Une symbiose brique et bois pour un institut médical pour enfants

Une symbiose brique et bois pour un institut médical pour enfants

Le nouvel Institut médico-éducatif (IME) « La Sapinière » de Croix-Rouge Habitat, à Saint-Jans-Cappel dans les Flandres françaises, se distingue par l’attention portée aux enfants, à la nature et au personnel.



A la frontière belge, la Croix-Rouge disposait d’un centre spécialisé pour enfants autistes, et d’une directrice, Marie-Angèle Baffin, très engagée. Elle avait bien conscience que les locaux destinés aux enfants atteints du trouble du spectre de l’autisme (TSA) étaient inadaptés, vétustes et desservis par de longs couloirs rectilignes que ces enfants détestent.

 

Dès 2010, la question d’un déménagement de l’IME s’est posée. Comment rebâtir, en effet, des locaux d’accueil à ce même emplacement pentu, alors qu’un espace plan est requis ? L’agence Truelle de Gentilly (Val-de-Marne) a trouvé une solution à ce casse-tête en concertation avec Albert&Co, spécialiste de la direction technique des travaux et du développement durable, comme l’explique son directeur, Marc Serieis.

 

« Nous avons pris le parti de déplacer les installations vers la Sapinière qui donne son nom à cet IME de 32 chambres, car la pente y est plus douce. Plutôt que de sacrifier les arbres, nous avons sélectionné ceux que nous voulions conserver pour construire tout autour ».

 

 

Par contraste avec les parois en brique pleine, certaines surfaces sont réalisées en isolation sous enduit clair.©Agence Truelle

 

Le bois s’impose discrètement

 

Compte tenu de la complexité d’une telle démarche, le recours à une structure en bois s’imposait. Les bâtiments de plain-pied, qui prend soin d’aménager des accès sans régularité visuelle, encaissent la déclivité par des poteaux et un soubassement en béton.

 

En appui sur une cornière métallique du plancher bas en bois, les maçons vont élever des murs en briques pleines doublant la paroi en ossature bois, comme cela est courant dans les Flandres. Par contraste, certaines surfaces sont réalisées en isolation sous enduit clair.

 

Côté intérieur, une demi-cloison en plaque de plâtre sur ossature métallique crée un plénum technique. La structure bois occultée à l’extérieur est masquée à l’intérieur par un chauffage par le sol, servi par une chaufferie à pellets.

 

Dans les circulations et les parties communes, un faux-plafond escamote notamment une ventilation double flux très bien isolée sur le plan acoustique et réglée en basse vitesse. Ce réseau est couplé sur un puits canadien que la maîtrise d’œuvre va s’efforcer de placer directement sous le nouveau bâtiment.

 

 

Marc Serieis, dans les locaux d’Albert&Co à Montreuil, expose la solution constructive.©JT

 

Puits canadiens entre les poteaux

 

Habituellement, les puits canadiens sont aménagés à côté des bâtiments et impliquent de libérer un espace équivalent. Comme l’IME de Saint-Jans-Cappel pénètre franchement dans la sapinière, le choix inhabituel d’un puits passant entre les poteaux en béton s’est imposé.

 

L’enjeu était d’éviter autant que possible les coudes, mais surtout de veiller à ce que les tuyaux ne soient pas endommagés au moment de la pose des longrines qui stabilisent les poteaux et le terrain, tout en répondant aux exigences antisismiques.

 

: « En règle générale, une entreprise générale évite ce genre de configuration à cause des questions de responsabilité qui peuvent se poser en cas de détérioration du tuyau, et des précautions que doivent prendre tous les acteurs du chantier. Il en va de même pour ce qui concerne l’idée de construire autour des arbres » précise Marc Serieis. Et pourtant, Albert&Co et Ramery Construction Bois ont montré qu’une telle démarche est possible.

 

 

Avec le soutien de la directrice de l’IME, Marie-Angèle Baffin, François Delorme a associé les enfants au projet de construction autant que cela a été possible.©Agence Truelle

 

Une douzaine d’alcôves en multipli

 

Tout comme la directrice de l’IME, l’agence Truelle et son architecte François Delorme s’est montrée à l’écoute des enfants, associés autant que possible à la construction. Les nouveaux bâtiments ménagent des vues proches (patios) ou lointaines (paysages) permettant aux enfants de choisir les perspectives en fonction de leur état ou humeur.

 

Les salles de repas ne sont séparées des circulations que par des vaisseliers conçus sur mesure pour répondre aux enjeux particulièrement complexes des repas communs. S’ajoutent une douzaine d’alcôves qui affichent le matériau bois par leur surface en multipli. Chacune répond à une thématique spécifique, et permet à l’enfant tantôt de jouer, tantôt de se placer en retrait de la communauté.

 

La matérialité du bois est complétée dans les alcôves par différents matériaux qui renforcent sa présence et son identification tactile. Dans certains cas, ces alcôves prennent directement en compte des dessins des enfants. Dans les deux cas, ces aménagements ont été préfabriqués à Perpignan par l’ESAT l’Envol, c’est-à-dire une institution où éventuellement travaillent également des personnes qui sont elles-mêmes autistes.

 

 

Exemple de meuble sur mesure et objet unique séparant la circulation de l’espace de repas.©Agence Truelle

 

L’autiste architecte épidermique

 

De cette expérience, tant l’architecte François Delorme que l’ingénieur Marc Serieis sortent comme grandis et émerveillés. Sans doute grâce à la médiation de la directrice, le monde des enfants n’a pas été perçu par les bâtisseurs comme un repoussoir inquiétant.

 

« Pour faire simple, la différence entre l’autisme et l’état « normal » semble de degré et non de nature. Nous aussi, nous voulons des espaces de promiscuité et des espaces de convivialité, nous n’aimons pas les longs couloirs et nous cherchons la possibilité de disposer de différents points de vue, de disposer d’une belle vue sur le lointain mais parfois aussi d’une perspective plus intime.

 

Simplement, nous subissons le désagrément d’en manquer de façon moins exacerbée. De sorte que les enfants autistes révèlent un peu, en matière de construction, ce qui nous fait souffrir sans que nous en prenions véritablement conscience ».

 

 

 

Exemple de trois alcôves juxtaposées accolées à la façade dans les espaces communs. ©Agence Truelle

 

 

Réussite d’une persienne réalisée pour l’une des alcôves en intégrant les dessins des enfants.©Agence Truelle

 


Source : batirama.com/ Jonas Tophoven

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