Timothée Musset réemploie les vieux bois de charpente

Timothée Musset réemploie les vieux bois de charpente

Le compagnon charpentier Thimothée Musset réemploie et crée désormais des meubles à partir de vieux bois de charpente.



L’an dernier, Timothée Musset encadrait encore les étudiants de l’Ecole Spéciale d’Architecture qui, au sein de la Fabrique Collective animée par Fabienne Bulle, concevaient les totems de l’édition 2019 du Forum International Bois Construction.

 

Plusieurs semaines très gratifiantes, selon lui, pour sensibiliser les futurs architectes au maniement du bois. « Je me rappelle d’une étudiante réticente à toucher le bois et qui à la fin s’est mise à adorer le travail sur ce matériau ».

 

Déjà, à l’époque, Timothée avait décidé de franchir le pas pour faire passer un message un peu analogue d’une autre façon, originale et poétique. Les premiers résultats, étaient à peine visibles sur le plateau de télévision du Forum de Nancy, simples tabourets en bois de chêne que les invités de l’antenne ne voulaient pas considérer comme des sellettes.

 

A l’époque, Timothée avait déjà commencé sa nouvelle vie dans le coin d’un atelier de charpente près d’Aulnay-sous-Bois. Palaiseau-Aulnay, long trajet. Un coup de pouce hospitalier mais pas de « chez soi ».

 

 

Aperçu de la carrière de l’Atelier Musset, constitué essentiellement de bois de charpente récupéré dans un rayon limité. ©JT

 

Vers une approche personnelle

 

Les sellettes étaient le pur fruit de la première étape de son travail, pendant laquelle il s’en est remis à des tiers, designers, architectes. Dans ce cas précis, l’idée a été de faire converger en assise quatre sections de charpente formant les pieds, en collaboration avec le designer Jean-Michel Tarallo. Un assemblage à la colle blanche avec des clavettes Lamello, invisible et robuste.

 

Une première idée simple et efficace, qui lui a permis de mesurer la nuance d’approche entre le design soucieux du concept et de sa reproductibilité, face à une approche plutôt centrée sur la matérialité et les pièces uniques.

 

 

Avec leurs tenons, les bois de charpente anciens sont déjà des sculptures. © JT

 

Seconde vie

 

Coup de cafard et rebondissement. Le jeune artiste cherche un atelier plus proche et le trouve en plein Parc Naturel du Gâtinais, à Videlles, dans un vieux corps de ferme couvert d’une vieille charpente en chêne fort à propos.

 

Il y installe le robuste outil multifonction acquis d’occasion avec lequel il dégauchit ses pièces, souvent après avoir fendu les éléments de charpente récupérés dans un périmètre d’une centaine de kilomètres, la plupart du temps sur des sites de vente de particuliers.

 

« Les bois anciens coûtent cher chez les fournisseurs alors que la demande n’est pas forcément là ». Timothée Musset est bien placé pour le savoir, les charpentiers rechignent parfois à re-monter des éléments qu’ils n’ont pas démontés eux-mêmes, de peur qu’un maniement brusque et inapproprié leur ait fait perdre les propriétés mécaniques essentielles.

 

Dans le même temps, chez les particuliers qui mettent des annonces, ces vieilles poutres sont souvent destinées au chauffage. Le portfolio que Timothée Musset s’est constitué en un temps record lui sert parfois à convaincre ses interlocuteurs que cela vaut la peine d’offrir une seconde vie à des pièces qui nous racontent une histoire à condition que l’on veuille bien les regarder.

 

C’est que depuis le printemps, et depuis qu’il a osé créer ses objets sans tutelle, l’activité de Timothée Musset a été débordante. « La recette, c’est de créer toujours, même si l’équilibre est de pouvoir alterner créations et commandes, parce qu’on n’a pas toujours des idées, et parce qu’une commande est rétribuée et permet de vivre de son travail ».

 

 

Timothée Musset, compagnon charpentier, prouve que la passerelle technique avec l’ébénisterie est poreuse. Ici, une production originale, la table Sankol

 

Une démarche vertueuse de valorisation et de prolongement de stockage carbone

 

La phase production de Timothée Musset s’inscrit de fait dans une démarche vertueuse et sobre de valorisation et de prolongement du stockage carbone. Même si là n’est pas le message que l’artiste veut faire passer. « J’aime travailler ce bois et j’aime partager ce sentiment avec d’autres au travers des objets créés ».

 

La commercialisation ne passe pas, elle, par des petites annonces sur internet. Instagram est un relais important pour se faire connaître par les galeries. L’artiste privilégie celles qui exposent véritablement des pièces qui sont uniques. « Ce milieu me convient par l’attention qu’il sait apporter à la matière et à l’expression ».

 

Le milieu de l’art n’est pas une fin en soi. Au cœur du Parc du Gâtinais, il est envisageable que les vieilles charpentes démantelées soient transformées par Timothée Musset comme des éléments du patrimoine, pour trouver leur place dans les édifices publics. Un parc naturel ne se limite pas au seul milieu naturel, comme vient de le prouver, non loin, l’ouverture de la nouvelle école primaire La Ruche à Perthes, par la jeune agence Tracks.

 

 

Le résumé d’une petite année de création est impressionnant et prometteur.

 

Prolonger le déconstruit dans le cadre de vie

 

Cette perspective de réemploi patrimonial ne se limite pas, cependant, à l’environnement immédiat du Parc. Chaque fois qu’un architecte est amené à sacrifier une ancienne charpente, il sait désormais qu’il est possible de lui redonner une seconde vie et de l’intégrer au projet sous une autre forme, dans le cadre de vie, en conservant la mémoire des lieux.

 

Tout un chacun peut procéder de la sorte, finalement. Si ce n’est que Timothée Musset, au fil des œuvres, s’approche de plus en plus de l’expression poétique qu’il cherche confusément, et que nous autres, spectateurs tactiles, nous changeons également progressivement notre regard sur le bois tordu et piqué qui se révèle peu à peu comme un bon vin.

 

L’œil se départit de son attente de formes géométriques pures et de matière sans « défaut », parfaitement interchangeable. On cesse de lire du « vieux », on commence à percevoir l’inimitable.

 


Source : batirama.com/ Jonas Tophoven  

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