise d'ouvrage ou d'œuvre dans le domaine de l'évaluation technique et environnementale de systèmes constructifs, de la construction ou de la réhabilitation de bâtiments.

 

Chercheur (Laboratoire de Recherche en Architecture) et enseignant dans plusieurs structures (école d’architecture de Toulouse, école des Mines d’Albi, etc.), ses travaux de recherche portent essentiellement dans les domaines de la Qualité Environnementale des Bâtiments (QEB), de la maquette numérique (BIM), de la performance énergétique, de l’usage des matériaux biosourcés dans la construction et de la réhabilitation.

 

Il est l'auteur du logiciel cocon-bim dédié à l’analyse en cycle de vie l'étude de bâtiments à partir de leur maquette numérique et du livre « La construction en paille » paru en 2012 aux éditions « Terre-vivante ».

 

Membre du Réseau Français de Construction en Paille et coordinateur de la rédaction des règles professionnelles de construction en paille, il est aussi membre de l’association Aresco. A ces titres, il attire notamment l’attention sur les enjeux du sol, qui sont directement liés à la construction.

 

 

Luc Floissac s’efforce de coordonner les actions des acteurs français de la construction biosourcée.© : DR

 

Enrichir les sols en carbone

 

Explications de Luc Floissac : « Sans végétaux, notre sol serait lunaire. Depuis l’aube des temps, progressivement, la vie a retiré du carbone de l’atmosphère terrestre pour engendrer de nouvelles générations de végétaux et d’animaux, stocker du carbone dans les roches sédimentaires ainsi que dans les sols.

 

Progressivement, un sol s’épaissit et devient de plus en plus riche en carbone, jusqu’à atteindre un seuil, comme dans les forêts primaires, où le stockage et le relargage de carbone s’équilibrent.

 

On observe cet équilibre dans les prairies naturelles européennes, mais partout ailleurs, on constate un déséquilibre. Alors que le sol pourrait stocker jusqu’à 4% de carbone, cette proportion est ramenée à 2%.

 

D’où « L’initiative 4 pour 1000 » visant à restituer 0,4% de carbone dans les sols chaque année. Pour cela, il faut notamment que les végétaux retournent dans le sol pour s’y décomposer. Ce compostage, contrairement à ce qui est affirmé, ne produit que peu de méthane ».

 

 

La paille dans le cadre du chantier participatif de la maison des technologies paysannes en Bretagne. La construction paille est étroitement encadrée par des règles professionnelles depuis un dizaine d’années. ©Atelier Corentin Desmichelle

 

Appliqué au Bâtiment, ce principe de protection des sols conduit en premier lieu à choisir des matériaux de construction biosourcés qui captent du carbone, par différence avec des matériaux obtenus notamment par cuisson.

 

Dans ce dernier cas, le coût énergétique et souvent le coût carbone de cette opération se superpose à un effet émissif massif, qui défait pour ainsi dire le travail d’accumulation du carbone réalisé au cours de millions d’années dans les roches sédimentaires.

 

En second lieu, il s’agit de continuer à piéger ce carbone dans les constructions le plus longtemps possible, en réutilisant les matériaux pour d’autres constructions. Enfin, en fin de vie, les matériaux biosourcés, réduits à l’état de broyats, viennent enrichir les sols comme c’est le cas déjà pour la paille.

 

 

L’expérimentation de la paille ficelée en ITE ouvre de nouvelles perspectives à l’utilisation de la paille en rénovation. ©Landfabrik

 

La RE2020 valorise l’approche biosourcée

 

Dans les règles professionnelles de la construction paille, l’agriculture est indiquée comme l’exutoire privilégié de la construction paille en fin de vie. Il en irait de même avec du bois non traité qui peut être broyé et restitué à la terre.

 

En effet, plus un sol est riche en carbone, plus la végétalisation est forte et mieux il résiste à la sécheresse. Ceci a un effet mécanique sur la captation de carbone par photosynthèse, qui est d’autant plus importante que la végétation est en bonne santé.

 

La RE2020 valorise le stockage du carbone par les végétaux employés dans les matériaux de construction. D’ailleurs, le béton est lui aussi crédité pour sa capacité à recapter un peu de carbone au cours de son usage.

 

La RE2020 valorise également les scénarios de fin de vie qui retardent au maximum le re-larguage de carbone dans l’atmosphère. Ceci est rendu possible sans avoir à reconstituer des fiches FDES. L’espérimentation « E+C- » a montré que d’ores et déjà, la construction de bâtiments en bois-paille permet d’atteindre le niveau de performance le plus élevé (E4C2).

 

Pourtant, le label E+C- ne prend pas encore en compte les ACV dynamiques. En conséquence, la RE2020 pourrait encore améliorer la valorisation de la construction biosourcée, notamment avec de la paille.

 

Tout dépendra cependant des seuils qui seront fixés d’ici fin janvier 2021, qui ne doivent pas être galvaudés. En parallèle, il est indispensable que les pouvoirs publics soutiennent fortement les filières biosourcées ainsi que la mutation progressive des approches constructives aussi bien par les concepteurs que les entreprises de construction.

 

 

Référence européenne : en Suisse, à Nanikon, premier ensemble de logements collectifs avec 28 logements R+3 répartis en 3 bâtiments constitués de 68 modules préfabriqués en bois incorporant 420 tonnes de paille. ©Atelier Schmidt

 

Le défi de la fin de vie du bois

 

La filière « bottes de paille » en est à ses débuts dans la construction, elle n’a guère à gérer l’étape de la fin de vie mais a déjà intégré l’expérience de déconstruction de vieux bâtiments en torchis (remplissage de structure en bois avec un mélange de terre, de paille et de foin).

 

C’est un peu pareil pour la plupart des autres matériaux biosourcés contemporains qui sont pour la plupart non structurels. Il en va tout autrement du bois. Ces dernières années, le recyclage des bois de récupération constituait en France un vrai problème.

 

Les produits de traitement associés au bois pour leur conservation, leur coloration ou la protection des ouvrages contre l’incendie ne permettent pas toujours un recyclage et la perspective d’une fin de vie en déchets spéciaux ou en incinération à très haute température n’est pas favorable.

 

Le bois doit mettre en place une filière de reyclage des déchets de chantier

 

A défaut, il faudrait qu’un élément de construction à base de bois puisse être réutilisé indéfiniment, ce qui n’est aujourd’hui pas facile en pratique, d’une part à cause des assemblages courants, d’autre part à cause du statut de déchet. De fait, la réutilisation d’éléments de charpente peut s’avérer délicate et doit être précisément encadrée, même si, dans le passé, la réutilisation était monnaie courante.

 

A présent, la filière bois est sommée comme les autres filières de la construction de mettre en place une filière de recyclage des déchets de chantier, et ce d’ici un an. Ce sera une bonne occasion pour étendre cette approche à tout le domaine des bois de récupération.

 

D’ores et déjà, la filière du panneau s’oriente fortement vers l’utilisation de bois de récupération. L’enjeu est de diminuer autant que possible la part aujourd’hui prépondérante du bois récolté qui est brûlé comme biomasse.

 


Source : batirama.com/ Jonas Tophoven

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